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2009 juillet/août 

Les reins

Au cours des 15 premières années de l’épidémie du sida, les acteurs du domaine médical mettaient surtout l’accent sur la prévention et le traitement des infections potentiellement mortelles qui touchaient couramment les personnes atteintes du sida. À l’époque actuelle, la trithérapie ou multithérapie antirétrovirale – combinaison de médicaments anti-VIH—est largement accessible, du moins dans les pays à revenu élevé. Ce genre de traitement permet à beaucoup de personnes infectées par le VIH de maintenir un état de rémission. Tant que ces personnes ne présentent aucune autre maladie grave concomitante et qu’elles prennent leurs soins et leurs traitements au sérieux, les chercheurs estiment qu’elles pourront connaître une espérance de vie quasi-normale.

Cependant, à mesure que l’espérance de vie des personnes séropositives (PVVIH) se prolonge, les chercheurs, les médecins et les patients s’interrogent sur l’impact à long terme du VIH sur le corps vieillissant, ainsi que sur les effets secondaires potentiels du traitement. Dans le présent numéro de TraitementSida, nous examinons quelques études sur la santé des reins et le VIH.

L’accent sur les reins

Les reins sont deux organes d’à peu près la grosseur d’un poing. Ils se trouvent de part et d’autre de la colonne vertébrale, juste en dessous des côtes.

Ces organes exercent de nombreuses fonctions vitales, dont les suivantes :

  • maintien de la pression artérielle;
  • conversion de la vitamine D fabriquée dans la peau en vitamine D3 (forme active de la vitamine);
  • contrôle des niveaux d’oxygène dans le sang et stimulation de la moelle osseuse de sorte à produire davantage de globules rouges porteurs d’oxygène en cas de besoin;
  • maintien de l’équilibre des ions et des minéraux dans l’organisme, tels que le calcium, le potassium, le phosphore et le magnésium;
  • filtrage des déchets présents dans le sang.

Chaque rein contient des millions de cellules appelées néphrons. À l’intérieur de chaque néphron se trouvent des unités de filtrage minuscules appelées glomérules.

Filtrage

L’une des fonctions les plus importantes des reins consiste à filtrer les déchets présents dans le sang. Ces déchets résultent des nombreuses activités accomplies par les cellules au quotidien : l’exercice de leurs fonctions, l’auto-réparation et, dans certains cas, leur mort. Des déchets sont également produits lorsque les aliments sont métabolisés pour libérer de l’énergie. Les cellules évacuent leurs déchets dans le sang.

Suivi de la santé des reins

On peut vérifier l’état de santé des reins de plusieurs façons. Une des méthodes les plus utilisées consiste à évaluer l’efficacité du filtrage du sang accompli par le glomérule; on appelle cette mesure le débit de filtration glomérulaire ou DFG. Toutefois, vu que mesurer le DFG absolu est difficile et dispendieux et prend beaucoup de temps, les médecins demandent le plus souvent aux laboratoires d’estimer le DFG. Les résultats de ce genre de test sont écrits ainsi : DFGe.

Un mot au sujet de la créatinine

Avant de parler davantage du DFGe, il faut d’abord offrir quelques renseignements au sujet d’une substance appelée créatinine. Celle-ci est un déchet qui se produit lorsque les muscles se dégradent. Chez les personnes en bonne santé, le taux de créatinine demeure habituellement relativement constant. Puisque la créatinine est filtrée par les reins, on peut se fonder sur les niveaux de cette substance pour estimer le DFG. Pour estimer le DFG, on insère habituellement les taux de créatinine dans une des deux formules suivantes :

  • MDRD (modification of diet in renal disease – modification de l’alimentation en présence d’une maladie rénale);
  • Cockcroft-Gault.

La formule MDRD est souvent utilisée pour calculer le DFGe parce qu’elle tient compte de facteurs comme l’âge, le sexe et la race. La formule Cockcroft-Gault ne tient pas compte de la race de la personne testée.

Parfois, on mesure le taux d’une protéine appelée cystatine C pour estimer le DFG, notamment à des fins de recherche scientifique (nous parlons davantage de cette protéine plus tard).

Résultats de tests

Les résultats d’un DFGe sont exprimés sous forme de chiffre suivi de l’abréviation mL/min (90 mL/min, par exemple). Dans la plupart des cas, un résultat de 90 ou plus indique que les reins sont en bonne santé. Des résultats plus faibles peuvent cependant suggérer la présence de lésions rénales comme suit :

  • DFGe entre 89 et 60 – insuffisance rénale légère
  • DFGe de moins de 60 pendant trois mois consécutifs – insuffisance rénale chronique
  • DFGe entre 30 et 59 – lésions rénales modérées. Si cet état persiste, le taux de globules rouges risque de diminuer, et les os pourraient s’affaiblir. Un faible taux de globules rouges peut causer la fatigue, et la perte de minéraux dans le sang peut compromettre la force des os.
  • DFGe entre 15 et 29 – lésions rénales graves. Dans un tel cas, il faut filtrer le sang de manière artificielle—dialyse—pour évacuer les déchets du corps.
  • DFGe de moins de 15 – essentiellement, les reins ont cessé de fonctionner et, faute de dialyse ou de greffe rénale, la mort peut s’ensuivre. Au Canada, la transplantation d’organes n’est pas accessible aux personnes vivant avec le VIH.

