Le projet Résonance

Sommaire du Projet Résonance : Observations et Conclusions Clés 

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit :

Contexte

Le paysage de la prévention change et les hommes gais sont à l’avant-garde

La science de la prévention du VIH a progressé rapidement, depuis dix ans. Un des principaux facteurs qui influenceront l’épidémie du VIH au Canada au cours de la prochaine décennie est le degré d’intégration des connaissances biomédicales concernant le risque, la transmission et la prévention du VIH dans nos programmes et services et dans nos comportements individuels.

Dans le cadre du projet Résonance, nous voulions mieux connaître la façon dont les hommes gais et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, ainsi que leurs intervenants, comprennent, perçoivent et intègrent ces nouvelles approches préventives. Le point de mire a porté sur les hommes gais parce qu’ils sont la population qui représente la plus forte proportion des nouvelles infections à VIH au Canada, et sont le plus grand groupe de personnes vivant avec le VIH. De plus, les hommes gais tendent à adopter de façon précoce les nouvelles informations, technologies et tendances; ils ont donc été parmi les premiers à essayer les nouvelles approches à la prévention du VIH.

Que souhaitions-nous savoir?

Le projet Résonance : Discours biomédicaux émergents et décisions dans les réseaux de connaissances des hommes gais est un projet de recherche communautaire dirigé par des chercheurs et des représentants de quatre organismes nationaux en VIH et de trois organismes de santé des hommes gais. L’équipe Résonance a procédé à l’examen critique de ces points :

  • comment les hommes gais assimilent les connaissances biomédicales sur le VIH;
  • comment les connaissances biomédicales sur le VIH touchent ou influencent leur vie de tous les jours;
  • le dialogue que les hommes gais et leurs intervenants utilisent pour comprendre le risque et pour éclairer leurs décisions et pratiques sexuelles; et
  • les rôles et responsabilités des institutions et des intervenants pour influencer ces discours et pour y répondre.

À qui avons-nous parlé?

Nous avons organisé cinq types de groupes de discussion, à Vancouver, Toronto et Montréal, avec 86 participants incluant :

  1. des hommes gais en contact avec des organismes en VIH;
  2. des hommes gais en relation sérodifférente (où un partenaire vit avec le VIH et l’autre est séronégatif);
  3. des hommes gais vivant avec le VIH et sexuellement actifs;
  4. des hommes gais séronégatifs et à « risque élevé » pour le VIH; et
  5. des intervenants en santé sexuelle, counseling et prévention du VIH auprès des hommes gais.

Nous avons également réalisé des entrevues individuelles avec quatre hommes gais, huit infirmiers et médecins travaillant en milieu clinique ou de santé publique ainsi que huit intervenants qui s’identifient comme étant des hommes gais.

Sommaire des observations clés

De quelles façons les hommes gais – en tant qu’individus et collectivité – comprennent-ils les connaissances biomédicales sur le VIH, les intègrent-ils dans leur compréhension et modifient-ils leurs comportements à la lumière de celles-ci?

Les hommes gais ont parlé d’une grande variété d’aspects biomédicaux du risque lié au VIH et de la prévention; nous présentons ici les points saillants de ce qu’ils ont dit au sujet de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) et de la charge virale indétectable (CVI).

