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janvier 2016 

Une étude de Paris sur le changement pour la monothérapie au dolutégravir

Des chercheurs de Paris ont mené une étude où les participants dont le régime en cours avait donné lieu à une charge virale indétectable dans le sang (moins de 50 copies/m) pouvaient changer ce dernier pour le dolutégravir à raison de 50 mg une fois par jour.

Entre mai 2014 et janvier 2015, les chercheurs ont recruté 28 participants qui avaient le profil moyen suivant au début de l’étude :

  • âge : 48 ans
  • aucune donnée relative au sexe des participants n’a été fournie
  • années de TAR : 17
  • années passées avec une charge virale inférieure à 50 copies/ml : 7
  • compte de CD4+ : 624 cellules/mm3

Au cours des 24 premières semaines de l’étude, les participants ont fait l’objet de prélèvements sanguins à intervalles réguliers à des fins d’analyses poussées.

Les chercheurs ont présenté des données portant sur 24 semaines et prévoient continuer à suivre les participants.

Résultats

Pendant les 12 premières semaines de l’étude, les participants ont maintenu une charge virale de moins de 50 copies/ml. Qui plus est, en utilisant un test plus sensible, les chercheurs ont pu constater que presque tous les participants avaient une charge virale de moins de 20 copies/ml jusqu’à la 12e semaine de l’étude. À ce moment ou après, trois participants ont subi un échec virologique (on en parle en détail ci-dessous). Il est important d’évaluer rigoureusement ces cas et d’essayer de trouver la cause de l’échec virologique parce que des essais cliniques sont prévus où l’on tentera de tester des régimes simplifiés comportant le dolutégravir.

Cas 1

Avant la présente étude, une femme de 35 ans suivait un régime consistant en darunavir (Prezista) + ritonavir à faible dose (Norvir) + Truvada (ténofovir + FTC). Ce traitement avait supprimé sa charge virale à moins de 50 copies/ml. Antérieurement, elle avait utilisé une combinaison de deux médicaments, soit l’étravirine (Intelence) et l’inhibiteur de l’intégrase raltégravir (Isentress). Au début de la présente étude, la femme avait un compte de CD4+ de 525 cellules/mm3.

À la 12e semaine de l’étude, sa charge virale est devenue détectable, grimpant jusqu’à 136 copies/ml. Elle a continué de prendre la monothérapie au dolutégravir et, à la 24e semaine, sa charge virale avait atteint 2 220 copies/ml.

La quantité de dolutégravir dans le sang de la participante se situait habituellement dans la fourchette de valeurs attendue tout au long de l’étude, ce qui suggère une bonne observance thérapeutique. Cependant, comme l’atteste sa charge virale à la semaine 24, son VIH avait acquis un degré de résistance à tous les inhibiteurs de l’intégrase, y compris le dolutégravir. Face à l’augmentation de la charge virale de la femme, les médecins ont doublé sa dose de dolutégravir, la portant à 50 mg deux fois par jour (soit la dose utilisée pour le traitement des patients déjà traités), et ont ajouté Truvada à son régime. Cette stratégie a permis de ramener sa charge virale à un niveau indétectable. Un test encore plus sensible a révélé que sa charge virale était inférieure à 20 copies/ml.

Cas 2

Dans ce cas, il s’agit d’un homme de 56 ans qui avait suivi divers régimes sur une période de 18 ans. Pendant sept mois avant de s’inscrire à la présente étude, l’homme recevait un régime à Stribild, qui contient l’inhibiteur de l’intégrase elvitégravir. Son compte de CD4+ était de 1 108 cellules/mm3.

Pendant qu’il suivait la monothérapie au dolutégravir, l’homme avait une charge virale inférieure à 50 copies/ml, et même 20 copies/ml lorsqu’un test ultrasensible était utilisé. Cependant, à la 12e semaine de l’étude, sa charge virale a grimpé jusqu’à 138 copies/ml. Il a continué de suivre sa monothérapie, et sa charge virale a augmenté jusqu’à 469 copies/ml dès la 13e semaine. Une analyse de sang a révélé que son VIH avait acquis un degré de résistance modéré au raltégravir et à l’elvitégravir et, ainsi, au dolutégravir aussi.

Les médecins ont changé son régime en portant sa dose de dolutégravir à 50 mg deux fois par jour et en y ajoutant Truvada. Cette stratégie a permis de supprimer de nouveau sa charge virale à moins de 20 copies/ml à la 24e semaine de l’étude.

Cas 3

Ce cas se rapporte à un homme de 57 ans qui prenait la combinaison raltégravir + Truvada depuis six ans avant de s’inscrire à l’étude. Au cours de cette période, sa charge virale s’était généralement maintenue à moins de 20 copies/ml. À un moment, elle avait grimpé jusqu’à 37 copies/ml. Son compte de CD4+ était de 940 cellules/mm3.

Pendant la plus grande partie de l’étude, l’homme avait une charge de moins de 20 copies/ml, mais elle a grimpé jusqu’à 291 copies/ml à la 24e semaine. Une analyse de son VIH a révélé qu’il avait acquis une résistance au raltégravir, à l’elvitégravir et au dolutégravir. Les médecins lui ont ensuite donné la combinaison rilpivirine (Edurant) + Truvada. Au cours des 10 semaines subséquentes, la charge virale du participant a baissé graduellement et se situait à 43 copies/ml à la semaine 38.

Prudence

Les chercheurs affirment que les personnes qui ont déjà été exposées à des inhibiteurs de l’intégrase pourraient ne pas être des candidats idéaux à la monothérapie au dolutégravir. Ce problème existe parce que des souches du VIH capables de résister partiellement aux inhibiteurs de l’intégrase sont susceptibles d’apparaître chez certaines des personnes qui utilisent ces médicaments. Ces souches peuvent être présentes en relativement faible quantité, au moins initialement. Cependant, lorsque le traitement est sous-optimal, c’est-à-dire lorsque la charge virale augmente malgré la prise d’un inhibiteur de l’intégrase, ces souches risquent de devenir plus courantes et leur capacité de résister aux inhibiteurs de l’intégrase s’intensifie.

Dans l’ensemble, près de 89 % des participants ont réussi à maintenir une charge virale inférieure à 20 copies/ml pour toute la durée de l’étude. Les équipes de recherche prévoient un suivi continu de six mois.

Il ne faut pas oublier que cette étude parisienne était de faible envergure et n’était pas randomisée, donc ses résultats sont au mieux préliminaires.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Katlama C, Soulie C, Blanc C, et al. Dolutegravir in patients with suppressed HIV viremia. 15th European AIDS Conference, 21-24 October 2015, Barcelona, Spain. Abstract LBPS Abstract PS4/4.