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février 2013 

Facteurs de risque de dysfonction rénale

Le système immunitaire consiste en plusieurs éléments, dont des organes appelés la rate et le thymus et de petites grappes de ganglions et tissus lymphatiques situées partout dans le corps. De plus, les cellules du système immunitaire résident dans des systèmes organiques clés comme le cerveau, le cœur, le foie, les poumons, les reins et les os. Ces cellules aident à protéger ces organes contre les infections. La distribution étendue des éléments du système immunitaire a ses inconvénients. Par exemple, si les germes qui s'attaquent au système immunitaire ne sont pas rapidement vaincus, les cellules immunitaires risquent de les répandre par inadvertance dans plusieurs régions de l'organisme. C'est bien le cas du VIH.

Importance des reins

Situés dans le bas du dos, les reins sont deux organes ayant la forme de haricots et la taille d'un poing. Ces organes vitaux filtrent les déchets dans le sang, aident à produire de la vitamine D et régulent le nombre de globules rouges porteurs d'oxygène.

Les reins reçoivent une grande proportion du sang (environ 20 %) pompé par le cœur. Ce flux sanguin amène de l'oxygène et des nutriments, mais aussi des déchets aux reins. Les déchets s'accumulent dans les cellules rénales se spécialisant dans la filtration du sang et la résorption des nutriments et d'autres substances importantes présentes dans les matières filtrées. En conséquence de cette résorption de substances, les médicaments risquent de se concentrer dans certaines régions du rein et d'y causer des dommages. À mesure que la quantité de médicaments dans le rein augmente, le risque que cela déclenche la formation de cristaux médicamenteux s'accroît. Les cristaux peuvent agir comme des aimants, attirant d'autres particules de médicaments et conduisant éventuellement à la formation de calculs rénaux.

Le VIH et les reins

Le VIH peut infecter les cellules et structures des reins. Ce genre d'infection des cellules rénales peut même se produire chez les personnes suivant une thérapie anti-VIH dont la charge virale sanguine est faible. De plus, certaines cellules et structures rénales semblent servir de réservoir au VIH, lui permettant d'infecter des cellules qui produisent d'autres copies virales. Cela peut se produire même lorsque la charge virale dans le sang se situe à moins de 50 copies/ml grâce au traitement.

La production continue de faibles niveaux de VIH dans les reins cause probablement de l'inflammation, ce qui peut dégrader graduellement à la longue le fonctionnement de ces organes vitaux.

En plus du VIH, de nombreuses affections ou activités peuvent causer la dysfonction rénale, dont les suivantes :

  • tension artérielle supérieure à la normale
  • taux de lipides anormaux
  • diabète
  • obésité
  • tabagisme
  • virus de l'hépatite C (VHC)
  • injection de drogues de la rue

Les médicaments suivants ont également été associés à la dysfonction rénale :

  • usage chronique d'AINS (anti-inflammatoires non-stéroïdiens) couramment utilisés pour traiter la douleur et l'inflammation – aspirine, ibuprofène (Advil, Motrin), naproxène (Aleve), célécoxib (Celebrex)
  • certains antibiotiques – vancomycine et une classe d'antibiotiques appelée aminoglycosides (dont la gentamicine)
  • antifongiques – amphotéricine B
  • anticancéreux – doxorubicine, cis-platinum
  • antidépresseurs – lithium
  • immunosuppresseurs donnés aux greffés d'organes – cyclosporine, tacrolimus
  • antiviraux – acyclovir intraveineux, foscarnet, cidofovir (Vistide)
  • antiparasitaires – pentamidine

Les personnes séropositives qui utilisent les médicaments dans la liste ci-dessus ou qui ont des affections mentionnées précédemment pourraient courir le risque de dysfonction rénale.

Ténofovir

Le médicament ténofovir est actif contre le VIH et le virus de l'hépatite B (VHB). Le ténofovir se vend sous le nom de marque Viread, ainsi que sous forme de co-formulations à dosages fixes avec d'autres médicaments portant les noms suivants :

  • Truvada – ténofovir + FTC
  • Atripla – ténofovir + FTC + éfavirenz
  • Complera – ténofovir + FTC + rilpivirine
  • Stribild – ténofovir + FTC + cobicistat + elvitégravir

Différentes sortes d'études

Le ténofovir est un composant efficace de plusieurs régimes thérapeutiques anti-VIH. Lors d'essais cliniques randomisés et contrôlés, le ténofovir s'est généralement révélé sûr, et les cas de dysfonction rénale étaient peu fréquents. Notons cependant que les participants à ces essais n'ont vraisemblablement aucun ou peu de problèmes de santé susceptibles d'accroître leur risque de dysfonction rénale. Une fois qu'un médicament reçoit le feu vert des autorités responsables de la réglementation, il est prescrit à une grande variété de patients, dont certains sont susceptibles d’avoir des problèmes de santé préexistants. Pour aider les médecins à comprendre l'efficacité et l'innocuité d'un médicament en dehors d'un essai clinique randomisé, on mène habituellement des études d’observation. Les études de ce genre inscrivent des milliers de participants et les suivent pendant plusieurs années.

Appel à la prudence

L'un des inconvénients importants des études d’observation réside dans le fait qu'elles ne peuvent pas prouver qu'un médicament donné cause un effet secondaire particulier, même si elles réussissent bien à trouver des associations entre les médicaments et différents effets. Par conséquent, bien qu'ils fassent souvent les manchettes, les résultats des études d’observation doivent être interprétés avec prudence. Ces études sont encombrées par des facteurs confondants qui peuvent amener les chercheurs à tirer par inadvertance de fausses conclusions. Les chercheurs qui mènent des études d’observation sont bien intentionnés et font de leur mieux pour tenir compte des facteurs confondants possibles. Cependant, peu importe l'envergure d'une étude d’observation, l'équipe qui analyse les données ne peut malheureusement jamais être certaine que tous les facteurs confondants possibles aient été pris en compte.

Les études d’observation sont importantes mais ne peuvent servir que de guide pour la conception d'études futures plus rigoureuses sur le plan de l'analyse statistique.

Dans la prochaine section, nous examinons une étude d’observation qui a cherché à faire le lien entre la dysfonction rénale et des médicaments anti-VIH spécifiques.

—Sean R. Hosein

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