  • Sensibilisation et préoccupations liées à la PrEP. Certains hommes n’avaient jamais entendu parler de la PrEP alors que d’autres l’utilisaient déjà. Vivre avec le VIH, interagir sciemment avec des hommes séropositifs et être en contact avec des organismes en VIH semblaient accroître la connaissance de la PrEP et la confiance en celle-ci. Les participants séronégatifs qui n’avaient pas de tels contacts semblaient avoir des niveaux de connaissance et de confiance plus faibles que les autres. Les préoccupations incluaient le coût de la PrEP en l’absence de couverture par l’assurance-maladie, le fait que la PrEP ne prévient pas d’infections transmissibles sexuellement autres que le VIH, les effets secondaires possibles de la PrEP et le questionnement éthique de l’offre de médicaments antirétroviraux à des personnes séronégatives.
  • Les utilisateurs de la PrEP sont des hommes responsables/salopes. Les jugements des répondants à l’égard des utilisateurs de la PrEP étaient enracinés dans leurs expériences liées à la crise du VIH, au traitement antirétroviral et aux condoms. Ils ont débattu de la question de savoir si les utilisateurs de la PrEP sont des salopes, des hommes responsables, ou les deux à la fois – des « salopes responsables ». Certains participants vivant avec le VIH pouvaient saisir, en rétrospective, comment la PrEP aurait pu leur être bénéfique.
  • Calculer le risque dans le contexte de la PrEP. Pour certains hommes gais – séropositifs et séronégatifs –, la PrEP offrait une réassurance suffisante pour avoir des relations sexuelles sans condom, alors que d’autres demeuraient engagés à l’usage du condom sans égard à l’efficacité de la PrEP. Les participants se demandaient également : les gars qui prennent la PrEP sont-ils des partenaires sexuels plus sécuritaires que les autres? Puis-je avoir confiance qu’un partenaire sexuel prend bel et bien la PrEP?
  • La PrEP et le sexe que les hommes gais désirent. Pour certains participants, la PrEP donnait un faux sentiment de sécurité dans la quête de relations sexuelles sans condom et contribuait à précipiter celles-ci. Pour d’autres, la PrEP s’inscrivait dans un contexte où les hommes gais avaient déjà le type de sexe qu’ils désiraient (c’est-à-dire des relations sexuelles sans condom) et leur permettait donc de réduire leur risque de contracter le VIH dans ce contexte. En particulier pour les hommes qui considéraient le condom comme un obstacle à la satisfaction sexuelle, la PrEP portait la promesse d’un plaisir sexuel rehaussé.
  • Sensibilisation et préoccupations liées à la charge virale indétectable. Comme pour la PrEP, la sensibilisation et la confiance étaient plus élevées parmi les hommes qui vivent avec le VIH, qui interagissent sciemment avec des hommes vivant avec le VIH ou qui étaient en contact avec des organismes en VIH. Ils ont affirmé que la CVI était un nouveau concept enthousiasmant, dans la prévention du VIH, mais qu’elle n’était pas comprise de la même façon par tous les membres de la communauté gaie.
  • Indétectabilité et calcul du risque. Pour certains hommes gais, une CVI offrait une réassurance suffisante pour avoir des relations sexuelles sans condom, mais ce n’était pas le cas pour tous. Plusieurs ont souligné que, bien qu’elle puisse réduire le risque, elle ne l’éliminait pas complètement. Et certains hommes gais se demandaient : puis-je être certain qu’un partenaire sexuel a réellement une charge virale indétectable?
  • La charge virale indétectable, « le nouveau statut négatif ». Plusieurs hommes gais vivant avec le VIH ont parlé de la notion d’indétectabilité de la charge virale en tant qu’identité (plutôt que celle de « séropositif »), comme d’une façon de faire savoir qu’ils étaient en bonne santé et avaient un risque plus faible de transmettre le VIH. Ils considéraient que cela atténuait la stigmatisation. Mais des participants ont remis en question l’identité basée sur l’indétectabilité, dans les contextes où ce concept n’était pas bien compris dans la communauté.

Les hommes gais de nos groupes de discussion ont révélé leurs nombreuses manières d’aborder les informations nouvelles et changeantes sur la prévention du VIH :

  • Frustration, méfiance, voire évitement, devant une information manquant de cohésion. Plusieurs hommes gais ont signalé le manque de cohésion de l’information du domaine public concernant la prévention du VIH (par exemple, dans les médias sociaux, les médias grand public, les messages d’organismes en VIH, les médias gais, les messages de la santé publique et les applications ou sites Web de rencontre). Ils ont affirmé trouver cette information trop lourde, sensationnaliste, inaccessible et/ou contradictoire. En conséquence, certains ont exprimé l’impression qu’il était peut-être préférable d’attendre que la confusion entourant les nouvelles options de prévention biomédicale se dissipe et d’éviter délibérément toute nouvelle information sur la prévention du VIH, puisqu’ils ne la trouvaient pas utile. Plusieurs hommes gais ont dit se méfier de l’industrie pharmaceutique et de l’establishment de la recherche biomédicale, souvent associés à l’attrait du profit. Les sources auxquelles ils faisaient confiance étaient les professionnels de la santé et les intervenants du domaine du VIH.
  • Impression que des informations étaient cachées. Certains hommes gais ont exprimé de la frustration devant le manque d’évolution des messages sur la prévention du VIH qui persistaient à mettre l’accent sur l’utilisation de condoms. Ils ont reconnu que les messages sur les condoms étaient plus simples, mais ont affirmé avoir l’impression que l’information sur les autres stratégies de réduction du risque leur était cachée, était considérée comme un tabou ou encore censurée par les instances de santé publique.
  • Synthétiser sa stratégie personnelle. Même devant un éventail large et complexe de sources d’informations et d’opinions, plusieurs hommes gais ont expliqué qu’ils prenaient leurs propres décisions en toute autonomie après examen de l’information qu’ils arrivaient à comprendre et qu’ils considéraient comme crédible. Certains hommes gais ont dit refuser de porter attention à l’information nouvelle, et se fier plutôt à leurs connaissances.

