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février 2016 

Zepatier pour la co-infection VHC/VIH

Comme le VIH et le VHC ont des voies de transmission en commun, certaines personnes se font infecter par ces deux virus. On appelle un tel état une co-infection. Des chercheurs d’Amérique du Nord, d’Europe occidentale, d’Australie et d’Israël ont recruté 218 participants co-infectés par le VIH et le VHC pour un essai clinique de 12 semaines sur Zepatier. Les résultats ont révélé des taux de guérison élevés chez les personnes co-infectées atteintes du génotype 1a, 1b ou 4 du VHC.

Détails de l’étude

Les participants avaient le profil moyen suivant au moment de leur admission à l’étude :

  • âge : 49 ans
  • 84 % d’hommes, 16 % de femmes
  • répartition des principaux génotypes du VHC : GT1a – 66 %; GT1b – 20 %; GT4 – 13 %
  • présence de cirrhose chez 16 % des participants
  • compte de CD4+ : 568 cellules/mm3
  • 97 % des participants suivaient une thérapie anti-VIH puissante (couramment appelée TAR)

Résultats

Lors d’une analyse excluant les participants guéris par Zepatier qui ont subséquemment été réinfectés ou qui ont quitté l’étude pour des raisons non liées au traitement, les chercheurs ont constaté que 98 % des participants ont guéri. Autrement dit, 203 participants sur 208 avaient une quantité indétectable de VHC dans leur sang 12 semaines et de nouveau 24 semaines après la fin du traitement par Zepatier.

Résultats selon le génotype

Voici la répartition des taux de guérison selon le génotype :

  • GT1a : 97 % ont guéri (135 personnes sur 139)
  • GT1b : 100 % ont guéri (42 personnes sur 42)
  • GT4 : 96 % (26 personnes sur 27)

Rechute et réinfection

Cinq participants ont rechuté; aucun d’entre eux n’avait la cirrhose. Quatre d’entre eux avaient le GT1a et l’autre avait le GT4.

Sur les cinq participants qui ont rechuté, quatre suivaient une TAR, donc il est peu probable que leur rechute soit attribuable à un affaiblissement du système immunitaire causé par l’infection au VIH.

Deux participants ont été réinfectés. Après la guérison du GT1a que le premier participant avait lors de son admission, les techniciens ont découvert une nouvelle souche chez lui, soit le GT3.

Après la guérison du GT1b chez le deuxième participant, les techniciens ont constaté une réinfection par le GT3.

Résistance au VHC

Faute de traitement, les cellules infectées par le VHC produisent de nombreuses copies du virus dont une faible proportion subit des changements ou mutations naturels  qui peuvent leur permettre de résister aux effets du traitement, au moins partiellement. Au début de l’étude, les techniciens ont analysé des échantillons de sang prélevés chez des participants infectés par le GT1a parce que ce dernier était la souche la plus courante du virus. Chez 63 % des personnes en question (91 participants sur 141), on n’a détecté aucun cas de VHC résistant au traitement. De plus, sur ces 91 participants, 98 % ont guéri.

Les techniciens ont toutefois constaté que le VHC des 53 participants restants était capable de résister au traitement par Zepatier. Il n’empêche que le traitement par ce médicament a réussi à guérir 94 % des personnes en question (50 participants sur 53 participants).

Il semble donc que Zepatier soit suffisamment puissant pour contourner les mutations naturelles dans le VHC qui peuvent conférer à ce dernier un certain degré de résistance au traitement.

Effets indésirables

« Effets indésirables » est un terme utilisé lors des essais cliniques pour décrire un large éventail d’événements malheureux qui peuvent se produire au cours d’une étude. Certains effets indésirables peuvent être causés par l’exposition aux médicaments à l’étude; on appelle ces derniers des effets secondaires. D’autres effets indésirables ne sont pas nécessairement liés aux médicaments étudiés.

Voici quelques effets secondaires courants qui se sont produits :

  • manque d’énergie et/ou fatigue inattendue : 13 %
  • maux de tête : 12 %
  • nausées : 9 %

Aucun participant n’a quitté l’étude à cause d’effets secondaires. Pendant l’étude, une personne a fait une crise de nature épileptique, et une autre a fait l’objet d’un diagnostic de pneumonie. Il n’est pas clair si l’un ou l’autre de ces événements était attribuable à l’exposition à Zepatier.

Aucun participant n’est mort pendant cette étude.

Évaluations liées au VIH

Au cours de l’étude, deux participants ont présenté un taux élevé de VIH dans leur sang malgré l’utilisation d’une TAR. Lorsque des infirmières sont intervenues pour interroger les participants, elles ont déterminé que ces derniers ne prenaient pas tous leurs médicaments anti-VIH en respectant les consignes à la lettre. Les infirmières ont fait de l’éducation pour renforcer l’importance de l’observance thérapeutique. La charge virale en VIH de ces deux participants est subséquemment devenue indétectable.

Dans l’ensemble, les comptes de CD4+ n’ont pas changé de façon significative au cours de l’étude.

Points à retenir

La présente étude a révélé que Zepatier était efficace et bien toléré chez les participants ayant le GT1 ou le GT4. Les taux de guérison étaient élevés, soit supérieurs à 90 % la plupart du temps.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Rockstroh JK, Nelson M, Katlama C, et al. C-Edge co-infected: final results from phase III study of elbasvir and grazoprevir in patients with HCV and HIV. American Association for the Study of the Liver Disease, 13-17 November 2015. Abstract 210.