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octobre/novembre 2015 

Une étude sur le remplacement du TDF par le TAF

Des chercheurs ont recruté des participants séropositifs qui suivaient un régime contenant le TDF (fumarate de ténofovir disoproxil), c’est-à-dire la formulation originale du ténofovir. Tous les participants prenaient leur régime en cours depuis au moins 96 semaines et avaient maintenu une charge virale inférieure à 50 copies/ml pendant cette période. Une fois inscrits à l’étude, les participants ont été répartis au hasard soit pour recevoir un régime contenant le TAF (ténofovir alafénamide), la nouvelle formulation du ténofovir, soit pour continuer à prendre leur régime contenant le TDF. Les chercheurs ont présenté des résultats provisoires fondés sur l’analyse de données recueillies sur une période de 48 semaines (on prévoit une durée de 96 semaines pour cette étude). Les résultats portent à croire qu’il est généralement plus sûr de substituer un régime à base de TAF que de continuer à prendre un régime à base de TDF, particulièrement en ce qui concerne la santé des os et des reins.

Détails de l’étude

Avant la randomisation, les participants recevaient les régimes suivants qui incluaient tous le TDF :

  • Stribild, une combinaison à doses fixes de TDF + FTC + elvitégravir + cobicistat (459 personnes)
  • TDF + FTC + atazanavir + ritonavir  (601 personnes)
  • Atripla, une combinaison à doses fixes de TDF + FTC + éfavirenz (376 personnes)

Les participants ont été répartis au hasard selon un rapport de 2:1 pour recevoir l’un des régimes suivants :

  • TAF + FTC + elvitégravir + cobicistat (959 personnes)
  • poursuite du régime existant (477 personnes)

Les participants avaient le profil moyen suivant au début de l’étude :

  • âge : 41 ans
  • 89 % d’hommes, 11 % de femmes
  • principaux groupes ethnoraciaux : 67 % de Blancs, 24 % de Latinos, 20 % de Noirs
  • compte de cellules CD4+ : 670 cellules/mm3
  • proportion ayant moins de 200 cellules CD4+ : moins de 1 %
  • proportion présentant un taux de sucre léger ou modéré dans l’urine : 9 % (indice de dysfonction rénale)

Résultats

Voici les proportions de participants dont la charge virale était inférieure à 50 copies/ml à la semaine 48 :

  • régime à base de TAF : 97 %
  • régime à base de TDF : 93 %

Le taux d’échec virologique était de 1 % dans chaque groupe à la suite de la randomisation.

À la semaine 48, on n’avait pas de données virologiques à analyser pour les proportions de participants suivantes :

  • régime à base de TAF : 2 %
  • régime à base de TDF : 6 %

Un mot à propos des allégations de supériorité

L’analyse statistique globale laisse croire qu’un régime à base de TAF est statistiquement supérieur à un régime à base de TDF. Notons cependant que cette différence statistique s’est produite parce que les participants recevant un régime à base de TDF sur lesquels il n’existait pas de données à analyser à la semaine 48 étaient plus nombreux. Il est possible que ces participants aient abandonné l’étude ou que les chercheurs aient été incapables de les retrouver ou encore est-il possible que les données aient disparu pour d’autres raisons. De plus, le régime que prenaient les utilisateurs du TAF contenait l’inhibiteur de l’intégrase elvitégravir. Les inhibiteurs de l’intégrase sont les plus puissants de tous les médicaments anti-VIH; ils réduisent rapidement la charge virale, et il est probable qu’un régime à base d’inhibiteur de l’intégrase agirait mieux qu’un régime comportant un inhibiteur de la protéase (tel l’atazanavir) ou un analogue non nucléosidique (tel l’éfavirenz). Ainsi, l’allégation de supériorité statistique pourrait être techniquement correcte, mais il est également possible qu’elle soit le résultat de facteurs non liés à l’usage du TAF.