Pour les hommes gais, les questions liées à la confiance et à la responsabilité étaient des facteurs importants dans le calcul du risque, en plus de la considération des informations biomédicales :

  • Confiance et tromperie. Les hommes gais ont discuté de la question de savoir s’ils pouvaient ou non faire confiance aux autres, dans leurs rencontres sexuelles, particulièrement en ce qui concerne le statut sérologique (négatif ou indétectable), la fréquence des dépistages, le résultat du test, l’usage du condom et de la PrEP et la monogamie. Ils se demandaient également si certains hommes gais mentaient ou cherchaient délibérément à tromper autrui, surtout dans les sites de rencontre en ligne.
  • Responsabilité et sens civique. Les hommes gais ont discuté de la question du fardeau imposé à la communauté gaie en matière de prévention du VIH, et des façons dont les stratégies biomédicales renforçaient et modifiaient à la fois les normes de la réduction du risque. Ils ont décrit ce qu’ils considéraient comme des comportements responsables et irresponsables pour de « bons citoyens gais » et ont discuté de la tension entre la notion de responsabilité partagée en matière de prévention et l’idée que chaque personne était responsable de sa propre santé.

À quels égards les organismes communautaires et les intervenants réussissent-ils et ont-ils de la difficulté à intégrer les nouvelles connaissances biomédicales sur le VIH dans leurs efforts de prévention actuels?

Sans surprise, les intervenants ont signalé plusieurs défis dans la gestion des nouvelles informations sur la prévention du VIH :

