Le projet Résonance

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit de la confiance et la tromperie 

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit :

Les hommes gais se demandaient s’ils pouvaient ou non faire confiance aux autres lors des rencontres sexuelles, particulièrement en ce qui concerne le statut sérologique (négatif ou indétectable), la fréquence des dépistages, les résultats des tests, l’usage du condom et de la PrEP et la monogamie. Ils se demandaient également si certains hommes gais mentaient ou cherchaient délibérément à tromper autrui, surtout dans les sites de rencontre en ligne.

Confiance concernant le statut VIH, le dépistage, la PrEP, les condoms, la monogamie

Parfois les participants contrastaient la PrEP et la charge virale indétectable comme stratégies de prévention avec l’usage des condoms. Contrairement aux deux premiers, les condoms sont utilisés au moment de l’acte sexuel et se voit physiquement. Dans la troisième citation, le participant questionne à la fois le statut sérologique, le dépistage et la PrEP.

On voit ça des fois dans les sites. ‘Neg as of’ le mois de décembre dernier. OK, y s’est écoulé 6 mois. Pourquoi tu prends la peine de préciser que t’es négatif y a 6 mois? Comment est-ce que je peux le savoir? Pos, <35, MTL3

Si t’es positif, t’es positif. C’est clair. Mais quand le statut est indétectable ou négatif, c’est moins clair. Tu ne sais pas si t’es encore indétectable. Tu ne sais pas si t’es encore négatif… Pos, 35-49, TO2

C’est le fait qu’il précise qu’il est négatif, qu’il prend la PrEP et qu’il se fait tester tous les trois mois... Pourquoi j’accepterais ça comme une garantie de ma propre santé sexuelle en tant que bottom? Pos, <35, MTL3

Par contre, comme on le voit dans les prochaines citations, même l’usage du condom soulevait des questions de confiance. Certains des hommes gais ont décrit des rencontres lors desquelles ils s’étaient demandé si leur partenaire sexuel avait continué ou non de porter le condom (et même s’il l’avait truqué).

Mettons que quelqu’un te pénètre et que t’as oublié de vérifier le condom. Il pourrait déchirer le condom en l’ouvrant puis le mettre pareil parce qu’il aime le barebacking, n’est-ce pas? Nég, <35, TO4

Il était positif mais m’avait dit qu’il était négatif. Je portais une capote mais on baisait soûls. Mais il tenait mon pénis pendant qu’il entrait et sortait et le condom glissait. Il l’a fait avec 10 autres gars et il nous a tous infectés. Pos, 35-49, TO1

Voici un dialogue entre des hommes séropositifs et séronégatifs. On peut y constater que la confiance était un facteur important dans le calcul du risque, en plus de l’information biomédicale à considérer.

J’étais en relation depuis plus d’un an. On avait passé nos tests. On était rendu qu’on n’avait plus de condom et mon chum m’a trompé. Il l’a attrapé, y me l’a refilé… Mais est-ce que quand t’es en couple tu vas passer des tests aux trois mois? ... Pos, <35, MTL1

A : Est-ce que dans le couple tu vas utiliser le condom chaque fois?

  • Oui, moi oui. Nég, 35-49, MTL1
  • Ben bravo! [rire] Nég, <35, MTL1
  • Parce qu’on sait pas, il peut faire des mensonges. Nég, 35-49, MTL1
  • Me semble qu’à un moment donné, après tant de temps, moi je pourrais percevoir ça en étant en couple comme un manque de confiance. Pos, <35, MTL1
  • Mais on doit partir que nous sommes des hommes… Nég, 35-49, MTL1

Tromperie intentionnelle

Dans la discussion concernant les profils de sites de rencontre, plusieurs des hommes gais ont fait allusion au facteur (mal) honnêteté dans les descriptions. Certains des hommes gais ont exprimé le point de vue que les sites Web et applications de rencontre n’étaient pas propices à l’honnêteté entre partenaires sexuels potentiels. Ce thème était évident également dans les propos des intervenants, de même qu’une méfiance généralement prononcée.

