Le projet Résonance

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit de la PrEP 

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit :

Même si on n’a pas mesuré le niveau de connaissance des participants, nous avons quand même observé une grande variabilité dans le niveau de connaissances par rapport à la PrEP. Certains n’en avaient jamais entendu parler, d’autres prenaient déjà la PrEP.

Les participants ont exprimé des préoccupations concernant une gamme d’enjeux, y compris le coût, l’efficacité, les effets secondaires et l’éthique. Ils ont également exprimé une gamme de jugements à l’égard de la PrEP et de ceux qui l’utilisent. Certains jugements étaient ancrés dans la façon dont les hommes avaient vécu la crise du VIH et dans leurs expériences liées aux antirétroviraux (ARV) et au condom. Certains participants tendaient à considérer que les utilisateurs de la PrEP (y compris eux-mêmes) sont des salopes téméraires, alors que d’autres parlaient de ces utilisateurs comme étant des personnes informées et responsables. Parfois, on a décrit les utilisateurs de la PrEP comme un amalgame de ces deux images : des salopes responsables.

Il y avait des discussions sur l’impact de la PrEP sur le genre de relations sexuelles désirées par les hommes gais ainsi que sur le potentiel de libération que comporte la PrEP, en ce qui concerne le sexe sans condom avec moins d’anxiété.

Les intervenants ont fait part des difficultés auxquelles ils faisaient face lorsqu’ils tentaient d’intégrer la PrEP dans leur travail.

Connaissances de la PrEP et préoccupations

La vaste majorité des intervenants semblaient favorables à la PrEP et s’intéressaient à en promouvoir l’usage. Même si les intervenants décrivaient la connaissance globale de la PrEP comme faible parmi les hommes gais, ils soulignaient que l’intérêt tendait à être important parmi les hommes au courant. Selon les intervenants, la connaissance de la PrEP tendait à être limitée à un certain sous-groupe d’hommes gais, soit les hommes en relations sérodifférentes, les hommes en contact avec le secteur VIH et/ou les hommes au statut socioéconomique élevé.

Je n’entends pas encore beaucoup parler de la PrEP. Les gens super renseignés lisent tout sur les sites PositiveLite et The Body ainsi que les blogues, etc. Mais ils sont peu nombreux. INT, 35-49, OC, TO

Ce sont les gens nantis et très bien renseignés qui y ont accès et qui savent la réclamer auprès des médecins. INT, 35-49, OC, TO

De fait, plusieurs des hommes gais dans nos groupes de discussion n’avaient jamais entendu parler de la PrEP ou n’en savaient que peu de chose. Par conséquent, la confusion entre la PPE et la PrEP était fréquente. L’expérience des ARV – que ce soit en tant qu’homme vivant avec le VIH ou que partenaire d’un homme vivant avec le VIH, ou en raison d’un lien à un organisme en VIH – semblait influencer la sensibilisation et les perspectives à l’égard de la PrEP. Ironiquement, parmi les quatre groupes, ceux qui étaient le moins informés au sujet de la PrEP étaient les hommes qui en tireraient le plus grand profit : les hommes séronégatifs à risque élevé.

On voit ici l’éventail – un participant séronégatif de Vancouver qui connaissait à peine ce que c’était avant d’arriver au groupe de discussion et un participant séropositif de Toronto qui pouvait l’expliquer à ses pairs en termes simples.

Je n’avais aucune idée... je savais qu’il y avait un médicament quelconque mais je n’étais pas très au courant pour dire la vérité. Nég, <35, VAN4

Si tu prends une pilule tous les jours, comme si tu prenais des médicaments contre le VIH, t’auras de bonnes chances de rester séronégatif si tu fais des activités à risque. C’est ça la PrEP. Pos, 35-49, TO1

Les participants ont exprimé un certain nombre de préoccupations concernant l’accessibilité, l’efficacité, les effets secondaires ainsi que l’éthique de la PrEP.

