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août/septembre 2011 

La vitamine D peut-elle augmenter le taux de testostérone chez les hommes?

Des chercheurs allemands ont mené une étude randomisée, contrôlée contre placebo, sur la supplémentation en vitamine D3 chez des personnes en surpoids qui participaient à un programme d'amaigrissement structuré de 12 mois. Ils ont trouvé que la prise quotidienne de 3 333 UI n'avait pas d'impact sur la perte de poids. Toutefois, des baisses faibles, mais statistiquement significatives des taux de triglycérides et de la cytokine TNF-alpha se sont produites dans le sang des personnes recevant de la vitamine D3. On a également constaté une augmentation faible (+5 %), mais statistiquement significative des taux de mauvais cholestérol (LDL-C) chez les personnes recevant de la vitamine D3. Chose surprenante, une augmentation faible, mais statistiquement significative du taux de testostérone a été observée chez les hommes recevant de la vitamine D3.

Détails de l'étude

Deux cents personnes séronégatives en surpoids et en bonne santé ont été recrutées pour le programme d'amaigrissement. Dans le cadre de celui-ci, les participants recevaient de l'instruction concernant la nutrition et les saines habitudes alimentaires, ainsi que des sessions hebdomadaires de counseling avec une nutritionniste pendant les six premiers mois de l'étude. La moitié des participants a reçu de la vitamine D3 à raison de 3 333 UI par jour pendant 12 mois consécutifs; l'autre moitié a reçu un placebo. Des évaluations de laboratoire exhaustives ont été effectuées pour mesurer les taux de testostérone chez un sous-groupe de 54 hommes, dont 31 recevaient de la vitamine D et 23, le placebo. Notre rapport porte spécifiquement sur ces 54 hommes.

L'âge moyen des hommes était de 48 ans et la moitié d'entre eux fumaient du tabac. Avant la randomisation, les taux de vitamine D, soit 30 nmol/litre environ, laissaient soupçonner des carences.

Résultats

En moyenne, les hommes ont perdu 6 kg sur une période d'un an.

Chez les hommes recevant de la vitamine D, les taux de celle-ci ont augmenté jusqu'à 86 nmol/litre.

Avant de présenter d'autres résultats concernant la testostérone, il faut fournir quelques renseignements de base.

À propos de la testostérone

Chez les hommes adultes, la testostérone est fabriquée majoritairement (95 %) par les testicules, à raison de 3 mg à 10 mg par jour. Le reste est produit par les glandes surrénales.

Dans le sang, la testostérone se lie à deux protéines :

  • globuline liant l'hormone sexuelle (SHBG)
  • albumine

En théorie, seule la testostérone qui s'est libérée de ces protéines peut être utilisée par les tissus. Aux fins des tests de laboratoire, on appelle cette testostérone non liée la testostérone « libre ».

Évaluations de la testostérone

Les résultats des analyses sanguines de la testostérone s'expriment généralement comme suit :

  • testostérone totale – inclut la testostérone liée aux protéines sanguines et la testostérone libre
  • testostérone libre – peut être mesurée directement ou calculée par des équations tenant compte du taux de testostérone totale et les concentrations de SHBG et d'albumine
  • testostérone biodisponible – inclut la testostérone libre et la testostérone liée faiblement à l'albumine

Les valeurs de référence pour la testostérone varient selon le laboratoire, et les taux de cette hormone ont tendance à baisser avec l'âge.

Les taux de testostérone diminuent souvent aussi en présence d'infections chroniques comme le VIH et d'affections inflammatoires comme le cancer et les maladies rénales ou pulmonaires graves. Certains médicaments et substances peuvent également causer une baisse du taux de cholestérol, y compris les suivants :

  • consommation excessive et chronique d'alcool
  • chimiothérapie
  • kétoconazole (Nizoral)
  • marijuana
  • spironolactone (Aldactone)

Résultats — Testosterone and vitamine D

Lors d'évaluations différentes, les participants recevant de la vitamine D ont connu des augmentations faibles, mais statistiquement significatives de leurs taux de testostérone, comparativement aux hommes sous placebo. À titre d'exemple, mentionnons des augmentations de 3 nmol/litre à 13.4 nmol/litre des taux de testostérone totale après 12 mois. Des tendances semblables ont été observées en ce qui a trait à la testostérone libre et à la testostérone biodisponible.

Pourquoi cette augmentation?

Plusieurs résultats de recherche laissent croire que la vitamine D aurait joué un rôle dans l'augmentation des taux de testostérone durant cette étude. Il est important de tenir compte de ces résultats, car cette étude avait pour objectif principal d'évaluer la perte de poids et non les changements dans les taux de testostérone. De plus, le nombre d'hommes figurant dans cette sous-étude était relativement faible. Voici quelques trouvailles de la recherche qui pourraient étayer les résultats de cette étude en ce qui concerne la vitamine D :

  • Lors d'expériences sur des souris, celles qui n'ont pas de récepteurs de la vitamine D ont des taux de testostérone inférieurs à la normale.
  • Les testicules sont dotés de récepteurs de la vitamine D, ce qui laisse croire que cette vitamine y joue un rôle quelconque.
  • Lors d'une étude transversale menée chez des humains, on a découvert un lien entre les taux de vitamine D dans le sang et les taux de testostérone dans le sang.

L'ensemble de ces résultats de recherches antérieures et ceux de la présente étude allemande portent à croire que la vitamine D pourrait avoir un impact modeste sur les taux de testostérone chez les hommes. Compte tenu des bémols déjà mentionnés, les résultats de la présente étude ne peuvent être considérés comme définitifs, mais seulement comme des possibilités. De plus, comme les chercheurs n'ont pas évalué de facteurs influencés par la testostérone, tels que la pulsion sexuelle, l'humeur ou la force musculaire, la signification clinique des changements dans les taux de testostérone n'est pas claire.

Il reste que les résultats de la présente étude sont intrigants et doivent être confirmés par un essai clinique randomisé de grande envergure.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Zanatta L, Zamoner A, Zanatta AP, et al. Nongenomic and genomic effects of 1α,25(OH)(2) vitamin D(3) in rat testis. Life Sciences. 2011 Apr 30. [Epub ahead of print]
  2. Foresta C, Strapazzon G, De Toni L, et al. Bone mineral density and testicular failure: evidence for a role of vitamin D 25-hydroxylase in human testis. Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism. 2011 Apr;96(4):E646-52.
  3. Zittermann A, Frisch S, Berthold HK, et al. Vitamin D supplementation enhances the beneficial effects of weight loss on cardiovascular disease risk markers. American Journal of Clinical Nutrition. 2009 May;89(5):1321-7.
  4. Pilz S, Frisch S, Koertke H, et al. Effect of vitamin D supplementation on testosterone levels in men. Hormone and Metabolic Research. 2011 Mar;43(3):223-5.

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