TraitementActualités
214

mars/avril 2016 

La combinaison cabotégravir + rilpivirine à action prolongée pour le traitement d’induction suivi du traitement d’entretien

Comme nous l’avons déjà mentionné dans ce numéro de TraitementActualités, une formulation à action prolongée de l’inhibiteur de l’intégrase expérimental cabotégravir est en voie de développement à titre de prophylaxie pré-exposition (PrEP).

Lorsque le cabotégravir à action prolongée (AP) est utilisé en association avec un autre médicament anti-VIH à action prolongée, soit l’analogue nucléosidique rilpivirine, il est possible que cette combinaison puisse servir de traitement. Il s'agit de réduire et de maintenir d'abord la charge virale sous la barre des 50 copies/ml grâce à une combinaison incluant les formulations orales du cabotégravir et de la rilpivirine. Les médecins peuvent ensuite envisager de changer le traitement du patient pour un régime comportant seulement les deux agents à action prolongée. Rappelons que les agents à action prolongée doivent être injectés profondément dans un muscle (habituellement dans les fesses), afin d’être libérés lentement par la suite dans le sang circulant sur une période de plusieurs semaines.

Lors d’une étude appelée Latte-2, des chercheurs ont évalué l’innocuité et l’efficacité de formulations à action prolongée du cabotégravir et de la rilpivirine. Ils ont trouvé que les formulations agissaient bien et obtenaient des taux de succès virologique élevés. Il n’est pas clair quel régime sera choisi pour les essais cliniques de phase III où les injections auront lieu toutes les quatre ou huit semaines.

Détails de l’étude

L’étude Latte-2 était divisée en deux parties, comme suit :

Partie 1

Les participants ont reçu du cabotégravir oral à libération immédiate à raison de 30 mg une fois jour en association avec deux autres médicaments anti-VIH oraux à libération immédiate, soit l’abacavir et 3TC (les deux vendus en un seul comprimé appelé Kivexa ou Epzicom), une fois par jour également. Les participants ont pris ce régime pendant 20 semaines consécutives. Pour les quatre dernières semaines de l’étude, les chercheurs ont ajouté de la rilpivirine orale à libération immédiate à raison de 25 mg par jour au régime des participants.

Partie 2

Les participants ont été répartis au hasard pour recevoir l’un des trois régimes, dont deux incluaient des formulations à action prolongée administrées par injection. Cette phase de l’étude a duré jusqu’à 96 semaines. Voici les trois régimes en question :

  • cabotégravir 400 mg + rilpivirine 600 mg, les deux par injection toutes les quatre semaines : 115 personnes
  • cabotégravir 600 mg + rilpivirine 900 mg, les deux par injection toutes les huit semaines : 115 personnes
  • médicaments oraux en continu : 56 personnes

Les participants avaient le profil moyen suivant au moment de leur admission à l’étude :

  • âge : 35 ans
  • 92 % d’hommes, 8 % de femmes
  • charge virale : 25 000 copies/ml
  • 18 % des participants avaient une charge virale d’au moins 100 000 copies/ml
  • compte de CD4+ : 490 cellules/mm3

Résultats

Durant la phase initiale de l’étude, environ 95 % des participants avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml.

À la 32e semaine du traitement à action prolongée, les participants avaient une charge virale de moins de 50 copies/ml dans les proportions suivantes :

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : 94 % avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 95 % avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml
  • régime à base de cabotégravir oral : 91 % avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml

Discontinuations

Les participants ont quitté prématurément l’étude à cause d’effets indésirables dans les proportions suivantes :

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : 3 %
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 0 %
  • régime oral : 2 %

Les effets indésirables qui ont poussé ces participants à quitter prématurément l’étude étaient les suivants :

  • infection au VHC
  • éruption cutanée
  • dépression
  • psychose

Accent sur les effets secondaires

Quoique peu courants, les effets secondaires liés aux réactions au site d’injection se sont produits dans les proportions suivantes selon le régime :

Fièvre

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : 4 %
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 3 %
  • régime oral : 0 % 

Manque d’énergie inattendu

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : 3 %
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 2 %
  • régime oral : 2 %

Maladie ressemblant à la grippe

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : 2 %
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 3 %
  • régime oral : 0 %

Accent sur les réactions au site d’injection

Dans l’ensemble, les réactions les plus courantes au site d’injection étaient la douleur (67 %), l’enflure (7 %) et les nodules (6 %).

Voici la répartition des réactions au site d’injection en fonction de l’intensité :

Réactions légères au site d’injection

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : 83 %
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 80 %

Réactions modérées au site d’injection

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : 16 %
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 18 %

Réactions graves au site d’injection

  • traitement à action prolongée par injection toutes les quatre semaines : moins de 1 %
  • traitement à action prolongée par injection toutes les huit semaines : 1 %

Dans la plupart des cas (90 %), ces réactions se sont atténuées ou résorbées en une semaine ou moins.

Satisfaction

Lorsque les chercheurs ont demandé la préférence des participants quant au type de traitement (libération immédiate ou action prolongée), la plupart d’entre eux (plus de 96 %) se disaient très satisfaits du régime à action prolongée, et 98 % des participants ont exprimé le désir de continuer à le recevoir.

Concentrations des médicaments

Les analyses d’échantillons de sang ont révélé que les taux de cabotégravir étaient élevés mais pas toujours aussi élevés que les concentrations obtenues avec la version orale administrée à raison de 30 mg par jour.

Les taux de rilpivirine étaient moins élevés qu’escomptés mais ont graduellement augmenté pour atteindre les concentrations habituellement associées à la version orale du médicament.

Les chercheurs poursuivent la collecte de données et détermineront plus tard la dose des deux médicaments à action prolongée à utiliser lors des études de phase III.

Il faut se rappeler qu'il reste beaucoup de recherche à faire, et même si tout se passe bien dans les essais de phase III, il est peu probable que les formulations à action prolongée soient approuvées au Canada pour le traitement du VIH avant 2019 au plus tôt.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Margolis DA, González-Garcia J, Stellbrink H-J, et al. Cabotegravir + rilpivirine as long-acting maintenance therapy: LATTE-2 week 32 results. Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, 22-25 February 2016, Boston, MA. Abstract 31LB.