J’assumerais beaucoup de risques en prenant les médicaments. Lorsqu’elle sera utilisée depuis 10 ans, j’envisagerai peut-être la PrEP. Mais pour le moment, c’est trop nouveau. Je ne veux pas servir de cobaye. Nég, 35-49, VAN2

Si tu utilises des condoms, je crois qu’il serait ridicule d’utiliser la PrEP. Je considère que le condom est un moyen suffisamment efficace pour contrer la transmission, et que prendre la PrEP en même temps serait tout simplement excessif. Si tu utilises des condoms, pourquoi imposer une telle toxicité chimique à ton foie, avec les années? Pos, 35-49, VAN3

Le discours communautaire prend de l’ampleur

Les intervenants des trois villes ont signalé que le discours communautaire au sujet de la PrEP se développe, parmi les hommes gais. Selon les intervenants, les hommes gais entendaient parler de la PrEP au sein de leurs réseaux sociaux, dans les sites de réseautage sexuel et social en ligne et les médias gais ou auprès de leurs intervenants. À mesure que le dialogue communautaire au sujet de la PrEP se répandait, les intervenants éprouvaient le besoin de participer proactivement au discours.

Je pense qu’une des principales sources d’information est les autres gars… c’est une population très mobile. Quand ils vont aux États-Unis, où la PrEP a un plus haut profil qu’au Canada, ils en entendent parler. Les apps en ligne comme Grindr, Scruff et toutes les autres offrent l’occasion d’en parler. C’est par le biais de ces communautés et réseaux. INT, 35-49, REC, TO

Nous ne pouvons ignorer le fait qu’on parle maintenant de la PrEP dans la communauté… Plus nous attendons pour faire connaître la PrEP et éduquer les gens sur elle, plus les défis seront nombreux. INT, <35, OC, TO

PrEP et le calcul du risque

Pour certains participants, tant séropositifs que séronégatifs, la PrEP était suffisamment rassurante pour avoir des relations sexuelles sans condom, alors que d’autres s’engageaient toujours à utiliser le condom, peu importe l’efficacité de la PrEP. Des participants posaient aussi les questions suivantes : Les gars qui utilisent la PrEP sont-ils des partenaires sexuels plus sécuritaires que les autres? Est-ce que je peux être confiant que mon partenaire sexuel suit bel et bien la PrEP?

Une pilule miracle pour ne pas se protéger et s’exposer au risque d’infection... ça n’a pas de sens pour moi. Nég, <35, MTL4

Mais personne ne dit qu’elle est efficace à 100 %. Alors je me méfie beaucoup de tout ça. Nég, 50+, VAN1

J’y ai songé brièvement mais ai décidé qu’elle ne me convenait pas vraiment parce que je me sens déjà assez en sécurité avec lui et j’utilise un condom avec n’importe quelle autre personne. Nég, 35-49, VAN2

J’ai entendu des gens en parler. Mais je n’ai jamais rencontré un homme qui la prenait et que je considérais comme un partenaire sexuel potentiel. Je me sentirais plus à l’aise mais j’insisterais toujours sur l’usage du condom aussi. Pos, 50+, TO3

La PrEP et le sexe qu’on désire

Les participants s’interrogeaient sur le rôle que la PrEP jouait par rapport aux genres de relations sexuelles désirées par les hommes gais. Deux « tropes » (tendances) conflictuels se révélaient dans les histoires racontées par les hommes gais dans les groupes de discussion. Pour certains, la PrEP s’introduirait dans un contexte où les hommes gais cherchaient déjà le genre de relations sexuelles qu’ils désiraient et leur permettrait de le faire tout en réduisant le risque de transmission du VIH. Pour d’autres, la PrEP donnerait un faux sentiment de sécurité dans la recherche de relations sexuelles sans condom et aiderait à précipiter le sexe sans condom. La PrEP ouvre-t-elle la voie à des comportements qui font fi de toute prudence, ou est-elle un signe d’un bon citoyen gai responsable qui calcule le risque et qui réagit de façon rationnelle et méthodique à la menace de contracter le VIH? Surtout pour les hommes qui trouvent que le condom est un obstacle à la satisfaction sexuelle, la PrEP promet un plaisir sexuel rehaussé. Voici les points de vue d’un homme de Toronto et d’un intervenant de Vancouver :