  • Suivre le rythme. Trouver le temps de lire, d’interpréter et de compiler les résultats de recherche et de les transposer en termes simples que les clients comprennent. Certains des intervenants ont signalé une forte attente, parmi leurs clients et collègues, d’avoir « toutes les réponses » malgré les limites de leurs propres connaissances.
  • Consensus versus perspectives multiples. Les intervenants ont signalé une contradiction dans leur travail de counseling sur le risque : d’une part, le souhait d’avoir un consensus et de pouvoir donner une réponse définitive à propos d’une intervention biomédicale spécifique et, d’autre part, la volonté d’offrir une variété de points de vue et d’interprétations de la science. L’absence de consensus conduisait à des interprétations, des messages et des avis qui étaient contradictoires, entre divers intervenants et organismes.
  • Se ranger du côté de la prudence. Certains intervenants avaient tendance à livrer les messages les plus conservateurs possible (c.-à-d., usage du condom seulement), mais reconnaissaient également que des messages de prévention du VIH trop simplistes, complexes ou conservateurs pouvaient frustrer ou aliéner des clients qui étaient au courant des options de réduction du risque autres que les condoms.
  • Hétérogénéité de la communauté gaie. Les intervenants ont signalé que le degré de connaissances et d’ouverture concernant les nouvelles stratégies de prévention variait grandement au sein de la communauté gaie. Ils ont dit rencontrer des hommes gais qui n’avaient que des connaissances très élémentaires et qu’ils ne considéraient pas comme prêts ou ouverts aux complexités des aspects biomédicaux de la prévention du VIH. À l’autre extrême, ils rencontraient des hommes gais qui avaient une connaissance sophistiquée de la prévention du VIH et qui mettaient les intervenants au défi de suivre le rythme de la communauté.
  • Le contexte de la prestation de services. Les messages que les intervenants livraient à leurs clients, au sujet de la réduction des risques, dépendaient de la situation ainsi que de la durée et de la fréquence de leurs contacts avec eux. S’ils n’avaient qu’une brève rencontre (dans un sauna, par exemple) ou un bref échange dans le cadre de travail de proximité par le biais d’une application de drague, certains intervenants pencheraient du côté de la prudence, dans leur message sur la réduction des risques; mais s’ils avaient la possibilité de contacts répétés à plus longue échéance avec un client, leurs messages pouvaient être plus nuancés.
  • Rectifier l’information faussée. Des intervenants trouvaient difficile d’aider les hommes gais à rectifier certains fragments d’information souvent sensationnalistes et à mieux les comprendre. Certains intervenants ont dit avoir l’impression que des hommes gais les approchaient pour confirmer des informations qu’ils avaient puisées de sources comme les manchettes ou des campagnes de sensibilisation, ou dans les médias sociaux.
  • Trouver la bonne combinaison. Les intervenants ont parlé de la complexité scientifique des multiples options de prévention qui sont à présent disponibles, de la complexité résultant des messages de prévention, de leurs préoccupations devant la tâche de suivre le rythme de la science, de même que des systèmes sous-jacents de valeurs qui ont orienté souvent les messages de prévention. Ils ont discuté du défi de déterminer à quelles personnes les diverses options de prévention conviendraient le mieux.
  • Éviter le paternalisme. Certains clients désiraient recevoir des directives précises alors que d’autres refusaient les messages paternalistes et ne voulaient pas qu’on leur dicte quoi faire. Certains intervenants ont dit éviter de donner trop d’information à leurs clients. D’autres notaient que plusieurs gais adoptaient depuis longtemps diverses stratégies de rechange au condom, parfois en réaction aux messages traditionnels sur la prévention.
  • Reconnaître le rôle de la confiance/méfiance. Les intervenants ont reconnu les défis que les hommes gais rencontraient dans la tâche de décider s’ils devraient ou non faire confiance aux autres, particulièrement à ce qui se dit lors des rencontres sexuelles (allégations de statut sérologique négatif ou indétectable, fréquence et résultat des dépistages, usage du condom, utilisation de la PrEP, monogamie). Par conséquent, certains intervenants ont affirmé qu’ils incitaient souvent leurs clients à se faire méfiants.

Quelles sont les implications pour les intervenants?

Les intervenants ont décrit leurs rôles multiples et les stratégies qu’ils utilisaient pour aider les hommes gais à s’y retrouver dans les nouvelles informations sur la prévention du VIH :

