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2009 juillet/août 

Le VIH et les reins—les effets à long terme

Pour se faire une idée de l’impact de l’infection au VIH sur les reins, des chercheurs aux États-Unis et dans l’Union européenne ont mené des études. Une étude américaine portant le nom de FRAM (Fat Redistribution and Metabolic Change in HIV Infection) a abordé cette question. Les responsables de cette étude ont suivi l’état de santé de volontaires séropositifs et séronégatifs sur une période de plusieurs années. Le suivi en question consiste en examens physiques, tests sanguins, radiographies, etc.

Une analyse récente de la base de données de la FRAM a examiné le lien entre la santé rénale et la charge virale en VIH. Les résultats portent à croire que l’infection au VIH peut détériorer les reins et que la suppression de la charge virale permet d’améliorer la santé de ces organes.

Détails de l’étude

L’équipe de chercheurs a comparé des données recueillies sur une période de cinq ans auprès de 337 personnes séropositives et 230 personnes séronégatives. Notre rapport met l’accent sur les changements observés chez les personnes vivant avec le VIH.

Au début de l’étude, les participants avaient le profil moyen suivant :

  • 32 % de femmes, 68 % d’hommes;
  • compte de CD4+ – 400 cellules;
  • 45 % avaient une charge virale indétectable;
  • 88 % suivaient une multithérapie;
  • 43 % fumaient du tabac;
  • débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) – 87.

Les principaux groupes ethnoraciaux étaient les suivants :

  • Blanc – 48 %;
  • Noir – 42 %.

Calculer le DFGe

Aux fins de cette étude, les chercheurs ont fondé leurs calculs du DFGe sur les niveaux d’une protéine appelée cystatine C qui est présente dans le sang. Nous parlons plus en profondeur de la cystatine C plus tard dans le présent numéro de TraitementSida.

Résultats

Sur une période de cinq ans, le DFGe des participants séropositifs a subi de nombreux changements, tant favorables que défavorables.

Le seul facteur associé à une amélioration du DFGe était une réduction de la charge virale occasionnée par la prise d’une multithérapie antirétrovirale. Ce résultat laisse croire que le VIH est la principale cause des problèmes rénaux observés chez les personnes séropositives. De plus, cette étude indique également que la santé rénale peut s’améliorer grâce à la prise d’une multithérapie.

Les chercheurs responsables de l’étude FRAM ont découvert que plusieurs facteurs pouvaient contribuer au déclin de la santé rénale :

  • inflammation chronique;
  • tension artérielle supérieure à la normale;
  • prédiabète et diabète;
  • taux de bon cholestérol inférieur à la normale – HDL;
  • taux de mauvais cholestérol supérieur à la normale – LDL.

L’équipe de recherche a également relevé une tendance intéressante : le DFGe semblait diminuer tranquillement chez les participants recevant des médicaments hypolipidémiants appelés fibrates (utilisés pour réduire les taux de lipides sanguins). Cette équipe recommande que cette question soit abordée en profondeur dans le cadre d’une autre étude.

Par contraste, les participants qui prenaient des médicaments pour abaisser leur tension artérielle voyaient leur DFGe s’améliorer. Ce résultat souligne le lien bien établi entre l’hypertension et la détérioration de la santé rénale.

Les chercheurs ont également établi un lien entre l’infection à l’hépatite C et l’héroïne et le déclin graduel de la santé rénale, mais les tendances en question n’étaient pas significatives du point de vue statistique.

Médicaments anti-VIH

Deux médicaments anti-VIH sont couramment associés à un risque accru de lésions rénales, à savoir l’indinavir (Crixivan) et le ténofovir (Viread). L’indinavir n’est guère prescrit de nos jours dans les pays à revenu élevé. Cependant, le ténofovir est prescrit par beaucoup de médecins. Même s’il a souvent été utilisé au cours de l’étude FRAM, le ténofovir n’a pas été associé à la détérioration de la santé rénale.

Les gens qui prennent le médicament anti-VIH saquinvair (Invirase) ont vu leur DFGe s’améliorer de façon modeste.

Cette équipe encourage d’autres chercheurs à fonder des études sur le DFGe afin de mieux élucider le lien entre ce dernier et la santé rénale, ainsi que la santé cardiovasculaire.

RÉFÉRENCE :

  1. Longenecker CT, Scherzer R, Bacchetti P, et al. HIV viremia and changes in kidney function. AIDS. 2009 Jun 1;23(9):1089-96.