Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

La prophylaxie pré-exposition (PrEP)

Points clés

  • L’utilisation régulière et correcte de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) orale est une stratégie hautement efficace pour aider à prévenir la transmission du VIH chez les personnes courant un risqué élevé de contracter le VIH.
  • La PrEP consiste en l'utilisation de médicaments antirétroviraux avant d'être exposé au VIH et de façon continue après une exposition au VIH durant les périodes de risque élevé.
  • Lorsque la PrEP est utilisée régulièrement et correctement, il est rare que le VIH se transmette lors des relations sexuelles, et le risque de contracter le VIH en s’injectant des drogues avec du matériel partagé diminue énormément.

La PrEP orale consiste en la prise de médicaments antirétroviraux par une personne séronégative afin de réduire son risque de contracter le VIH. Prise sous forme de comprimés, la PrEP commence avant toute exposition au VIH et continue après. La PrEP contient deux médicaments antirétroviraux qui sont également utilisés pour le traitement du VIH, soit le ténofovir (également appelé TDF) et l'emtricitabine (également appelée FTC).

Lorsque la PrEP orale est utilisée régulièrement et correctement, les médicaments antirétroviraux entrent dans le système sanguin et les tissus génitaux et rectaux. Ceci agit de sorte à empêcher le VIH d'infecter et de se répliquer dans les cellules immunitaires du corps, mais les concentrations des médicaments de la PrEP doivent rester élevées dans le sang et les tissus. Si les comprimés ne sont pas pris régulièrement et conformément aux prescriptions, les quantités de médicaments dans le corps risquent d’être insuffisantes pour prévenir le risque d’infection par le VIH.

Pour que la PrEP orale réduise le risque de transmission, elle doit être utilisée régulièrement et correctement. Ceci inclut :

  • une observance thérapeutique élevée de la PrEP telle que prescrite;
  • un test de dépistage initial du VIH pour s'assurer que la personne est séronégative avant de commencer la PrEP, ainsi que des tests de dépistage réguliers pendant qu’elle prend la PrEP pour vérifier qu’elle demeure séronégative.;
  • un test de la fonction rénale et des tests de dépistage des hépatites A, B et C avant de commencer le PrEP; et
  • des consultations régulières auprès d’un professionnel de la santé après le premier mois de la PrEP et environ tous les trois mois par la suite pour passer des tests de dépistage du VIH et d’infections transmissibles sexuellement (ITS), évaluer la présence d’effets secondaires et de toxicité dans le corps et recevoir un counseling sur l’observance thérapeutique et la réduction des risques.

Seules les personnes séronégatives devraient utiliser la PrEP orale. En effet, si une personne est séropositive (sans le savoir) au moment de commencer la PrEP orale, elle pourrait acquérir une résistance aux médicaments présents dans la PrEP. Le risque d'acquérir une résistance aux médicaments est plus faible chez les personnes qui commencent la PrEP lorsqu'elles sont séronégatives et qui deviennent plus tard séropositives pendant qu'elles prennent la PrEP.

Bien que la PrEP soit généralement sûre et bien tolérée, elle peut causer des effets secondaires chez certaines personnes. Les effets secondaires possibles incluent les nausées, les vomissements, les diarrhées, les maux de tête et les étourdissements. Ces effets secondaires sont généralement légers et temporaires. La PrEP peut également nuire à la santé des reins, du foie et des os, mais des données probantes portent à croire que ces changements sont réversibles après l'arrêt de la PrEP. Les effets à long terme de la PrEP orale sont moins bien connus.

Des données probantes indiquent que la PrEP orale est une stratégie hautement efficace pour réduire le risque de transmission du VIH si elle est prise tous les jours par :

  • les hommes gais, bisexuels et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (hommes gbHARSAH)
  • les hommes et les femmes hétérosexuel(le)s
  • les personnes qui s'injectent des drogues

De plus, certaines études ont révélé qu'une stratégie de PrEP intermittente à la demande, en vertu de laquelle on prenait le traitement avant et après les relations sexuelles, était une stratégie hautement efficace pour réduire le risque de transmission sexuelle du VIH parmi les hommes gbHARSAH. Cette stratégie implique de prendre deux comprimés entre deux et 24 heures avant une activité sexuelle, suivie par un comprimé quotidien jusqu’à 48 heures après la dernière activité sexuelle. Aucune étude n’a évalué l’efficacité de la PrEP intermittente auprès d’autres populations et la PrEP n’est pas recommandée pour les personnes qui ont des relations sexuelles vaginales ou qui s’injectent des drogues.

La recherche indique que l’observance thérapeutique (on prend tous ses médicaments en suivant les prescriptions à la lettre) est essentielle à l’efficacité de la PrEP orale. Dans tous les essais cliniques, une meilleure observance thérapeutique était associée à une meilleure protection contre l’infection. Des études qui se poursuivent dans des contextes du vrai monde continuent de montrer que le VIH se transmet rarement lorsque la PrEP orale est utilisée régulièrement et correctement.

Lorsque l’observance était prise en compte, la PrEP orale était aussi efficace chez les femmes que chez les hommes lorsqu’elle était utilisée régulièrement et correctement, l’observance quotidienne pourrait être plus importante pour les femmes que pour les hommes. Certaines données indiquent que la PrEP met plus de temps à atteindre ses concentrations maximales dans les tissus vaginaux que dans les tissus rectaux, et les taux de médicaments seraient moins élevés dans les tissus vaginaux. Cela porte à croire que la PrEP orale quotidienne pourrait être plus importante pour les femmes ayant des relations sexuelles vaginales, afin de maintenir des taux de médicaments suffisants pour prévenir l’infection par le VIH.

Bien que le VIH se transmette rarement lorsque la PrEP est utilisée régulièrement et correctement, il existe plusieurs cas bien documentés où la PrEP a échoué chez des personnes qui la prenaient fidèlement. Dans la plupart de ces cas, la personne sous PrEP a contracté une souche rare du VIH qui était résistante aux médicaments de la PrEP.

Ressources

Déclaration de CATIE sur l’utilisation de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) orale comme stratégie hautement efficace pour prévenir la transmission sexuelle du VIH

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) par voie orale – Feuillet d’information de CATIE

La PrEP pour les populations peu étudiées : Examiner les questions sur l'efficacité et l'innocuité – Point de mire sur la prévention

8 questions sur la PrEP pour les gars – CATIE

Lignes directrices canadiennes sur la prophylaxie pré-exposition et post-exposition non professionnelle au VIH

La prophylaxie préexposition au virus de l'immunodéficience humaine : Guide pour les professionnels de la santé du Québec – Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (French only)

Guidance for the use of Pre-Exposure Prophylaxis (PrEP) for the prevention of HIV acquisition in British Columbia – Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique

Ressources sur la prophylaxie pré-exposition (PrEP)

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