Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

Les détenus

Points clés

  • Selon les estimations, la prévalence du VIH dans les prisons fédérales et provinciales canadiennes s’établit entre 1 % et 8 %.
  • L'infection par le VIH parmi les détenus est associée à l'injection de drogues.
  • En mai 2018, le Service correctionnel Canada a annoncé qu’il commencerait à offrir des programmes d’échange de seringues dans les prisons fédérales à partir du mois de juin.

Selon une enquête nationale menée par le Service correctionnel du Canada (SCC) en 2007, les détenus nouveaux arrivant aux pénitenciers fédéraux s’adonnaient à de nombreux comportements à risque en matière de drogue et de sexualité au cours des mois qui précédaient leur incarcération. En termes d’utilisation de drogues injectables, 8 % des hommes et 15 % des femmes ont signalé avoir partagé du matériel d’injection au cours des six mois précédant leur incarcération. En termes d’activités sexuelles, 70 % des hommes et 70 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec un partenaire régulier dans les six mois précédant leur incarcération, et 33 % des hommes et 27 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec des partenaires occasionnels dans les six mois précédant leur incarcération.

Les comportements à risque se sont poursuivis durant l'incarcération, mais à un moindre taux. En termes d’utilisation de drogues injectables, 7 % des hommes et 5 % des femmes ont signalé avoir partagé du matériel d’injection au cours des six derniers mois de leur incarcération. En termes d’activités sexuelles, 5 % des hommes et 18 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec un partenaire régulier au cours des six derniers mois de leur incarcération, et 2 % des hommes et 11 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec des partenaires occasionnels au cours des six derniers mois de leur incarcération.

Le tatouage et le perçage corporel effectués en prison exposent aussi les détenus à des risques de transmission; environ 38 % des répondants à l'enquête menée en milieu carcéral fédéral ont indiqué s’être faits tatouer et 13 % s'étaient fait percer.

Parmi les détenus fédéraux qui avaient déjà été testés pour le VIH, 4,6 % ont déclaré qu’ils étaient séropositifs (2007). Les femmes étaient davantage susceptibles de dévoiler leur séropositivité que les hommes (7,9 % contre 4,5 %). Les femmes autochtones ont été reconnues comme un groupe à haut risque puisqu'elles affichaient le taux plus élevé de VIH, soit 11,7 %. Les détenus peuvent avoir contracté leur infection par le VIH avant ou après leur séjour en prison. Il existe une forte corrélation entre l'infection par le VIH et l'usage de drogues injectables dans les prisons canadiennes.

Selon les données publiées en 2016 par le SCC, la prévalence estimée du VIH se situait à 1,76 % parmi les détenus fédéraux entre 2005 et 2012. Chez les hommes, la prévalence estimée s’établissait à 1,65 %, contre 3,35 % chez les femmes. L’ascendance autochtone augmentait plus encore la probabilité d’avoir le VIH. Parmi les femmes autochtones, le taux de VIH était de 6,03 %, comparativement à 2,16 % chez les femmes non autochtones. Les hommes autochtones affichaient un taux de VIH de 2,27 %, comparativement à 1,47 % chez les hommes non autochtones.

Selon les données publiées par le SCC en 2018, la prévalence du VIH a baissé entre 2007 et 2017, passant de 2,02 % à 1,2 %.

Dans la littérature générale du domaine de la recherche, les estimations sur la prévalence du VIH dans les prisons fédérales et provinciales du Canada vont d’un taux de 2 % à 8 %. Ces estimations sont au moins 10 fois plus élevées que la prévalence rapportée pour la population générale canadienne.

En mai 2018, le SCC a annoncé qu’il mettrait sur pied un programme d’échange de seringues dans une prison fédérale pour hommes et une prison fédérale pour femmes en juin 2018 afin d’aider à réduire les risques de VIH et d’hépatite dans les établissements carcéraux fédéraux. Ces programmes seront les premiers de leur genre, et le SCC a l’intention d’en établir dans toutes les prisons du système. De 2016 à 2017, les estimations du SCC indiquent que 96 % des détenus récemment admis ont accepté de passer un test sanguin pour se faire tester pour le VIH; 94 % des détenus dont la séropositivité était connue suivaient un traitement; et 91 % d’entre eux avaient atteint la suppression virale.

Ressources

Visez juste : Recommandations pour la mise en œuvre de programmes de seringues et d’aiguilles dans les prisons canadiennes – Réseau juridique canadien VIH/sida, Prisoners' HIV/AIDS Support Action Network (PASAN), Université Ryerson

Prévention, traitement et soins en matière de VIH dans les prisons et autres structures fermées : Ensemble complet de mesures d’intervention – Organisation mondiale de la Santé

URGENCE Santé en prison – Réseau juridique canadien VIH/sida

Sources

  1. Réseau juridique canadien VIH/sida. Pour changer net : argumentaire en faveur de programmes d'échange de seringues en prison au Canada. Toronto : Réseau juridique canadien VIH/sida; 2009. Disponible à : http://www.aidslaw.ca/site/wp-content/uploads/2013/09/CleanSwitch_142-FR.pdf
  2. Smith JM. Dépistage du VIH parmi les nouvelles admissions au SCC : Résultats du projet pilote. Le point sur les maladies infectieuses (Bulletin d'information du Service correctionnel du Canada sur les maladies infectieuses, SSC). 2006;1(2).
  3. Zakaria D, Thompson JM, Jarvis A, et coll. Résumé des premiers résultats du Sondage national de 2007 auprès des détenu(e)s sur les maladies infectieuses et les comportements à risque. Ottawa : Service correctionnel du Canada; mars 2010. Disponible à : http://www.csc-scc.gc.ca/005/008/092/005008-0211-01-fra.pdf
  4. Service correctionnel Canada. Capsule sur les services de santé : Virus de l’immunodéficience humaine (VIH) Âge, sexe et origine autochtone. Septembre 2016. Disponible à : http://www.csc-scc.gc.ca/publications/005007-3034-fra.shtml
  5. Service correctionnel Canada. Document d’information : Programme d’échange de seringues en prison du Service correctionnel Canada. Disponible à : https://www.canada.ca/fr/service-correctionnel/nouvelles/2018/05/document-dinformation--programme-dechange-de-seringues-en-prison-du-service-correctionnel-du-canada.html
  6. Réseau juridique canadien VIH/sida. Déclaration : Des défenseurs saluent les concessions majeures du gouvernement du Canada dans son annonce concernant l’échange de seringues en prison. Disponible à l'adresse : http://www.aidslaw.ca/site/advocates-welcome-major-concessions-in-government-of-canadas-prison-needle-exchange-announcement/?lang=fr