  • Habiliter les clients à évaluer leur tolérance personnelle à l’égard du risque. Un élément important du processus de counseling sur le risque consiste à ce que l’intervenant aide le client à déterminer jusqu’à quel degré de risque il est à l’aise, puis l’aide à réfléchir adéquatement à la réduction des risques ou à des stratégies de gestion. Un rôle important de l’intervenant consistait à outiller le client en lui fournissant suffisamment d’information pour qu’il puisse s’en remettre à son propre jugement en plaçant dans l’équation les éléments qu’il connaît du risque, de la transmission et de la prévention du VIH, de même que ce qu’il désire et les valeurs qui l’habitent.
  • Aider les hommes gais à s’y retrouver dans l’information. Le discours communautaire sur le rôle de la prévention biomédicale devient central à une approche complète à la prévention du VIH, parfois sans consultation adéquate des points de vue et conseils d’intervenants – ceux auxquels on accorde la plus grande confiance pour ce qui concerne l’information sur la prévention du VIH. Un rôle important des intervenants est de communiquer, de façon claire, positive à l’égard du sexe et adaptée aux utilisateurs, les messages principaux sur les moyens dont nous connaissons aujourd’hui l’efficacité pour réduire les risques pour le VIH.
  • Soutenir et épauler des leaders dans la communauté gaie. Certains hommes gais agissent comme des éducateurs de leurs pairs, quoiqu’avec réticence. En général, nous avons constaté que ceux qui avaient des liens avec le secteur du VIH, qui avaient des relations sérodifférentes et/ou qui vivaient avec le VIH étaient les mieux informés au sujet de la PrEP et de la charge virale indétectable. Les utilisateurs de la PrEP et les hommes gais ayant une CVI sont souvent des leaders d’opinion; ils influencent peu à peu le discours, par leurs profils dans les applications de rencontre et au fil de leurs conversations via ces applications. À titre d’intervenants, nous pouvons soutenir ces importants leaders d’opinion et pairs éducateurs (parfois réticents) en offrant de l’information facile à comprendre dans les lieux (virtuels ou physiques) où les hommes gais se rencontrent et interagissent.
  • Ne pas perdre de vue l’ensemble du tableau. Trop souvent, les approches préventives comme la PrEP et l’indétectabilité de la charge virale sont présentées comme des outils biomédicaux sans tenir compte des considérations plus générales. Les stratégies de prévention biomédicale comme la PrEP et l’indétectabilité de la charge virale offrent d’importants bienfaits en réduisant les peurs et la stigmatisation associées au VIH, en brisant la division sérologique (entre les personnes qui ont le VIH et celles qui ne l’ont pas), en permettant aux hommes gais et aux couples sérodifférents d’avoir les relations sexuelles qu’ils souhaitent et en suscitant des conversations renouvelées au sujet de la prévention du VIH dans les communautés gaies.
  • Débuter là où le client en est. Le choix d’un individu de miser sur une ou plusieurs stratégies de prévention ne dépend pas uniquement de sa compréhension, mais également de ses pratiques sexuelles préférées, de sa relation avec ses partenaires sexuels, de ses valeurs quant à ce que signifie être une personne responsable, de même que du degré auquel il considère pouvoir faire confiance à ses partenaires sexuels. Pour les intervenants, une partie importante du counseling sur les risques et sur l’éducation à la prévention consiste à évaluer rapidement les degrés, les valeurs et les types de relations sexuelles de chaque client afin de personnaliser les messages en conséquence.
  • Ancrer la prévention du VIH dans les réalités de la vie des hommes gais. Dans toutes les interactions de counseling sur les risques avec des hommes gais, concentrez-vous sur les situations, relations et rencontres que les hommes gais sont susceptibles de vivre dans leur communauté. Dans nos groupes de discussions, nous avons utilisé des semblants de profils comme on en voit dans les sites et applications de drague et de rencontre, de même que des scénarios de rencontres et de relations, afin de déclencher des discussions sur les approches biomédicales à la prévention.

Nos réflexions générales

Les hommes gais et leurs intervenants sont à l’avant-plan de l’adoption des nouvelles connaissances biomédicales sur la prévention du VIH qui ont élargi la gamme de moyens préventifs disponibles au-delà du condom. Dans le cadre du projet Résonance, nous avons observé un vaste éventail de réactions à l’émergence de nouvelles connaissances et de nouveaux outils biomédicaux.

La résonance parmi les hommes gais

Le niveau de sensibilisation à la PrEP et à la charge virale indétectable et le niveau de confiance en leur efficacité à réduire le risque pour le VIH variaient considérablement, parmi les hommes gais. Les façons dont les hommes gais comprenaient les concepts biomédicaux de la prévention du VIH et dont ils les assimilaient dépendaient fortement de facteurs contextuels comme :

  • leur statut VIH;
  • leur expérience générationnelle et personnelle en lien avec l’épidémie du VIH;
  • leur expérience en lien avec le condom comme méthode préventive de longue date;
  • leur emplacement géographique et les types d’informations et d’attitudes circulant dans leurs réseaux sociaux;
  • leurs relations avec leurs partenaires sexuels et leur niveau de confiance à l’égard de ceux-ci;
  • où et comment ils rencontraient leurs partenaires sexuels;
  • leur efficacité personnelle et dans quelle mesure ils cherchent activement de nouvelles informations;
  • leur vision de ce qu’étaient des comportements responsables de « bons citoyens gais »; et
  • leur niveau de confiance à l’égard de la recherche biomédicale, des « géants pharmaceutiques », des organismes communautaires en VIH et des professionnels des soins de santé.

