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juin 2012 

Maladie de Castleman multicentrique et VIH – deux études européennes

Depuis deux décennies, des chercheurs au Royaume-Uni collectent des informations se rapportant à la santé de personnes vivant avec le VIH souffrant de la maladie de Castleman multicentrique. Certaines de ces personnes ont participé à un essai clinique durant lequel elles recevaient des perfusions intraveineuses d'un anticorps (rituximab, Rituxan) conçu pour attaquer des cellules anormales associées à la MCM. L'équipe de recherche a découvert que le taux de survie des personnes séropositives atteintes de MCM s'était beaucoup amélioré depuis l'avènement des combinaisons de médicaments puissants contre le VIH (couramment appelées multithérapies ou TAR) et l'utilisation du Rituxan.

Détails de l'étude

Des chercheurs de Londres au Royaume-Uni ont examiné leur base de données et réuni des rapports sur des cas de MCM liée au VIH diagnostiqués entre 1997 et aujourd'hui, la plupart des cas étant survenus depuis l'an 2000.

Notre rapport se concentre sur 61 cas de MCM dont les diagnostics ont surtout été posés après une biopsie du ganglion ou tissu lymphatique touché.

Les participants avaient le profil moyen suivant au début de l'étude :

  • 53 hommes, 8 femmes
  • 42 % suivaient une multithérapie depuis au moins trois mois avant le diagnostic de MCM
  • parmi les participants suivant une multithérapie, seulement 44 % avaient une charge virale sous le seuil de détection (400 ou 50 copies/ml, selon l'année du test)
  • compte de cellules CD4+ – 233

Suite au diagnostic de MCM, la plupart des participants ont commencé immédiatement une thérapie pour cette affection, ainsi qu'une multithérapie s'ils n'en suivaient pas déjà une.

Résultats — symptômes

Tous les participants avaient éprouvé un ou plusieurs symptômes pendant une période allant de deux semaines à deux ans avant le diagnostic de MCM.

Parmi les symptômes et les résultats d'analyses de laboratoire anormaux courants, mentionnons les suivants :

  • fièvre
  • augmentation du volume de la rate
  • grand nombre de ganglions lymphatiques enflés
  • toux
  • éruption cutanée
  • obstruction des passages nasaux (à cause de l'enflure des tissus lymphatiques situés au fond des voies nasales)
  • lésions cutanées du sarcome de Kaposi (SK)
  • taux élevés de la protéine albumine dans le sang
  • taux plus élevés que la normale de la protéine C-réactive (PCR) dans le sang
  • taux élevé de HHV-8 dans le sang

Quatre participants ont également reçu un diagnostic de lymphome au moment du diagnostic de MCM.

Le suivi des participants a duré quatre ans en moyenne.

Résultats — survie globale

Les taux de survie des participants étaient les suivants aux moments mentionnés :

  • deux ans après le diagnostic de MCM – 83 %
  • cinq ans après le diagnostic de MCM – 77 %

Ces taux de survie sont bien plus élevés qu'à l'époque d'avant la multithérapie, alors que les patients vivaient en moyenne un an seulement après un diagnostic de MCM.

Effet du rituximab sur la survie

Le rituximab a été homologué en 2003, alors certains participants à cette étude ont reçu ce traitement par perfusions intraveineuses dès leur diagnostic de MCM. Plus tard, à partir de 2006, les participants dont les médecins considéraient les chances de survie comme faibles ont reçu le rituximab en association avec une chimiothérapie comportant le médicament étoposide. Quarante-neuf participants ont reçu du rituximab avec ou sans étoposide. Les taux de survie globaux étaient les suivants pour les patients sous rituximab :

  • deux ans après le diagnostic de MCM – 94 %
  • cinq ans après le diagnostic de MCM – 90 %

Le rituximab a fait une différence significative en ce qui a trait à la survie des patients atteints de MCM. Avant 2003, alors que ce médicament n'existait pas, les taux de survie globaux suivant un diagnostic de MCM étaient les suivants :

  • deux ans après le diagnostic – 42 %
  • cinq ans après le diagnostic – 33 %

Décès

Sur les 49 patients recevant du rituximab, quatre sont morts, trois d'entre eux dans les 10 jours suivant le début du traitement contre la MCM. Comme les quatre patients étaient tous déjà dans l'unité de soins intensifs au moment de leur diagnostic de MCM, il est clair qu'ils étaient très malades. Le quatrième participant a survécu et s'est remis de la MCM et a vécu en bonne santé pendant deux années encore. Mais il a fini par développer un lymphome et est mort des suites de ce cancer.

