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janvier 2016 

Une grossesse et une naissance réussies grâce à une TAR fondée sur le dolutégravir

Des chercheurs de Rome, en Italie, ont récemment fait état de l’utilisation réussie d’une combinaison de médicaments anti-VIH puissants (TAR) fondée sur le dolutégravir pour prévenir la transmission du VIH entre une mère et son enfant. Aucune anomalie congénitale n’a été décelée chez le nouveau-né. Bien que ce résultat soit favorable, de nombreuses autres recherches devront être menées sur d’autres grossesses afin de déterminer l’innocuité du dolutégravir pendant la grossesse.

Détails du cas

Une femme infectée depuis la naissance avait ce que les médecins décrivaient comme « de nombreux antécédents d’exposition à [des traitements anti-VIH] » ayant débuté dans sa petite enfance. Les médecins ont découvert que la femme « avait subi de nombreux échecs virologiques » au fil des années. À cause de ces échecs, la femme avait dans son corps des souches du VIH qui avaient acquis la capacité de résister à de nombreux médicaments appartenant à toutes les classes principales. Lorsque cela arrive, on parle de souches multirésistantes (MR).

Durant les 18 mois qui avaient précédé sa grossesse, le régime anti-VIH de la femme incluait les médicaments suivants :

  • Truvada (ténofovir 300 mg et FTC 200 mg), un comprimé par jour
  • darunavir (Prezista) 600 mg deux fois par jour
  • ritonavir à faible dose (Norvir) 100 mg deux fois par jour
  • raltégravir (Isentress) 400 mg deux fois par jour

Malgré ce régime, des tests sanguins effectués en avril 2013 ont révélé un compte de CD4+ de 12 cellules/mm3 et une charge virale de 126 000 copies/ml. Des tests de résistance ont confirmé la présence d’un VIH multirésistant.

Les médecins ont ensuite remplacé le raltégravir par 50 mg de dolutégravir deux fois par jour (soit la dose utilisée par les patients déjà traités), et le reste de son régime est resté inchangé. Le compte de CD4+ de la patiente a subséquemment grimpé jusqu’à 135 cellules/mm3, et sa charge virale a chuté à moins de 40 copies/ml.

En janvier 2014, la femme a exprimé le désir de devenir enceinte malgré les préoccupations de ses médecins, lesquelles étaient peut-être fondées sur l’absence de données sur l’innocuité du dolutégravir pendant la grossesse à l’époque. En mars 2014, la femme est tombée enceinte. À ce moment-là, son compte de CD4+ se situait à 262 cellules/mm3, et sa charge virale était de nouveau inférieure à 40 copies/ml.

Une équipe médicale complète travaillant à la clinique des maladies infectieuses locale de la femme a déclaré qu’elle avait conseillé « exhaustivement » la femme et son partenaire sur les risques de transmission du VIH au fœtus et la décision de poursuivre ou d’interrompre la prise de dolutégravir étant donné son innocuité inconnue pour le fœtus. La femme et son partenaire ont choisi de continuer à prendre le dolutégravir.

Divers tests et scans effectués durant la grossesse n’ont révélé aucune anomalie congénitale, et le fœtus s’est développé normalement. Peu avant l’accouchement, les tests sanguins de la femme ont révélé un compte de CD4+ de presque 500 cellules/mm3 et une charge virale encore sous le seuil des 40 copies/ml.

Dans la 37e semaine de sa grossesse, la femme a commencé un travail prématuré. Les médecins ont ainsi décidé d’accoucher le bébé par césarienne. Pendant le travail et l’accouchement, des infirmiers ont administré AZT (zidovudine, Retrovir) en guise de mesure additionnelle pour réduire le risque de transmission du VIH au bébé. Après l’accouchement, le bébé a reçu une combinaison des médicaments AZT et 3TC pendant les six premières semaines de sa vie. Ce traitement donné au bébé est considéré comme une sorte de prophylaxie post-exposition dans la mesure où elle peut empêcher l’infection de s’installer pour de bon advenant que le bébé soit exposé au VIH pendant l’accouchement.

Les tests conçus pour détecter le matériel génétique du VIH chez le bébé ont donné des résultats négatifs à la naissance, à un mois et encore à six mois après la naissance, révélant que le bébé n’était pas infecté.

L’examen fait par les médecins n’a révélé aucune anomalie congénitale, et le bébé est en bonne santé.

Les médecins ont attribué l’excellente observance de la TAR et les visites régulières à la clinique faites par la femme aux efforts déployés par le personnel médical pour cultiver une bonne relation avec elle. L’équipe italienne encourage les autres médecins à impliquer « activement » les femmes séropositives dans les prises de décisions concernant leurs soins et traitements durant la grossesse. Ce conseil est particulièrement important parce que toutes les femmes ne sont pas en mesure de planifier leur grossesse et de recevoir un counseling avant de tomber enceintes.

Ce rapport signé par les médecins italiens est très positif. Nos lecteurs devraient cependant comprendre qu’il faudra obtenir des données auprès de nombreuses femmes séropositives enceintes pour connaître l’innocuité du dolutégravir durant la grossesse.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

  1. Pinnetti C, Tintoni M, Ammassari A, et al. Successful prevention of HIV mother-to-child transmission with dolutegravir-based combination antiretroviral therapy in a vertically infected pregnant woman with multiclass highly drug-resistant HIV-1. AIDS. 2015 Nov 28;29(18):2534-7.
  2. Schalkwijk S, Greupink R, Colbers AP, et al. Placental transfer of the HIV integrase inhibitor dolutegravir in an ex vivo human cotyledon perfusion model. Journal of Antimicrobial Chemotherapy. 2016; in press.