Le projet Résonance

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit de la charge virale indétectable 

Ce que les hommes gais et leurs intervenants nous ont dit :

Les hommes séropositifs voyaient généralement la charge virale indétectable d’un œil positif, et ce à plusieurs égards. D’abord, pour plusieurs, elle atténuait la peur de transmission et pouvait réduire la stigmatisation. Pour certains, l’indétectabilité était une base d’une nouvelle identité distincte de celle de séropositif. Elle offrait un sentiment de libération sexuelle et améliorait les relations sexuelles.

Par contre, certains hommes séropositifs et plusieurs hommes gais séronégatifs ont exprimé beaucoup de prudence face à l’idée de se fier uniquement à la charge virale indétectable comme moyen de réduire le risque de transmission.

Chez les intervenants, on témoigne d’un manque de consensus par rapport au rôle de la charge virale indétectable dans les stratégies de réduction du risque.

Indétectable : connaissances et préoccupations

Bien que nous n’ayons pas évalué les connaissances des hommes gais en ce qui concerne la charge virale indétectable, ni leur niveau de confiance dans sa capacité de réduire le risque de transmission du VIH, nous avons constaté que les niveaux de connaissances et de confiance semblaient varier largement à cet égard. Dans les groupes de discussion, les hommes gais qui vivaient avec le VIH, ceux qui interagissaient sciemment avec des hommes séropositifs ou qui avaient des liens avec des organismes VIH semblaient présenter des niveaux de connaissances et de confiance plus élevés entourant le concept de l’indétectabilité comme stratégie de réduction des risques. Ces niveaux de connaissance et de confiance semblaient varier également selon l’emplacement géographique. Les réserves les plus couramment évoquées par rapport à l’indétectabilité et à son impact sur la réduction du risque de transmission incluaient les suivantes : la fréquence des tests de la charge virale; la ré-infection par des souches différentes; l’impact d’autres infections; les augmentations passagères de la charge virale; l’observance thérapeutique; et l’applicabilité de la recherche axée sur les hétérosexuels aux hommes gais.

Dans le Village tout le monde sait c’est quoi être indétectable. En région quand je dis que je suis poz indétectable… on met trois points d’interrogation. Pos, <35, MTL1

Avant de déménager ici, je me fiais encore aux données d’il y a 20 ans, alors que le sexe sans condom était interdit, point. J’ai dû faire beaucoup de recherche avant de pouvoir me convaincre que c’était correct de le faire... J’ai lu tout ce que je pouvais trouver sur Internet et ai parlé à quelques professionnels de la santé... Ils m’ont tous dit la même chose : baiser avec une personne dont on sait qu’elle a une charge virale indétectable est plus sûr que de le faire avec un condom avec un inconnu. Je n’arrivais pas à croire qu’ils disaient tous la même chose. Wow! Alors j’ai commencé à avoir des relations non protégées avec lui [partenaire séropositif]. Je suis toujours le top. C’est ça la stipulation. Nég, 35-49, VAN2

Indétectabilité et calcul du risque

En général, les hommes gais séropositifs exprimaient plus de confiance dans l’idée que la charge virale indétectable réduisait le risque de transmission du VIH que les participants séronégatifs. Quelques participants avaient toutefois des opinions opposées à celles de leurs semblables. Pour certains hommes séronégatifs, le fait d’avoir un partenaire séropositif a servi d’éducation particulièrement éclairante à l’égard de la gestion du risque. De nombreux hommes gais ont insisté sur le fait que, même si le risque est réduit, il n’est pas éliminé. Pour certains hommes gais, tant séropositifs que séronégatifs, une charge virale indétectable était suffisamment rassurante pour avoir des relations sexuelles sans condom, alors que d’autres hommes n’étaient pas de cet avis. Les opinions des hommes gais étaient partagées : Les hommes indétectables sont-ils des partenaires sexuels plus sécuritaires que les autres? Certains hommes gais posaient cette question : Est-ce que je peux avoir confiance dans le fait que mon partenaire sexuel a vraiment une charge virale indétectable?

