Le projet Résonance

Ce que les intervenants nous ont dit du counseling sur le risque : défis et stratégies 

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit :

Les intervenants ont souligné plusieurs défis auxquels ils faisaient face et ont décrit certaines stratégies qu’ils utilisaient pour incorporer les nouvelles informations biomédicales dans leurs interventions auprès des hommes gais. Ces défis incluaient: se tenir au courant des nouvelles informations; déterminer comment les transmettre de façon accessible; le manque de consensus autour de certaines questions... mais aussi le désir d’offrir une variété de points de vue. Des intervenants ont dit souvent se ranger du côté de la prudence dans leurs messages — ce qui se traduisait par la promotion de l’utilisation du condom — alors que d’autres étaient critiques face à cette approche. Ils ont décrit comment ils devaient développer des approches qui tenaient compte de l’hétérogénéité de la communauté gaie et de la variété des contextes d’intervention.

Se tenir au courant

Certains intervenants ont fait état du défi de lire, d’interpréter et de compiler les résultats de recherche, et de les traduire en termes simples que les clients/patients pourront comprendre. Certains intervenants ont noté la forte attente, à leur égard, d’avoir « toutes les réponses » malgré les limites de leurs propres connaissances. Des intervenants ont également signalé des difficultés liées au fait que des clients leur demandaient leur opinion ou leur avis personnel à propos de stratégies de prévention. Une minorité d’intervenants était d’avis que les messages étaient relativement directs et simples à communiquer aux patients/clients.

Je trouve qu’en tant d’intervenants on doit reconnaître nos limites également… La grande quantité d’autorité qu’on nous attribue, ça fait peur… On a du mal à reconnaître qu’on exerce un pouvoir sur nos clients… Si on se positionne comme étant des experts, alors il faut savoir de quoi on parle. INT, 35-49, OC, TO

Il y a une touche de paternalisme à ça, mais je crois que la plupart des hommes gais ne sont pas prêts à digérer cette information. Pour de nombreux gais, il n’est pas possible de lire les articles revus par les pairs puis d’en tirer des conclusions. Mais je crois qu’il est vraiment important que les gens qui travaillent dans le domaine tentent de se tenir au courant de ces choses. INT, <35, PSYC, VAN

Composer avec la complexité

Des intervenants ont discuté des multiples options de prévention qui sont à présent disponibles, de leur complexité scientifique, de la complexité résultant des messages de prévention, de leurs préoccupations devant la tâche de suivre le rythme de la science, et des systèmes sous-jacents de valeurs qui guident souvent les messages de prévention.

Ça ne dit pas si c’est vrai ou faux. Ça dit simplement qu’il s’agit de nouvelle information, que c’est intéressant, que ça pourrait être très excitant, et voici quelques questions que nous tentons d’élucider pour comprendre ce que ça veut dire. Sortez cette information tout de suite pour que nous puissions participer à cerner comment l’interprètent les gars dans la communauté. Encore, nous n’avons pas les réponses; et nous ne voulons certainement pas approuver ou désapprouver quelque chose. INT, 35-49, OC, TO

Les intervenants croyaient que certains hommes gais étaient dépassés par l’éventail grandissant d’options disponibles et qu’ils choisissaient d’éviter les nouvelles stratégies.

Maintenant qu’il y a tant de choses à considérer, c’est plus complexe… C’est très mélangeant pour le gars moyen. INT, <35, OSHG, MTL

Ils notaient aussi que plusieurs adoptaient depuis longtemps diverses stratégies de rechange au condom, parfois en réaction aux messages traditionnels de prévention.

Les hommes gais savent depuis longtemps qu’il existe plus d’un moyen de prévenir le VIH… Il y a plusieurs cultures et communautés d’hommes gais qui ont adopté un grand nombre de moyens différents de prévenir le VIH, qui sont en marge de la méthode officielle. INT, <35, PSYC, VAN

Certains intervenants notaient qu’ils remarquaient plus d’ouverture chez les jeunes.

Je crois que les gars plus jeunes sont plus enclins à adopter et à accueillir les nouveaux paradigmes de prévention et à accepter plus facilement que l’on puisse avoir des relations sexuelles plus sécuritaires sans condom. INT, <35, PSY, VAN

Consensus versus perspectives multiples

Les intervenants ont exprimé une contradiction : d’une part, le souhait d’avoir un consensus et de pouvoir fournir une réponse définitive; et d’autre part, le désir de pouvoir offrir une variété de points de vue et d’interprétations de la science. L’absence de consensus conduisait à des interprétations, des messages et des avis conflictuels.

Tant d’entre nous se querellent encore, se disputent à propos de choses qu’on aurait dû clarifier il y a de nombreuses années. Nous avons un ménage à faire, en tant que communauté et qu’individus qui travaillent en prévention du VIH pour la santé des hommes gais. INT, <35, PSYC, VAN

Il y a un réel manque de consensus au sujet de nombreux raisonnements biomédicaux nouveaux. Une grande partie de la recherche des 5 à 10 dernières années a introduit un grand nombre d’idées différentes, intéressantes et potentiellement novatrices, sur la prévention du VIH, mais l’utilisation de ces choses est très éparse et inégale, par la santé publique, qui est habituellement une institution très conservatrice. INT, <35, SP, VAN

Donner une réponse équilibrée

Les intervenants ont signalé le défi de fournir des conseils en présence d’informations conflictuelles, lorsqu’aucune réponse définitive ne pouvait être donnée, lorsque la chance jouait un rôle et que la seule réponse réellement correcte à propos du risque était que « cela dépend ». Ils percevaient leur rôle comme étant de développer suffisamment les connaissances et les compétences des clients pour leur inculquer une auto-efficacité et éliminer le facteur chance. Plusieurs ont noté qu’ils devaient aux clients une réponse équilibrée à propos du risque, et pas nécessairement une réponse limitée à leur propre perspective professionnelle ou organisationnelle.