La PrEP veut dire que… je respecte le gars… il fait ce qu’il peut mais il continue d’avoir du plaisir lors des relations sexuelles parce que beaucoup de gars n’ont pas de plaisir avec le condom. C’est juste la réalité, n’est-ce pas? Ils perdent leur érection et n’ont pas de plaisir. Et la vie est courte [rires]. On doit s’amuser un peu en cours de route. Pos, 35-49, TO2

Je pense qu’il existe toute une culture de barebacking… des gens qui en font régulièrement sans faire d’excuses. Ils disent : « Je me sers de condoms depuis 20 ans et j’en ai marre. Je suis tanné et je récupère maintenant ma liberté. » Ils sont fiers d’utiliser la PrEP. INT, 35-49, PSYC, VAN

Utilisateurs de la PrEP : Hommes responsables ou salopes ?

Certains participants ont décrit les utilisateurs de la PrEP comme des débauchés et des accros au barebacking qui se croient invincibles, alors que d’autres les ont décrit comme des personnes réfléchies et renseignées qui prennent soin de leur santé. Certaines personnes les décrivaient comme les deux à la fois, c’est-à-dire des salopes responsables. Lorsque les participants traitent les utilisateurs de la PrEP de salopes, ils font parfois allusion à d’autres hommes, mais ils parlent parfois aussi d’eux-mêmes, soit comme des utilisateurs actuels de la PrEP, dans quelques cas, soit en s’imaginant comme utilisateurs éventuels de la PrEP. La description est souvent un mélange de jugement et d’ironie et vise à la fois les autres et soi-même.

Si la PrEP est offerte à quiconque veut la prendre, est-ce que beaucoup de gars vont croire qu’ils sont complètement invincibles et baiser tout ce qui bouge?… J’aimerais avoir la PrEP pour ma situation personnelle. Pos, <35, VAN2

Cela veut dire qu’ils souhaitent la possibilité de sexe non protégé, un peu comme moi. S-A-L-O-P-E. Pos, 50+, VAN2

Nous prenons des pilules parce que nous aimons baiser... Ben, il vaudrait peut-être mieux ne pas prendre de pilules et respecter sa santé sexuelle. Pos, <35, MTL3

Je sais qu’il est séronégatif, qu’il prend la PrEP et qu’il se fait tester tous les trois mois. C’est tout ce qu’un bottom pourrait souhaiter. Nég, <35, VAN1

Jugement et stigmatisation à l’égard de la PrEP

Les intervenants ont dit qu’ils constataient un niveau élevé de jugement et de stigmatisation à l’égard des personnes qui sont susceptibles de choisir d’utiliser la PrEP. Pour certains, ce jugement était attribuable au solide dogme de l’utilisation du condom, sur lequel on a insisté depuis les débuts de l’épidémie du VIH.

Toutes les critiques sont les mêmes qu’à l’époque de la pilule contraceptive. Quand la pilule est arrivée, les gens disaient que toutes les femmes étaient des salopes et qu’elles allaient le devenir encore plus. C’est un peu la même chose. INT, 35-49, SP, VAN

La PPE, c’est « oups, j’ai fait une erreur », alors que la PrEP, c’est « je veux me dévergonder ». INT, <35, PSYC, VAN

Manque de consensus et de lignes directrices

Les intervenants ont dit avoir de la difficulté à savoir quoi dire à propos de la PrEP en l’absence de consensus et de lignes directrices.

Il n’y a pas de normes... ce n’est pas comme si une unité de santé publique ou Santé Canada offrait des lignes directrices. C’est encore un peu comme un territoire inexploré. INT, <35, SP, TO

Les intervenants du domaine se chicanent entre eux par rapport au pourcentage d’efficacité qu’on peut vraiment glaner des essais cliniques. Les hommes gais sont témoins de ce genre de désaccord... et c’est inacceptable du point de vue de l’homme gai moyen. Nous devons mieux faire pour arriver à un genre de consensus. INT, <35, PYSC, VAN


Patten S, LeBlanc MA, Jackson E, Adam B (2016). Rapport communautaire du projet Résonance : Discours biomédicaux sur le VIH parmi les hommes gais et leurs intervenants.

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