Comparaison des régimes

À la semaine 48, les participants avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml dans les proportions suivantes :

  • usage antérieur d’Atripla suivi de la substitution d’un régime à base de TAF : 96 %
  • usage antérieur d’Atripla et poursuite de ce traitement : 90 %
  • usage antérieur de l’atazanavir suivi de la substitution d’un régime à base de TAF : 97 %
  • usage antérieur de l’atazanavir et poursuite de ce traitement : 92 %
  • usage antérieur de Stribild suivi de la substitution d’un régime à base de TAF : 98 %
  • usage antérieur de Stribild et poursuite de ce traitement : 97 %

Effets secondaires et complications

Dans l’ensemble, les participants ont quitté prématurément l’étude à cause d’effets secondaires dans les proportions suivantes :

  • régime à base de TAF : 1 %
  • régime à base de TDF : 3 %

Certaines de ces personnes ont abandonné l’étude à cause d’événements d’ordre rénal, comme suit :

  • régime à base de TAF : un cas d’insuffisance rénale et un cas de déclin de la fonction rénale
  • régime à base de TDF : un cas d’insuffisance rénale chronique et une poignée de cas de lésions rénales

Les autres raisons qu’ont données les participants recevant le TAF ou le TDF pour abandonner prématurément l’étude semblent être liées à l’anxiété et à la dépression.

Effets secondaires généraux

Voici la répartition des effets secondaires signalés par au moins 5 % des participants. Ces pourcentages révèlent des différences marginales entre les deux formulations du ténofovir :

Diarrhées

  • utilisateurs du TAF : 10 %
  • utilisateurs du TDF : 9 %

Maux de tête

  • utilisateurs du TAF : 7 %
  • utilisateurs du TDF : 4 %

Douleurs osseuses/articulaires

  • utilisateurs du TAF : 6 %
  • utilisateurs du TDF : 5 %

Difficulté à s’endormir ou à rester endormi

  • utilisateurs du TAF : 5 %
  • utilisateurs du TDF : 6 %

Douleur au dos

  • utilisateurs du TAF : 5 %
  • utilisateurs du TDF : 5 %

Nausées

  • utilisateurs du TAF : 5 %
  • utilisateurs du TDF : 3 %

Tests de laboratoire anormaux

Selon les médicaments utilisés, les participants ont reçu des résultats modérément ou gravement anormaux aux tests de laboratoire dans une proportion de 25 % à 30 %. Comme lors des autres études sur le TAF, ce médicament ne semble pas avoir causé davantage de résultats de laboratoire anormaux que le TDF.

Voici un aperçu des résultats de laboratoire modérément ou gravement anormaux les plus courants :

Élévation du taux de l’enzyme créatine kinase (indice possible de lésions musculaires)

  • utilisateurs du TAF : 10 %
  • utilisateurs du TDF : 10 %

Élévation du taux de l’enzyme hépatique AST (indice de lésions dans le foie)

  • utilisateurs du TAF : 5 %
  • utilisateurs du TDF : 7 %

Élévation du taux d’enzyme hépatique ALT (indice de lésions dans le foie)

  • utilisateurs du TAF : 5 %
  • utilisateurs du TDF : 5 %

Taux de neutrophiles inférieur à la normale (cellules faisant partie du système immunitaire)

  • utilisateurs du TAF : 4 %
  • utilisateurs du TDF : 3 %

Taux de phosphate inférieur à la normale (indice de lésions rénales)

  • utilisateurs du TAF : 2 %
  • utilisateurs du TDF : 3 %

Accent sur les lipides (cholestérol et triglycérides)

En général, quand les chercheurs analysaient des échantillons de sang prélevés lorsque les participants étaient à jeun, ils constataient au fil du temps des augmentations modestes des taux de lipides parmi les utilisateurs du TAF, par rapport aux personnes recevant le TDF. Les lipides évalués incluaient les suivants :

  • cholestérol
  • mauvais cholestérol (LDL-C)
  • bon cholestérol (HDL-C)
  • triglycérides

Cependant, le rapport du cholestérol total au cholestérol HDL-C était semblable chez les participants recevant le TAF ou le TDF, ce qui laisse croire que le risque futur de maladies cardiovasculaires était plus ou moins égal chez les deux groupes.

Au cours de l’étude, les participants ont commencé un traitement pour réduire leurs taux de lipides dans les proportions suivantes :

  • utilisateurs du TAF : 8 %
  • utilisateurs du TDF : 6 %

Comparaison des changements dans la densité osseuse

Dans l’ensemble, une augmentation statistiquement significative de la densité osseuse (2 %) s’est produite parmi les utilisateurs du TAF. En revanche, les participants qui ont continué à prendre le TDF ont connu une baisse légère de leur densité osseuse.

