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novembre/décembre 2011 

De bonnes nouvelles à propos du VIH et du cerveau vieillissant

De nombreuses études ont évalué l'impact du VIH sur le cerveau depuis l'avènement de la multithérapie antirétrovirale dans les pays à revenu élevé, en 1996. Les chercheurs responsables de ces études ont recruté des personnes séropositives qui présentaient des symptômes sérieux, dont le sida, à cause de l'état affaibli de leur système immunitaire. Il est donc possible que ces études aient brossé un portrait faussé de l'impact du VIH en soulignant la présence de dommages excessifs.

Pour découvrir quels effets le VIH exerce sur le cerveau, il est important d'étudier une grande variété de personnes, y compris des personnes séropositives n'ayant pas éprouvé de symptômes sérieux comme ceux observés en présence du sida. Deux études ont porté sur des personnes séropositives présentant des symptômes minimes de l'infection. L'une d'entre elles a laissé croire que l'ampleur de la déficience neurocognitive observée chez les personnes séropositives asymptomatiques ne différait pas de celle observée chez les personnes séronégatives. Une autre étude a porté à croire que les atteintes neurocognitives légères étaient relativement courantes chez les personnes asymptomatiques. Face à ces résultats contradictoires, certains neuroscientifiques soutiennent qu'il n'est pas certain que le VIH entraîne la détérioration des facultés neurocognitives chez les personnes « médicalement stables » qui n'ont pas de symptômes de l'infection au VIH.

Est-ce l'âge ou le sida?

L'effet du vieillissement est une autre préoccupation dont il faut tenir compte lorsqu'on essaie d'évaluer les déficiences neurocognitives. Certains chercheurs soupçonnent le processus naturel de vieillissement d'intensifier l'impact du VIH sur le cerveau, et vice versa. Les études explorant cette question ont donné des résultats variables.

En partie, la variabilité des résultats est causée par l'impact confondant des comorbidités observées chez certaines personnes âgées, y compris la dépression, la toxicomanie et l'alcoolisme, les maladies cardiovasculaires et le diabète.

Des chercheurs du King’s College à Londres ont effectué des évaluations neurocognitives exhaustives et des IRM auprès de 95 volontaires, dont certains étaient séropositifs. Les chercheurs ont employé le terme « médicalement stables » pour décrire les volontaires séropositifs. En plus d'être asymptomatiques, ces volontaires suivaient une multithérapie, avaient une charge virale très faible et un compte de CD4+ relativement élevé et n'avaient pas d'antécédents de toxicomanie ou de problèmes de santé mentale graves, d'où la description fournie par les chercheurs.

L'équipe du King's College a conclu que, « la seule infection au VIH ne cause pas de déficience cognitive significative lorsque les patients [n'ont pas de symptômes de l'infection au VIH et qu'ils sont médicalement stables]. »

Détails de l'étude

Les chercheurs ont recruté 95 hommes gais ou bisexuels qu'ils ont répartis dans les quatre groupes suivants :

  • hommes séropositifs âgés de 20 à 40 ans
  • hommes séronégatifs âgés de 20 à 40 ans
  • hommes séropositifs âgés de 50 à 75 ans
  • hommes séronégatifs âgés de 50 à 75 ans

Les données de santé recueillies auprès de chaque homme séropositif ont été comparées à celles d'un homme séronégatif d'âge comparable qui avait reçu une éducation semblable.

Les chercheurs ont exclu toute personne qui avait reçu l’un des diagnostics suivants :

  • infections liées au sida touchant le cerveau
  • virus de l'hépatite B ou C
  • troubles neurologiques
  • antécédents de consommation de substances nuisibles (y compris l'alcool)
  • tout problème chronique d'ordre cardiaque, hépatique ou rénal susceptible de nuire aux facultés neurocognitives
  • troubles psychiatriques modérés ou graves

Les chercheurs ont effectué des évaluations neurocognitives exhaustives, ainsi que des analyses de sang pour dépister toute infection ou affection susceptible d'avoir un impact sur les évaluations neurocognitives, telles que le diabète, les maladies thyroïdiennes non traitées, etc. Des IRM à haute résolution ont également été effectuées.

Résultats — VIH et âge

Les personnes atteintes du VIH ne présentaient pas de déficience neurocognitive, comparativement aux personnes séronégatives. L'infection au VIH n'a pas aggravé le déclin des fonctions neurocognitives causé par l'âge.

Comparativement aux volontaires plus jeunes, les chercheurs ont généralement constaté que les personnes âgées présentaient une certaine déficience neurocognitive, particulièrement sur le plan de la mémoire. Cela a été qualifié de conséquence normale du vieillissement par les chercheurs.

Résultats — IRM

Les IRM à haute résolution ont détecté des changements dans certaines régions du cerveau des participants âgés – autre conséquence normale du vieillissement, selon les chercheurs.

Chez les personnes séropositives, on a observé une réduction légère du volume de la matière grise dans une région du cerveau appelée gyrus frontal.

Donner un sens aux résultats

Les chercheurs londoniens ont constaté que, « en général, il n'y avait pas de déficience [neurocognitive] significative dans notre groupe de patients stables porteurs du VIH-1. » Ils ajoutent que leurs résultats « semblent indiquer que les participants séropositifs [VIH-1] stables [asymptomatiques] dont la charge virale est supprimée depuis longtemps et dont le compte de CD4+ est supérieur à 200 cellules ne manifestent pas nécessairement de déclin cognitif. »

L'équipe de Londres affirme aussi que, lors des études précédentes qui avaient permis de constater des déficiences neurocognitives chez des personnes séropositives, on n'avait peut-être pas tenu compte de facteurs comme l'abus d'alcool et de drogues, des troubles psychiatriques et d'autres affections médicales.

Selon l'équipe de recherche, les participants inscrits à cette étude avaient un QI relativement élevé et étaient « en bonne santé médicale et psychiatrique. » Les chercheurs laissent entrevoir la possibilité que ces facteurs aient contribué à protéger les hommes en question contre la dégénérescence neurocognitive.

Des études de longue durée seront nécessaires pour déterminer ce qui arrive aux hommes médicalement stables à mesure qu'ils vieillissent avec le VIH. De plus, les études futures devront inclure une plus grande variété de personnes séropositives, y compris des femmes.

Si les résultats de l'étude londonienne se confirmaient, la prise en charge des comobordités nuisant à la cognition (consommation d'alcool et de drogues, problèmes métaboliques comme le diabète et co-infections comme l'hépatite C) pourrait prendre de l'importance pour aider à atténuer leur impact sur le cerveau.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Thompson PM, Dutton RA, Hayashi KM, et al. Thinning of the cerebral cortex visualized in HIV/AIDS reflects CD4+ T lymphocyte decline. Proceedings of the National Academy of Sciences USA. 2005 Oct 25;102(43):15647-52.
  2. Harezlak J, Buchthal S, Taylor M, et al. Persistence of HIV-associated cognitive impairment, inflammation, and neuronal injury in era of highly active antiretroviral treatment. AIDS. 2011 Mar 13;25(5):625-33.
  3. Towgood KJ, Pitkanen M, Kulasegaram R, et al. Mapping the brain in younger and older asymptomatic HIV-1 men: Frontal volume changes in the absence of other cortical or diffusion tensor abnormalities. Cortex. 2011; in press.