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février 2016 

Zepatier chez les personnes aux prises avec une dépendance aux drogues

De nos jours au Canada et dans les autres pays à revenu élevé, la principale voie de transmission du VHC réside dans le partage du matériel servant à la consommation de drogues.

Des chercheurs du Canada, d’Australie, d’Europe, d’Israël, de Taïwan et des États-Unis ont collaboré à une étude appelée Co-Star qui cherchait à traiter le VHC chez des personnes qui utilisaient des drogues.

Co-Star était un essai clinique contrôlé contre placebo mené auprès de 301 participants qui ont reçu au hasard soit Zepatier soit une version factice de Zepatier (placebo) pendant 12 semaines consécutives. Après cette période, les participants qui avaient reçu le placebo avaient le choix de suivre un traitement par Zepatier.

Pendant au moins trois mois avant de s’inscrire à l’étude, les participants devaient recevoir des soins et un traitement contre la toxicomanie et suivre une thérapie visant à surmonter la dépendance, telles que les suivantes :

  • buprénorphine (Suboxone)
  • méthadone
  • naloxone
  • naltrexone

Au cours de cette période, les chercheurs s’attendaient à ce que les participants respectent 80 % des rendez-vous fixés dans le cadre de leur traitement contre la dépendance aux drogues.

Les participants avaient le profil moyen suivant au début de l’étude :

  • âge : 48 ans
  • 76 % d’hommes, 24 % de femmes
  • la plupart (55 %) des participants avaient une charge virale en VHC supérieure à 2 millions d’UI/ml
  • génotypes courants du VHC : GT1a (76 %); GT1b (15 %); GT4 (6 %) et GT6 (3 %)
  • 21 % des participants présentaient une cicatrisation étendue du foie (cirrhose)
  • 7 % des participants étaient co-infectés par le VHC et le VIH
  • parmi les participants suivant une thérapie anti-VIH puissante (TAR), les médicaments couramment utilisés incluaient le raltégravir (Isentress), le dolutégravir (Tivicay et dans Triumeq) et la rilpivirine (Edurant et dans Complera)

Le premier jour de l’étude, des tests d’urine servant au dépistage d’opiacés ont révélé que 58 % des participants consommaient encore des drogues.

Résultats

Lors d’une analyse qui excluait des participants ayant quitté l’étude pour des raisons non liées au traitement, 96 % des participants ont guéri. En général, les taux de guérison étaient semblables peu importe le génotype particulier du VHC, à une exception près : trois des cinq participants atteints du génotype 6 ont guéri au cours de l’étude. Il est donc important de noter que les autorités de réglementation n’ont pas approuvé Zepatier pour le traitement de l’infection au génotype 6.

Sept cas de rechute se sont produits.

Cinq autres participants ont guéri de l’hépatite C dans un premier temps, mais leur charge virale en VHC a grimpé subséquemment. Les techniciens qui ont analysé les échantillons de sang de ces cinq personnes ont trouvé qu’elles avaient été réinfectées par une souche différente du VHC.

Dépistage de drogues

On a testé l’urine des participants afin de détecter la présence des classes de drogues suivantes :

  • amphétamines
  • barbituriques
  • benzodiazépines
  • cannabinoïdes
  • cocaïne
  • opiacés
  • phencyclidine
  • propoxyphène

La consommation de drogues/d’alcool est restée constante durant l’étude, les classes de drogues ci-dessus ayant été détectées dans l’urine de 60 % des participants.

Selon les chercheurs, les taux d’observance des médications à l’étude ont été élevés, soit entre 97 % et 100 %. Les chercheurs n’ont pas fourni de détails sur la méthode utilisée pour évaluer l’observance thérapeutique.

Effets indésirables

Les effets secondaires courants se répartissaient comme suit :

Fatigue inattendue ou manque d’énergie

  • Zepatier : 16 %
  • placebo : 20 %

Maux de tête

  • Zepatier : 13 %
  • placebo : 14 %

Nausées

  • Zepatier : 11 %
  • placebo : 9 %

Diarrhées                                                                                    

  • Zepatier : 10 %
  • placebo : 9 %

Deux personnes recevant Zepatier et une autre du groupe placebo ont quitté prématurément l’étude à cause d’effets secondaires perçus.

Une personne recevant le placebo est morte d’une cause non dévoilée.

Points à retenir

Zepatier a été très efficace chez les participants qui suivaient un traitement de substitution aux opioïdes. Zepatier s’est généralement révélé sans danger. La consommation de drogues/alcool est restée stable au cours de l’étude, et l’observance thérapeutique a été bonne. L’étude Co-Star est importante parce qu’elle montre que les personnes ayant le VHC qui prennent des drogues et qui suivent un traitement contre la dépendance peuvent réussir à suivre un traitement anti-VHC moderne et à guérir de cette infection.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Dore GJ, Altice F, Litwin AH. Co-Star—efficacy of grazoprevir and elbasvir fixed-dose combination for 12 weeks in HCV-infected persons who inject drugs on opioid agonist therapy. American Association for the Study of the Liver Disease, 13-17 November 2015. Abstract 40.