Quarante-six participants sur 49 ont suivi leur traitement par rituximab jusqu'au bout, et leurs symptômes et leur fièvre ont disparu.

Rechute

Sur les 46 participants dont les symptômes ont disparu, huit ont rechuté environ deux ans après la résolution de l'épisode initial de MCM. Ils ont tous reçu un autre traitement par rituximab et certains ont également reçu une chimiothérapie. Ils ont tous survécu.

Un participant a vécu un troisième épisode de MCM, mais a guéri grâce à un autre traitement par rituximab.

Le seul facteur que l'on a associé à une plus longue survie était la présence d'une faible charge virale en VIH au moment du diagnostic de MCM.

Sarcome de Kaposi

Les personnes séropositives souffrant de SK risquent de développer la MCM ou certaines formes de lymphome plus tard parce que ces complications sont déclenchées par l'infection au HHV-8.

Lors de la présente étude, 24 personnes avaient des lésions du SK au moment du diagnostic initial de MCM. Chez neuf d'entre elles, les lésions du SK ont pris du volume, et/ou de nouvelles lésions sont apparues après l'administration du rituximab. Les médecins ont prescrit des formulations liposomiques de la doxorubicine (Doxil, Caelyx) pour traiter efficacement ces lésions.

Point à souligner

Il est important de noter que les spécialistes chevronnés en matière de cancer ne s’entendent pas en ce qui concerne le traitement idéal de la MCM. Il reste que les résultats de cette étude menée à Londres portent à croire que le rituximab est très utile pour combattre la MCM, avec ou sans chimiothérapie.

Va-et-vient

Dans le contexte de l'infection au VIH, la MCM se caractérise par une succession de rémissions et de rechutes, a souligné l'équipe de Londres. Cela veut dire qu'il est possible de mettre en rémission la MCM et de faire disparaître les symptômes, mais elle peut revenir. Un suivi médical régulier est nécessaire pour permettre aux médecins d'intervenir rapidement avant que la rechute s'étende.

Étude française sur la MCM

Des chercheurs de Paris ont examiné leur base de données se rapportant au traitement de la MCM chez les personnes séropositives.  Quarante-huit participants ont reçu du rituximab seulement et 65 autres ont reçu seulement une chimiothérapie. Parmi les participants traités par rituximab, un seul a été atteint par un lymphome subséquemment. En revanche, 17 cas de lymphome se sont produits parmi les participants qui n'ont pas reçu de rituximab.

Les taux de survie étaient plus élevés parmi les participants ayant reçu du rituximab, comme suit :

Taux de survie deux ans après le diagnostic de MCM :

  • patients recevant du rituximab – 93 %
  • patients ne recevant pas de rituximab – 68 %

Taux de survie cinq ans après le diagnostic de MCM :

  • patients recevant du rituximab – 90 %
  • patients ne recevant pas de rituximab – 47 %

Les causes de décès incluaient les complications d'un lymphome et des dommages aux organes causés par la MCM.

Même si les chercheurs français et leurs homologues britanniques n'ont pas mené d'essais cliniques randomisés contrôlés contre placebo, les résultats des deux études semblent indiquer clairement que le rituximab est très utile pour le traitement de la MCM.

Lors de l'étude française, les taux de mortalité étaient plus élevés que lors de l'étude britannique, en partie parce que les participants français étaient généralement en plus mauvaise santé lorsqu'ils ont cherché des soins. Mentionnons, par exemple, que près de 30 % des participants français avaient besoin d'être hospitalisés dans un service de soins intensifs, et leurs comptes de CD4+ étaient généralement inférieurs à 200 cellules.

— Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

  1. Gérard L, Michot JM, Burcheri S, et al. Rituximab decreases the risk of lymphoma in patients with HIV-associated multicentric Castleman disease. Blood. 2012 Mar 8;119(10):2228-33.
  2. Bower M, Newsom-Davis T, Naresh K, et al. Clinical Features and Outcome in HIV-Associated Multicentric Castleman's Disease. Journal of Clinical Oncology. 2011 Jun 20;29(18):2481-6.