La résonance parmi les intervenants

Nous avons remarqué que les intervenants apportaient leurs propres perceptions, connaissances et attitudes à l’égard des technologies de prévention biomédicale. Leurs systèmes de valeurs étaient évidents dans tous les groupes de discussion et entrevues, et on saisissait aisément comment leurs interprétations et perceptions façonnaient l’information qu’ils fournissaient aux membres de la communauté gaie. Sans surprise, nous avons constaté que le partage d’information sur les approches biomédicales à la prévention ne se faisait pas en vase clos. Pour les intervenants, il ne prenait pas la forme d’une transmission directe des faits, mais plutôt d’un échange en constante transformation entre individus, institutions, cultures et structures, tous affectés par divers facteurs comme :

  • les éléments du contexte social et juridique de la stigmatisation et de la criminalisation, et le désir des intervenants d’en réduire l’impact sur la communauté;
  • les considérations socioéconomiques de l’accès et de l’abordabilité;
  • l’accord ou le désaccord avec les messages traditionnels sur l’usage du condom;
  • les lieux où les interventions se déroulaient et leur durée;
  • l’évaluation des degrés de connaissance individuelle et communautaire, des valeurs et de l’anxiété entourant le VIH et les options de prévention biomédicale;
  • le degré de présence d’orientations officielles et de consensus parmi les pairs intervenants en prévention du VIH et en santé auprès des hommes gais; et
  • le degré de soutien organisationnel à l’intégration des informations nouvelles et émergentes sur les technologies de prévention biomédicale du VIH.

La résonance parmi les intervenants gais

Les intervenants qui étaient eux-mêmes des hommes gais ont reconnu la dissonance croissante entre les messages traditionnels de prévention du VIH qu’ils livraient aux clients dans le cadre de leur travail et les informations plus nouvelles sur la prévention biomédicale du VIH qu’ils intégraient dans leurs prises de décisions personnelles. En période de changement et d’absence de consensus ou d’orientations officielles, les intervenants gais ont été parmi les plus précoces et les plus visibles à adopter les nouvelles informations sur la prévention du VIH.

La résonance dans le secteur de la prévention du VIH

Le projet Résonance a révélé les nombreuses manières complexes par lesquelles les approches biomédicales à la prévention se sont introduites et intégrées dans la vie des hommes gais. Les concepts et outils biomédicaux – comme la PrEP et la charge virale indétectable – s’inscrivent dans un contexte social, politique, économique et culturel. Ces approches biomédicales s’ajoutent à des dynamiques qui influencent déjà fortement la réponse au VIH : systèmes de santé; compréhension communautaire des relations sexuelles plus sécuritaires; stigmatisation liée au VIH, homophobie et moralisme en ce qui concerne les comportements sexuels; et disparités touchant la littératie en santé.  

Depuis la collecte des données du projet Résonance, la science est devenue plus concluante (quant à l’efficacité préventive de la PrEP, par exemple) et le consensus dans le secteur s’est renforcé, ce qui rend plus facile aux intervenants la tâche de livrer des messages plus clairs. Nos données présentent un instantané d’une période de transition lors de laquelle les connaissances scientifiques étaient en changement et où l’on n’avait pas encore développé de consensus, dans le secteur, quant à ce que l’on pouvait affirmer en toute confiance au sujet des nouvelles stratégies de prévention.

Nous espérons que les résultats de ce projet de recherche aideront les parties prenantes du secteur de la prévention du VIH à cerner de possibles moyens pour intégrer les connaissances biomédicales récentes et émergentes sur le VIH dans les politiques et programmes actuels, au Canada, de manières qui soient mieux appuyées par les communautés de personnes les plus à risque pour le VIH, et qui les soutiennent. Par notre point de mire sur les hommes gais en tant qu’individus qui adoptent de façon précoce les informations biomédicales, nous avons acquis une compréhension de l’échange et de l’acquisition des connaissances ainsi que de l’effet de l’information biomédicale sur les pratiques sexuelles et la compréhension du risque. Nous espérons que cette compréhension servira également à guider l’élaboration de messages de prévention et la planification de programmes efficaces pour d’autres populations vulnérables dans le contexte canadien.


Patten S, LeBlanc MA, Jackson E, Adam B (2016). Rapport communautaire du projet Résonance : Discours biomédicaux sur le VIH parmi les hommes gais et leurs intervenants.

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