Changements par rapport à l’ostéoporose

Les cas d’amincissement osseux peuvent être regroupés en deux catégories : l’ostéopénie est une baisse légère de la densité osseuse, alors que l’ostéoporose est une baisse grave de la densité osseuse.

Accent sur la colonne vertébrale

Au début de l’étude, l’ostéopénie et l’ostéoporose étaient présentes dans les proportions suivantes :

Régime à base de TAF

  • 36 % avaient l’ostéopénie dans la colonne vertébrale
  • 6 % avaient l’ostéoporose dans la colonne vertébrale

Régime à base de TDF

  • 35 % avaient l’ostéopénie dans la colonne vertébrale
  • 7 % avaient l’ostéoporose dans la colonne vertébrale

Après 48 semaines, ces deux affections étaient présentes dans les proportions suivantes :

Régime à base de TAF

  • 32 % avaient l’ostéopénie
  • 5 % avaient l’ostéoporose

Régime à base de TDF

  • 37 % avaient l’ostéopénie
  • 8 % avaient l’ostéoporose

Accent sur les hanches

Lorsque les chercheurs ont évalué la densité osseuse des hanches, l’ostéopénie et l’ostéoporose étaient présentes dans les proportions suivantes au début de l’étude :

Régime à base de TAF

  • 31 % avaient l’ostéopénie dans les hanches
  • 0,7 % avaient l’ostéoporose dans les hanches

Régime à base de TDF

  • 32 % avaient l’ostéopénie dans les hanches
  • 1,3 % avaient l’ostéoporose dans les hanches

Après 48 semaines, ces deux affections étaient présentes dans les hanches dans les proportions suivantes :

Régime à base de TAF

  • 26 % avaient l’ostéopénie
  • 0,7 % avaient l’ostéoporose

Régime à base de TDF

  • 32 % avaient l’ostéopénie
  • 2,1 % avaient l’ostéoporose

Lésions rénales

La recherche a révélé que la formulation originale du ténofovir (TDF) causait dans certains cas des lésions rénales d’intensité variable. Il est donc important que les essais cliniques sur le TDF (et son successeur le composé TAF) incluent des évaluations complexes de la santé rénale.

Lors de la présente étude, les participants recevant un régime à base de TDF étaient généralement plus susceptibles de présenter des signes de lésions rénales que les participants recevant un régime à base de TAF.

Les chercheurs ont effectué plusieurs analyses de protéines urinaires, dont les suivantes :

  • rapport protéine/créatinine
  • rapport albumine/créatinine
  • rapport protéine se liant au rétinol/créatinine
  • rapport bêta2-microglobuline/ créatinine

Remarque : Certains des tests ci-dessus, notamment ceux se rapportant à la protéine se liant au rétinol et à la bêta2-microglobuline, ne s’effectuent habituellement que dans le cadre de recherches et ne font pas partie des soins de routine dispensés en clinique.

Pendant que les participants suivaient un régime à base de TAF, les taux des quatre protéines urinaires mentionnés ont baissé, ce qui laisse supposer une amélioration de leur santé rénale. Une autre mesure de la santé rénale, soit le DFGe (débit de filtration glomérulaire estimé), s’est amélioré très modestement chez les utilisateurs du TAF. En revanche, les changements dans les taux de protéines urinaires étaient défavorables parmi les participants recevant un régime à base de TDF.

Points clés

Il semble que le fait de remplacer un régime à base de TDF par un régime à base de TAF soit un choix plus sûr pour les reins et les os.

Le TAF semble être équivalent au TDF lorsqu’il est utilisé dans le cadre d’une combinaison de médicaments anti-VIH.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Mils A, Andrade-Villanueva J, DiPerri G, et al. Switching from a tenofovir disoproxil fumarate (TDF)-based regimen to a tenofovir alafenamide (TAF)-based regimen: data in virologically suppressed adults through week 48 of treatment. In: Program and abstracts of the 8th IAS Conference on HIV Pathogenesis, Treatment and Prevention, 19-22 July 2015, Vancouver, Canada. Abstract TUAB0102.