Lorsqu’une personne te demande ton opinion, ce peut être qu’elle essaie de justifier une croyance intérieure… Parfois, il est préférable qu’une personne se fasse une opinion d’abord. Je veux les encourager à entendre les deux côtés de l’argument,
sans donner mon opinion. INT, <35, OSHG, VAN

Ça peut être très frustrant, pour un éducateur…Essayer de les aider à prendre leurs propres décisions quant aux risques qu’ils sont prêts à prendre, alors que chaque réponse est : « Cela dépend. » INT, 35-49, OC, TO

Il faut être très prudent, en tant qu’intervenant en soins de santé – quelle motivation se trouve derrière la question? Demande-t-on votre opinion? Vous pose-t-on la question à titre d’expert? Vous demande-t-on de l’information? Vous pose-t-on la question parce que quelque chose est arrivé? Quelle est la position subjective de la personne, pour venir à vous avec cette demande d’information? INT, 35-49, PSYC, VAN

Scepticisme et se ranger du côté de la prudence

La phrase la plus commune lors des groupes de discussion auprès des intervenants était probablement « erring on the side of caution » ou « se ranger du côte de la prudence ». Certains intervenants avaient tendance à livrer les messages les plus conservateurs possible (c.-à-d., usage du condom seulement), mais reconnaissaient également que des messages de prévention du VIH trop simplistes ou trop conservateurs pouvaient frustrer ou aliéner des clients qui étaient au courant des options de réduction du risque autres que les condoms. Certains intervenants ont noté qu’il pouvait être difficile d’exprimer leur scepticisme à l’égard de l’information biomédicale sans être perçus comme stigmatisant les personnes vivant avec le VIH.

Nous avons une orientation vraiment très sceptique à l’égard des choses autres que les condoms et nous avons vraiment épousé cette idée des condoms. INT, <35, OC, VAN

Je veux appuyer les nouvelles technologies, et nous serons emballés lorsque nous pourrons l’être, mais je ne modifie pas nos pratiques et je ne suggère pas cette information lorsque nous n’avons pas encore suffisamment de données. Nous n’avons aucune idée de ce que seront les toxicités, sur une période de 30 ans… Ça devient un facteur de division – on considère que nous ne donnons pas toute l’information ou que nous sommes irresponsables et qu’il y a trop de laisser-aller et de liberté dans la promotion des médicaments. INT, 35-49, OC, TO

Se ranger du côté de la prudence; c’est aussi un peu déshumanisant, que l’on dise plus ou moins à quelqu’un que ses désirs et décisions n’importent pas, sur la base de cet ensemble d’idéaux et d’idéologie. INT, <35, OSHG, VAN

Hétérogénéité de la sensibilisation et de la réceptivité, dans la communauté gaie

Des intervenants ont noté l’hétérogénéité de la communauté gaie – certains hommes gais avaient des connaissances très élémentaires et n’étaient pas prêts ou ouverts aux complexités des aspects biomédicaux de la prévention du VIH. À l’opposé, certains hommes gais avaient une connaissance relativement avancée de la prévention du VIH et les intervenants étaient tenus de suivre le rythme du discours communautaire. 

J’ai des clients qui connaissent beaucoup de choses et j’en ai d’autres qui ne sont au courant de rien. Je connais des gens qui croient pouvoir réutiliser un condom. Par ailleurs, j’ai des personnes en relation sérodifférente et qui prennent la PrEP. INT, <35, OC, TO

Il y a beaucoup de paternalisme en promotion de la santé; et dans une certaine mesure c’est ce que souhaitent certains segments de population avec qui on travaille. Ils ont envie que quelqu’un donne une certaine orientation, dans ce monde vraiment compliqué et échevelé. Mais un autre segment de population avec qui on travaille est complètement différent et déteste vivement se faire prendre par la main et se faire dire quelle est la bonne façon de faire. INT, <35, SP, VAN

Contexte de la prestation de services

Des intervenants ont décrit comment le contexte des contacts avec les clients avait un impact sur l’ampleur du counseling qu’ils pouvaient donner au sujet de la réduction des méfaits. Dans le cas d’une conversation ponctuelle sur le calcul du risque, certains intervenants pencheront du côté de la prudence; des conversations suivies au fil du temps peuvent être plus nuancées.

À l’opposé d’un bref entretien de couloir qui dure entre 30 secondes et 10 minutes, il y a des personnes que l’on voit régulièrement… Comme on a une séance de counseling de 30 minutes, on peut aller beaucoup plus profondément dans le contenu de diverses stratégies de réduction des méfaits, et les aider à les intégrer dans leur vie. INT, <35, OSHG, MTL


Patten S, LeBlanc MA, Jackson E, Adam B (2016). Rapport communautaire du projet Résonance : Discours biomédicaux sur le VIH parmi les hommes gais et leurs intervenants.

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