Il y a beaucoup de fausse sincérité en ligne. Nég, 35-49, TO4

  • La fidelité, ça existe pas. Pos, 50+, MTL3
  • Pis encore moins dans le monde gai. Pos 50+, MTL3
  • À quelle fréquence mens-tu pour avoir des relations sexuelles? Nég, 35-49, TO2
  • Tout le temps… je niaise [rires]. Pos, 35-49, TO2
  • Ouais, vraiment. Les gens disent de petits mensonges, des demi-vérités, des mensonges d’omission, des mensonges de différents degrés pour pouvoir baiser. Ça se passe partout, pas juste chez les gais. Nég, 35-49, TO2

Je suis moins de nature romantique que toi. Il faut encore agir tout le temps dans ses propres intérêts. Je suis désolé, mais c’est ce qu’on appelle la survie. Nég, 50+, VAN1

Inciter à une (saine) méfiance

Les intervenants se demandaient également si les hommes gais devraient se faire confiance, surtout en ce qui concerne leurs allégations se rapportant aux rencontres sexuelles (p. ex., statut négatif ou indétectable, fréquence des dépistages et résultats des tests, usage du condom, monogamie).

On n’est pas des salauds qui veulent imposer le condom et ignorer toutes les nuances des relations. Mais on dit: « Lorsque tu seras prêt à donner ton passeport ou ta carte de crédit à ton partenaire, ayez une conversation sur l’usage du condom et faites-vous tester. » Ce n’est pas si difficile, n’est-ce pas? On doit vraiment éduquer les hommes afin qu’ils reconnaissent la différence entre l’intimité et l’amour et la confiance et le sexe sans condom. INT, 35-49, CLIN, TO

Ils disaient aussi qu’ils encourageaient souvent activement leurs clients à être méfiants, en affirmant que certains hommes gais mentent délibérément et que c’est une caractéristique innée des hommes et des hommes gais.

  • Les mensonges abondent dans la communauté gaie. INT, 50+, PSY, VAN
  • Je crois que le fait d’être gai crée parfois un besoin de se sentir comme une personne différente, de mettre des masques différents et d’avoir le sentiment d’incarner des personnages différents. Je crois que les hommes gais sont habiles à créer ces personnages et à mentir, autant à eux-mêmes qu’aux autres. La tromperie devient en quelque sorte un trait masculin, si vous voulez. INT, 35-49, PSY, VAN

Ils se décrivaient comme « stupéfaits » et « effrayés » par la « naïveté » des hommes gais, affirmant que ces derniers se fiaient à des souhaits illusoires et prenaient des décisions concernant le risque en fonction de renseignements très partiels. De façon générale, les intervenants disaient avoir plus confiance envers les hommes qui s’affirmaient séropositifs et/ou indétectables qu’envers ceux qui se déclaraient séronégatifs — et ils encourageaient leurs clients à faire de même et à ne pas oublier les risques liés à la primo-infection.

Négatif est l’inconnu de l’an dernier… Négatif est une supposition que les gens font. INT, 35-49, OC, TO

Ce qui me fait peur c’est que les gens choisissent le risque en se fondant sur un petit fragment d’information qu’ils ont recueilli et qui ne fait pas vraiment partie de l’histoire complète. INT, 35-49, CLIN, VAN

Sur un site de rencontre, les questions qu’on me pose sur le VIH se limitent habituellement à « es-tu propre, es-tu négatif, te fais-tu tester? »… Les gens ont vraiment envie de baiser et ne veulent pas mettre trop d’obstacles dans le chemin. Mais ils veulent aussi atténuer leur anxiété. Mais ils le font d’une manière minime qui dépend de ma parole ou de la leur. C’est stupéfiant. Très stupéfiant... après tout ce temps, quelle naïveté. INT, 50+, PSY, VAN

 


Patten S, LeBlanc MA, Jackson E, Adam B (2016). Rapport communautaire du projet Résonance : Discours biomédicaux sur le VIH parmi les hommes gais et leurs intervenants.