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mai 2012 

Étude contrôlée contre placebo sur l'alendronate chez des personnes séropositives

Des chercheurs en France ont donné le nom d'ANRS 120-Fosivir à une étude randomisée, contrôlée contre placebo, qu'ils ont menée auprès de personnes séropositives atteintes d'ostéoporose. Cette étude de deux ans a révélé que l'alendronate était sans danger et améliorait considérablement la densité minérale osseuse.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont évalué plus de 1 000 volontaires qui étaient séropositifs depuis au moins cinq ans dans le but d'inscrire des participants souffrant d'ostéoporose et n’ayant pas de complications ou d'affections additionnelles qui auraient pu influencer les résultats de l'étude, telles que les suivantes :

  • alcoolisme
  • difficulté à avaler les médicaments
  • ulcère d'estomac
  • antécédent récent de cancer
  • carence en vitamine D
  • troubles hormonaux (y compris ceux affectant la thyroïde et les hormones sexuelles)
  • poids insuffisant
  • thérapie antérieure à la testostérone
  • maladie grave du cœur, du foie ou du rein
  • usage récent de corticostéroïdes
  • infections persistantes (outre le VIH)
  • femmes allaitantes ou enceintes ou souhaitant le devenir
  • traitement antérieur de l'ostéoporose

Après avoir évalué 1 079 personnes (842 hommes, 237 femmes), les chercheurs ont affecté au hasard 44 participants à deux groupes pour recevoir l'une des interventions suivantes :

  • alendronate (20 personnes) – 70 mg une fois par semaine (par voie orale)
  • placebo (24 personnes) – une fois par semaine (par voie orale)

Tous les participants recevaient aussi 500 mg de carbonate de calcium et 400 UI de vitamine D par jour.

On avait recours à des examens radiographiques de faible dose (DEXA) pour évaluer la densité minérale osseuse des participants.

Les 44 participants avaient le profil moyen suivant au début de l'étude :

  • 42 hommes, 2 femmes
  • âge – 45 ans
  • 40 % avaient reçu un diagnostic de sida dans le passé
  • compte de CD4+ – 422 cellules
  • charge virale – moins de 50 copies
  • tous les participants avaient l'ostéoporose
  • 32 % prenaient du ténofovir (nombre égal de participants dans le groupe alendronate et le groupe placebo)
  • 40 % fumaient

L'étude a duré deux ans.

Résultats

À la fin de la deuxième année de l'étude, les participants recevant l'alendronate avaient bénéficié d'une amélioration considérable de leur densité minérale osseuse, comparativement aux participants du groupe placebo. Dans l'ensemble, la densité minérale osseuse a augmenté de 7 % dans la colonne vertébrale ou la hanche des participants recevant l'alendronate, comparativement à 1 % chez les participants recevant le placebo. Cette différence est significative du point de vue statistique.

La densité minérale osseuse a changé comme suit dans les différentes parties du corps précisées :

Colonne vertébrale

  • alendronate : + 7 %
  • placebo : + 1 %

Hanche

  • alendronate : + 4 %
  • placebo : + 2 %

Les changements dans la densité osseuse de la hanche n'étaient pas significatifs sur le plan statistique, sans doute parce qu'ils étaient minimes; pour détecter un changement important et statistiquement significatif, il aurait fallu recruter davantage de participants.

Effets indésirables

Tous les participants avaient des taux d'enzymes hépatiques normaux. Aucune différence remarquable n'a été constatée entre le médicament et le placebo en ce qui concerne les effets secondaires. Cela n'a rien d'étonnant, car l'alendronate est généralement bien toléré lorsqu'on le prend en suivant les consignes.

Fractures

Deux fractures se sont produites parmi les participants sous placebo, mais aucune dans le groupe alendronate.

Déséquilibre des sexes

Comme c'est le cas de nombreuses études liées au VIH menées dans les pays à revenu élevé, celle-ci était déséquilibrée par rapport au sexe des participants. En guise d'explication, les chercheurs ont affirmé qu'ils n'avaient pas voulu recruter des femmes postménopausées afin de pouvoir « écarter l'impact des facteurs de risque d'ostéoporose [autres] que l'infection au VIH et son traitement ». Ils ont également mentionné que l'ostéoporose semblait « moins fréquente chez les femmes que chez les hommes au sein de la population séropositive [de la France] ». Les résultats obtenus auprès des deux femmes inscrites à cette étude étaient semblables à ceux obtenus auprès des hommes.

La présente étude était conçue de manière rigoureuse et a donné des résultats clairs qui confirment les bienfaits de l'alendronate pour les hommes séropositifs atteints d'ostéoporose.

Seules des femmes séronégatives âgées ont fait l'objet d'études sur l'usage à long terme (entre 10 et 15 ans) de l'alendronate. Comme il est probable que l'alendronate et les médicaments apparentés seront prescrits à des personnes séropositives jeunes ou d'âge moyen, des études à long terme seront nécessaires pour évaluer l'innocuité et l'efficacité du médicament chez ces populations, particulièrement parmi les femmes séropositives.

— Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Rozenberg S, Lanoy E, Bentata M, et al. Effect of alendronate on HIV-associated osteoporosis: A randomized, double-blind, placebo-controlled, 96-week trial (ANRS 120). AIDS Research & Human Retroviruses. 2012; in press.