Autres tests

Outre le DFGe, il existe d’autres tests utiles pour évaluer le risque de dysfonction rénale :

  • Pression artérielle
    Puisque les reins assurent la régulation de la pression artérielle, l’hypertension peut être signe de lésions rénales. Des périodes prolongées d’hypertension risquent aussi d’endommager les reins.
  • Tests d’urine
    En temps normal, les reins envoient les déchets à l’urine et se remettent à réabsorber des nutriments utiles. Toutefois, si les reins sont endommagés, ils risquent de libérer par inadvertance des nutriments bénéfiques dans l’urine, tels que la protéine albumine. Si une faible quantité d’albumine est décelée dans l’urine, on parle de microalbuminurie. Si les reins continuent de se dégrader et que d’autres protéines sont libérées dans l’urine, on parle de protéinurie.
  • Biopsie rénale
    Un petit fragment de tissu rénal est extrait et analysé au microscope.
  • Scanner
    Selon la situation, on peut avoir recours à l’échographie, à la tomodensitométrie ou à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour évaluer la santé rénale.

Signes et symptômes

Souvent, les lésions rénales de stade précoce ne provoquent aucun symptôme détectable. Toutefois, les signes/symptômes suivants risquent de se produire au fur et à mesure que l’état des reins se détériore :

  • mictions plus ou moins fréquentes;
  • perte d’appétit;
  • nausée;
  • vomissements;
  • crampes musculaires;
  • démangeaisons;
  • difficulté à se concentrer.

Facteurs de risque d’insuffisance rénale

Il existe de nombreux facteurs qui contribuent à augmenter les risques d’insuffisance rénale, y compris les suivants :

  • Infection au VIH non maîtrisée
    Le virus infecte principalement les cellules du système immunitaire, mais il peut aussi infecter et affaiblir les reins. De plus, certains chercheurs maintiennent que les reins peuvent servir de réservoir au VIH, c’est-à-dire un lieu où de nouvelles copies virales sont fabriquées régulièrement à l’intérieur de cellules infectées par le VIH. La prise de médicaments anti-VIH pour réduire le plus possible la charge virale contribue à réduire les dommages subis par les reins.
  • Hyperglycémie et hypertension
    Le diabète et l’hypertension sont les principales causes d’insuffisance rénale chez les personnes séronégatives et jouent vraisemblablement un rôle important à cet égard chez les PVVIH.
  • Race
    Pour des raisons qui ne sont toujours pas claires, les personnes d’ascendance africaine courent un risque plus élevé de lésions rénales.
  • Âge
    Le filtrage des déchets par les reins se fait moins efficacement au fur et à mesure que l’organisme vieillit.

La bonne nouvelle est que le diabète, l’hypertension et la charge virale en VIH peuvent souvent être contrôlés, ce qui permet de réduire le risque d’insuffisance rénale.

RÉFÉRENCES  :

  1. Marras D, Bruggeman LA, Gao F, et al. Replication and compartmentalization of HIV-1 in kidney epithelium of patients with HIV-associated nephropathy. Nature Medicine. 2002 May;8(5):522-6.
  2. Tandon R, Levental I, Huang C, et al. HIV infection changes glomerular podocyte cytoskeletal composition and results in distinct cellular mechanical properties. American Journal of Physiology. Renal physiology. 2007 Feb;292(2):F701-10.
  3. Papeta N, Chan KT, Prakash S, et al. Susceptibility loci for murine HIV-associated nephropathy encode trans-regulators of podocyte gene expression. Journal of Clinical Investigation. 2009 May;119(5):1178-88.
  4. K/DOQI clinical practice guidelines for chronic kidney disease: evaluation, classification, and stratification. American Journal of Kidney Diseases. 2002;39(Suppl 1):S1-266.
  5. Himmelfarb J, Joannidis M, Molitoris B, et al. Evaluation and initial management of acute kidney injury. Clinical Journal of the American Society of Nephrology. 2008 Jul;3(4):962-7.
  6. Winston J, Deray G, Hawkins T. Kidney disease in patients with HIV infection and AIDS. Clinical Infectious Diseases. 2008 Dec 1;47(11):1449-57.

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