Changements dans la quantité de tissu cicatriciel hépatique après la guérison de l’hépatite C chez des personnes séropositives

Le virus de l’hépatite C (VHC) cause de l’inflammation dans le foie. Dans les cas d’infection chronique par le VHC, l’inflammation se produit au fur et à mesure que le système immunitaire tente vainement de débarrasser l’organisme du virus. Au fil de nombreuses années, le tissu sain du foie est remplacé par du tissu cicatriciel dans le cadre d’un processus appelé fibrose. Lorsque cela se produit, le foie fonctionne moins efficacement et des complications risquent de survenir au fil du temps, y compris les suivantes : fatigue persistante, enflure et infections abdominales, jaunissement de la peau et du blanc des yeux et problèmes de mémoire, de concentration et de cognition (capacité à penser clairement). Lorsque le tissu cicatriciel s’étend excessivement dans l’organe, le risque de cancer du foie augmente. 

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Le diagnostic de l’infection chronique par le VHC se fait au moyen de simples tests sanguins, et le traitement quotidien (sous forme de comprimé) guérit jusqu’à 95 % des personnes atteintes. 

En plus d’accélérer le cours de la maladie hépatique causée par l’hépatite C, la co-infection par le VIH et le VHC fait augmenter le risque de décès prématuré. 

Rétablissement du foie

La guérison de l’infection par le VHC augmente la possibilité que le foie guérisse partiellement et que la quantité de tissu cicatriciel diminue. La réduction du tissu cicatriciel pourrait réduire le risque de cancer du foie. 

Des scientifiques d’Australie, du Canada, de France, des Pays-Bas, d’Espagne et de Suisse ont collaboré à une étude menée auprès de 1 470 personnes co-infectées par le VIH et le VHC. Avant d’amorcer le traitement du VHC, l’équipe a évalué le foie de l’ensemble des participant·e·s à l’aide d’une échographie spécialisée appelée Fibroscan. Cette technologie permet de déterminer l’ampleur des lésions hépatiques (tissu cicatriciel) causées par le virus. Les participant·e·s ont ensuite été réparti·e·s dans les trois sous-groupes suivants en fonction des résultats des Fibroscan :

  • F0 à F1 : aucune fibrose significative – 50 % des participant·e·s
  • F2 à F3 : fibrose significative – 35 % des participant·e·s 
  • F4 : cirrhose (cicatrisation étendue du foie) – 15 % des participant·e·s

Notons que les personnes présentant des lésions hépatiques étendues (cirrhose, F4) qui vivaient depuis plus longtemps avec l’infection chronique par le VHC, étaient plus susceptibles d’être porteuses du génotype 3 du virus et avaient tendance à avoir un compte de CD4+ plus faible que les personnes n’ayant pas la cirrhose. 

La plupart des participant·e·s (plus de 90 %) avaient une charge virale indétectable en VIH lors de leur admission à l’étude, ce qui indiquait qu’un traitement contre le VIH était en cours.

Après la fin du traitement contre le VHC, 523 participant·e·s ont subi un examen Fibroscan ou davantage. Selon l’équipe de recherche, les changements dans la quantité de tissu cicatriciel variaient selon la catégorie de fibrose dans laquelle les participant·e·s avaient été placé·e·s initialement. L’équipe a analysé des données recueillies jusqu’à trois ans après la cessation du traitement du VHC.

Chez les personnes ne présentant pas de fibrose significative (F0 à F1) avant le traitement du VHC, il s’est produit peu de changements dans la quantité de tissu cicatriciel parce que celle-ci avait été faible initialement. 

Chez les personnes présentant une fibrose significative (F2 à F3), cependant, la quantité de tissu cicatriciel a diminué durant le traitement du VHC, et ce déclin a continué pendant un an et quelque temps après la fin du traitement. Notons cependant qu’aucun déclin significatif de la fibrose n’a été remarqué trois ans après la fin du traitement. 

Accent sur la cirrhose

Chez les personnes atteintes de cirrhose (F4), la quantité de fibrose a baissé significativement pendant le traitement. Ce déclin a toutefois cessé après l’arrêt du traitement. Selon l’équipe de recherche, « la plupart des participant·e·s cirrhotiques n’ont pas bénéficié de régression significative de la fibrose » après la fin du traitement. L’équipe a en outre affirmé qu’elle s’attendait à ce que la cirrhose soit encore présente chez 70 % des personnes de ce groupe trois ans après la fin du traitement. 

L’équipe a effectué une sous-analyse en tenant compte des facteurs susceptibles d’avoir une incidence sur la non-régression du tissu cicatriciel, dont une charge virale détectable en VIH, un indice de masse corporelle élevé (IMC), une consommation dangereuse d’alcool ou l’usage de médicaments contre le VIH plus anciens. Notons, cependant, qu’aucun de ces facteurs n’a influé sur ses résultats. 

Selon l’équipe de recherche, la quantité moyenne de tissu cicatriciel et de lésions hépatiques était élevée chez les personnes cirrhotiques avant l’amorce du traitement contre le VHC. À cause de ces facteurs, il est possible que le foie de ces personnes ait eu de la difficulté à se remettre des dégâts causés par l’inflammation chronique attribuable à ce virus. 

Compte tenu de ces résultats et de ces conclusions, l’équipe de recherche a recommandé que, outre la guérison du VHC, des stratégies additionnelles soient déployées pour tenter de guérir le foie des personnes atteintes de cirrhose.

Dépistage du cancer du foie

Comme nous l’avons mentionné plus tôt, les personnes présentant une grande quantité de tissu cicatriciel dans le foie courent le risque de présenter un cancer hépatique. Selon cette équipe de recherche : « La guérison du VHC réduit substantiellement le risque de [cancer du foie]. Toutes les lignes directrices recommandent cependant une surveillance continue des personnes cirrhotiques [pour détecter le cancer du foie] parce qu’un risque appréciable de [cancer du foie] demeure après la guérison [du VHC] ».

Beaucoup reste à faire

Même si le traitement du VHC est très efficace, il n’aboutit pas toujours à la résolution du tissu cicatriciel étendu dans le foie. Cette équipe souhaite la tenue d’autres études pour aider à « cerner les caractéristiques des personnes atteintes de cirrhose lors de l’amorce du traitement qui [montrent des signes de régression de la fibrose] et de celles qui régressent en effet, pour déterminer si la régression entraîne un risque réduit de [cancer du foie] … ». Ces connaissances, ajoute l’équipe, « pourrait réduire le nombre de personnes devant faire l’objet d’une surveillance [des signes de cancer du foie] … ».

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Young J, Wang S, Sacks-Davis R et al. Liver fibrosis regression in people living with HIV after successful treatment for hepatitis C. JAIDS. 2025 Jun 1;99(2):166-174.