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janvier 2016 

Le dolutégravir et le fœtus

Les combinaisons de médicaments anti-VIH puissants (couramment appelées TAR) et d’autres mesures ont permis de réduire énormément le risque qu’une mère séropositive accouche d’un bébé infecté, particulièrement dans les pays à revenu élevé où les soins et les traitements sont largement accessibles. En supprimant la quantité de VIH chez la mère jusqu’à un niveau très faible, la TAR joue un rôle clé pour protéger le fœtus contre l’infection.

Pendant la grossesse, les médicaments anti-VIH passent de la circulation de la mère dans celle du fœtus via une connexion physique appelée placenta. Il est donc important d’étudier le mouvement de ces médicaments à travers le placenta afin que les chercheurs puissent évaluer le potentiel de ces médicaments pour protéger le fœtus contre le VIH.

Inhibiteurs de l’intégrase

La classe la plus puissante de médicaments anti-VIH est celle des inhibiteurs de l’intégrase. En voici quelques exemples :

  • dolutégravir (Tivicay et dans Triumeq)
  • elvitégravir (dans Genvoya et Stribild)
  • raltégravir (Isentress)

Lorsqu’ils sont utilisés à titre de TAR, les régimes à base d’inhibiteurs de l’intégrase réduisent rapidement la charge virale. Ces médicaments sont généralement bien tolérés, et le raltégravir et le dolutégravir interagissent relativement peu avec d’autres médicaments. Pour ces deux raisons, les régimes à base d’inhibiteurs de l’intégrase, et plus particulièrement ceux incluant le raltégravir, ont été prescrits par des médecins à certaines femmes enceintes ayant récemment reçu un diagnostic de VIH.

Le dolutégravir fait son entrée

Le dolutégravir est le plus récent des inhibiteurs de l’intégrase et il est de plus en plus prescrit dans les pays à revenu élevé. Comme certaines femmes séropositives recevant une TAR contenant le dolutégravir sont susceptibles de tomber enceintes, il est important d’évaluer l’impact éventuel de ce médicament sur le fœtus. Pour commencer à explorer cette question, des chercheurs de Nijmegen, aux Pays-Bas, ont créé un système dans leur laboratoire. Ce dernier consiste à utiliser des placentas donnés pour stimuler la circulation sanguine entre le fœtus et la mère.

Résultats clés

Le dolutégravir peut traverser le placenta et entrer dans le système sanguin du fœtus.

Les chercheurs considéraient comme « modérée à élevée » la concentration de dolutégravir dans le sang parvenant au fœtus. À la lumière de leurs résultats, les chercheurs néerlandais s’attendent à ce que la concentration de dolutégravir dans le sang parvenant au fœtus d’une mère enceinte recevant ce médicament soit entre « cinq et 10 plus élevée » que chez les adultes recevant le dolutégravir.

Grâce à cette concentration relativement élevée de dolutégravir dans la circulation du fœtus, il est probable que ce médicament protège celui-ci contre le VIH. Les chercheurs néerlandais soulignent toutefois que cette forte concentration de dolutégravir soulève la possibilité d’effets secondaires pour le fœtus. Or, lors d’études menées sur des souris et des rats enceintes, d’autres chercheurs n’ont pas trouvé d’« indice direct » que l’exposition au dolutégravir a provoqué des anomalies congénitales ou nui au développement du fœtus.

Besoin de documenter l’issue des grossesses

La majorité des médicaments anti-VIH ne sont pas formellement testés chez des femmes enceintes dans le cadre d’essais cliniques randomisés d’envergure. La vaste majorité de l’information portant sur l’innocuité de la TAR dans la grossesse, autant pour la mère que pour le fœtus, provient d’études par observation et de base de données centrées sur la grossesse chez les femmes séropositives. Ainsi, les chercheurs néerlandais encouragent vivement les médecins à continuer de remettre aux bases de données des rapports faisant état de l’issue de la grossesse des femmes vivant avec le VIH. Vu que le dolutégravir est un médicament relativement nouveau dans l’histoire du traitement du VIH, cette question revêt une importance particulière.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Schalkwijk S, Greupink R, Colbers AP, et al. Placental transfer of the HIV integrase inhibitor dolutegravir in an ex vivo human cotyledon perfusion model. Journal of Antimicrobial Chemotherapy. 2016; in press.

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