TraitementActualités
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mai/juin 2016 

ABT-493 + ABT-530 : traitement de huit semaines contre le génotype 1 ou 2 sans cirrhose

L’ABT-493 est le nom de code d’un médicament qui s’attaque à une enzyme du VHC appelée NS3 et à un co-facteur de cette enzyme appelée NS4A. On évalue actuellement une dose quotidienne de 300 mg de ce médicament.

L’ABT-530 est le nom de code d’un médicament qui s’attaque à une protéine du VHC appelée NS5A. On évalue actuellement une dose quotidienne de 120 mg de ce médicament.

Ces deux médicaments sont fabriqués par la compagnie pharmaceutique Abbvie.

Dans les expériences de laboratoire sur des cellules infectées par le VHC, ces deux médicaments ont fait preuve d’une puissante activité antivirale contre tous les génotypes du VHC (génotypes 1 à 6). Dans les essais cliniques de phase II en cours, les deux médicaments sont pris ensemble une fois par jour et sont en train de se révéler être des traitements très prometteurs. Ces médicaments font l’objet d’un programme de recherche d’envergure en cours et en sont aux dernières étapes des tests. Dans ce numéro de TraitementActualités, nous présentons des résultats pertinents des essais de phase II sur ces médicaments.

Dans le cadre de programmes de recherche intitulés Surveyor-I et Surveyor-II, des chercheurs ont mené plusieurs études sur l’ABT-493 et l’ABT-530. Pour une sous-étude des programmes Surveyor-I et Surveyor-II, les chercheurs ont inscrit des participants ayant le génotype 1 ou 2 du VHC. Aucun des participants en question n’avait de lésions hépatiques graves (cirrhose) et aucun n’était co-infecté par le VIH ou le virus de l’hépatite B. La combinaison de médicaments ABT a été administrée pendant huit semaines à 34 participants. Les chercheurs ont constaté que 33 participants sur 34 atteints du génotype 1 ont guéri (taux de guérison de 97 %). Parmi les 54 participants atteints du génotype 2, 53 (98 %) ont guéri.

Détails de l’étude

Les participants avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :

  • 60 % d’hommes, 40 % de femmes
  • âge : 55 ans
  • distribution des génotypes (GT) : GT-1a – 70 %; GT-1b – 29 %; GT–2a/c – 15 %; GT–2b – 70 %; il n’était pas possible d’établir les sous-types des virus GT-2 restants
  • charge virale : 6,7 logs; plus de 38 % des participants avaient une charge virale en VHC d’au moins 6 millions d’UI/ml
  • la plupart des participants (70 %) avaient des lésions hépatiques légères, classées de F0 à F1

Résultats : génotype 1

Trente-trois participants sur 34 (97 %) ont guéri. L’autre participant a dû quitter l’étude après quatre semaines de traitement à cause d’un diagnostic de cancer; il est mort quelques mois plus tard. Son diagnostic de cancer n’avait pas de rapport avec les médicaments étudiés.

Résultats : génotype 2

Cinquante-trois participants sur 54 (98 %) ont guéri. Un participant a arrêté de visiter la clinique et n’a pu être retrouvé.

Résistance

Les cellules infectées par le VHC produisent des millions de copies de ce virus. Durant le processus de fabrication de virus, de petits changements ou mutations se produisent parfois dans le matériel génétique du VHC. Certaines de ces mutations peuvent aider le VHC à résister aux effets du traitement. Les chercheurs ont trouvé que  des mutations du VHC étaient présentes chez les deux tiers des participants au début de cette étude. Toutefois, ces mutations n’ont pas eu d’impact sur la réponse aux médicaments à l’étude.

Effets indésirables

On utilise le terme effets indésirables pour décrire les symptômes et les complications pouvant survenir durant les essais cliniques, que celles-ci soient de nature physique ou révélées par des analyses de laboratoire. On doit souligner que tous les effets indésirables ne sont pas nécessairement liés aux médicaments à l’étude. Certains effets indésirables peuvent survenir à cause de l’infection au VHC sous-jacente ou encore en raison de complications préexistantes liées au VHC. Il arrive même que certains effets indésirables ne soient attribuables ni à la maladie ni au médicament à l’étude.

Dans l’ensemble, 68 % des participants atteints du GT-1 et 61 % des participants atteints du GT-2 ont éprouvé des effets indésirables. Selon l’équipe de recherche, la plupart des effets ont été d’intensité légère. Voici les effets indésirables courants signalés :

  • fatigue : 15 %
  • maux de tête : 7 %

Les tests de laboratoire n’ont pas décelé d’augmentation anormale des taux d’enzymes hépatiques ou du taux du produit de déchets bilirubine. Aucun participant n’a présenté d’anémie modérée ou grave.

On a fait état de deux effets indésirables qui n’étaient pas liés aux médicaments figurant dans l’étude. Le premier fut le cas de cancer déjà mentionné, et le deuxième fut un cas d’infection bactérienne de la peau.

Points clés

La combinaison d’ABT-493 et d’ABT-530 s’est révélée très efficace lorsqu’elle a été utilisée pendant huit semaines consécutives chez des personnes atteintes du génotype 1 ou 2 qui n’avaient pas la cirrhose, peu importe leur charge virale ou sous-type viral. Les médicaments ont été bien tolérés. D’autres études se poursuivent.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Poordad F, Felizarta F, Wang S, et al. High SVR rates with the combination of ABT-493 and ABT-530 for 8 weeks in patients with HCV genotype 1 or 2. The International Liver Congress, 13-17 April 2016, Barcelona. Abstract 157.