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juin 2012 

Deux types de sarcomes de Kaposi

Il existe deux formes de sarcome de Kaposi (SK) :

  • SK classique
  • SK lié au VIH

SK classique

Cette forme légère du sarcome de Kaposi touche particulièrement les hommes âgés de la région méditerranéenne ou de cette ascendance. Les lésions apparaissent habituellement sur la peau, surtout sur les jambes. Dans certains cas, les lésions se résorbent sans qu'un traitement soit nécessaire. Il est rare que le SK classique cause des complications qui mettent la vie en péril.

SK lié au VIH

Chez les personnes vivant avec le VIH, le SK est généralement plus agressif et les lésions apparaissent sur plusieurs régions de la peau. Les lésions s'épaississent et se gonflent graduellement. Le SK lié au VIH peut causer des complications potentiellement mortelles parce que les lésions se développent près ou à l'intérieur d'organes vitaux comme les poumons. Cela peut causer une accumulation de liquide qui rend la respiration difficile. Les lésions du SK peuvent aussi apparaître dans le tractus gastrointestinal et y causer des saignements.

SK et inflammation

À l'époque d'avant la multithérapie, des médecins ont remarqué que, chez les personnes séropositives atteintes d'un SK stable, les lésions prenaient de l'ampleur ou se propageaient durant ou après une infection systémique grave. Des lésions du SK apparaissaient soudainement sur des régions cutanées qui avaient précédemment été des sites d'inflammation, telles que les sites d'incisions effectuées par un chirurgien ou les sites d'un zona antérieur (herpès zoster). Ces observations laissent croire que l'inflammation joue un rôle pour faciliter le développement et la croissance des lésions du SK.

SK — des taches qui se changent en lésions

Chez les personnes séropositives, le SK apparaît habituellement sous forme de petites taches plates sur la peau. Les lésions sont souvent d'une couleur rouge foncé à cause de la croissance de vaisseaux sanguins nourrissant les cellules transformées par le SK, qui sont de plus en plus nombreuses.

Avec le temps, les taches deviennent plus épaisses et plus fermes, ce qui veut dire qu'elles ont atteint le stade de la plaque, durant lequel elles prennent une couleur rouge très foncé ou même violette.

À mesure que les cellules transformées par le SK s'accumulent dans la plaque, les lésions prennent de l'ampleur et entrent dans la phase nodulaire. Durant cette phase, les lésions ressemblent davantage à des nodules, et des vaisseaux à l'intérieur de ceux-ci laissent échapper du liquide et des globules rouges. L'accumulation de globules rouges dans les espaces des nodules leur donne une couleur violette. Si les nodules sont grands, ils peuvent nuire à d'autres parties du corps, causant une enflure de la peau ou des tissus avoisinants. Il peut aussi y avoir des fuites de liquide lymphatique et de sang lorsque les nodules sont irrités.

Traitement du SK

De façon générale, avant l'arrivée de la multithérapie, le traitement (habituellement une chimiothérapie) du SK lié au VIH n'était pas efficace. Même si les lésions disparaissaient sous l'effet du traitement, elles pouvaient réapparaître plus tard ou de nouvelles lésions se formaient.

À l'ère de la multithérapie, le SK lié au VIH finit par se résorber à mesure que le système immunitaire répare les dommages causés par l'infection au VIH. À mesure que le compte de CD4+ augmente, les lésions du SK risquent de se gonfler et de durcir temporairement. Cela arrive parce que le système immunitaire s'est renforcé (grâce à la multithérapie) et peut s'attaquer aux lésions du SK et aux cellules infectées par le HHV-8. Cette lutte entre le système immunitaire et le HHV-8 provoque une inflammation temporaire des lésions du SK.

Une fois la multithérapie commencée, la grosseur de la majorité des lésions se stabilise, et elles commencent finalement à rétrécir et à disparaître. Avec le temps, les lésions risquent de revenir si la multithérapie est interrompue ou si le VIH y devient résistant, car ces deux situations ont pour effet d'affaiblir le système immunitaire et de permettre ainsi à la production de HHV-8 et à l'infection de recommencer ou de s'intensifier. De plus, les cellules infectées par le VIH produisent une protéine appelée Tat qui aide les tumeurs du SK à croître. Un traitement additionnel — habituellement une chimiothérapie — est nécessaire dans des cas rares seulement.

Alors, pour la plupart des personnes séropositives atteintes de SK dans les pays à revenu élevé, les médecins préfèrent généralement prescrire une multithérapie et surveiller de près la situation, car la multithérapie seule suffit souvent à faire disparaître les lésions du SK avec le temps.

— Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Taylor GS, Blackbourn DJ. Infectious agents in human cancers: lessons in immunity and immunomodulation from gammaherpesviruses EBV and KSHV. Cancer Letters. 2011 Jun 28;305(2):263-78.
  2. Myoung J, Ganem D. Active lytic infection of human primary tonsillar B cells by KSHV and its noncytolytic control by activated CD4+ T cells. Journal of Clinical Investigation. 2011 Mar;121(3):1130-40.
  3. Ganem D. KSHV and the pathogenesis of Kaposi sarcoma: listening to human biology and medicine. Journal of Clinical Investigation. 2010 Apr;120(4):939-49.