On ne peut nier que le risque existe. Tu t’en sortiras peut-être une fois ou deux, mais un jour le téléphone pourrait sonner avec la mauvaise nouvelle. Nég, 50+, TO1

Je ne sais pas. Si tu fréquentes la même personne depuis cinq ans et que vous avez des relations sans condom depuis tout ce temps et qu’il est encore séronégatif, cela soulève beaucoup de questions. Pos, <35, TO1

De nombreux gars séronégatifs cherchent des partenaires séropositifs indétectables… Indétectable est synonyme de négatif. Je crois en fait que c’est mieux parce que le statut d’une personne négative n’est aussi fiable que son dernier test. Pos, +50, VAN1

Indétectable, beaucoup de gens pensent « je ne vais jamais me faire infecter » ou « je ne vais jamais infecter quelqu’un d’autre » et ils se débarrassent des condoms. Mais le risque d’infection de moins de 0,05 % est toujours là. Pos, 50+, TO3

Indétectabilité en guise d’identité :  « Le nouveau négatif »

De nombreux hommes séropositifs embrassaient l’idée de l’indétectabilité comme une identité (contrairement à séropositif ou poz) et un moyen de signifier qu’ils étaient en bonne santé et posaient un faible risque de transmission. Ils avaient l’impression que cela réduisait la stigmatisation. Par contre, certains participants séropositifs et séronégatifs remettaient en question l’impact de l’identification avec l’indétectabilité dans un contexte où le concept n’était pas bien compris dans la communauté.

Je porte mon indétectabilité comme une médaille d’honneur. Je suis très fier d’être indétectable. Pos, 50+, VAN3

Cela insiste moins sur la maladie et met l’accent sur ma santé. Le mot séropositif a une connotation si lourde, mais indétectable n’en a pas vraiment. Pos, 35-49, VAN3

Juste de dire indétectable, la plupart des gens séropositifs comprennent ce que ça veut dire et savent qu’ils ont une meilleure santé, qu’ils se trouvent dans une phase plus saine. Pos, 35-49, TO1

Préoccupations à l’égard de l’excès de confiance

Certains intervenants décrivaient comment certains hommes gais utilisaient le terme indétectable comme une « phrase magique » pour convaincre leurs partenaires sexuels d’avoir des relations sans condom. Ils exprimaient du scepticisme par rapport à la capacité des hommes gais à comprendre de façon précise et appropriée le concept de charge virale indétectable. Certains disaient que les hommes gais avaient une confiance excessive dans l’indétectabilité et avaient des relations sexuelles « à risque » ou « non protégées » lorsqu’ils choisissaient d’avoir des relations sans condom en se fiant à la seule indétectabilité.

Ils prennent ça parfois comme une autorisation à avoir des comportements à risque ou des relations sexuelles non protégées. Comprennent-ils tout à fait ce qu’ils font? Pas toujours. Ça se résume essentiellement à une conversation de deux secondes, genre « il a dit qu’il avait une charge virale indétectable, donc on n’avait pas besoin de condom ». Ils ne tiennent pas compte de la signification d’une charge virale indétectable, de l’impact des ITS et d’autres choses sur les augmentations passagères de la charge virale. INT, 50+, SP, TO

L’accent mis sur la prévention du VIH/sida nous ramène à une place où l’on peut avoir des relations sexuelles sans condom sans en parler, sans s’en préoccuper et sans subir de conséquences. Cela dépasse l’entendement. On a vu des gars ici qui faisaient du sérotriage en se fondant sur l’indétectabilité de leurs partenaires. INT, 35-49, SP, TO

Hommes séropositifs en tant qu’éducateurs

Les intervenants avaient l’impression que les hommes gais séronégatifs se faisaient renseigner sur l’indétectabilité par les hommes séropositifs. Des hommes gais vivant avec le VIH l’ont confirmé; ils ont dit avoir fréquemment le sentiment d’avoir à éduquer leurs partenaires sexuels au sujet de la signification et des implications de l’indétectabilité.

Habituellement, les gars séropositifs en savent plus sur ces affaires. Cela ne paraît pas sur le radar des gars séronégatifs. Le seul pont entre les deux est le gars négatif qui connaît des gars positifs, qui a des amis positifs ou qui couche avec des gars positifs. C’est là où le transfert de connaissances a lieu. INT, <35, OSHG, VAN

Je n’ai pas toujours envie d’expliquer la PrEP, Truvada, le VIH et l’indétectabilité à un gars par lequel je veux juste me faire sucer [rires du groupe]. Honnêtement. Pos, 35-49, TO1

Impact sur la réduction de la stigmatisation

Selon certains intervenants, l’indétectabilité réduirait la stigmatisation et la stigmatisation de soi liées au VIH et à l’infectiosité. Ils ont décrit comment certains hommes gais considéraient les partenaires sexuels ayant une charge virale indétectable comme plus désirables et plus sécuritaires que les partenaires qui prétendaient être séronégatifs. Ils ont parlé de la tension entre les messages qui déstigmatisaient les hommes séropositifs et les messages qui reflétaient fidèlement l’état des connaissances se rapportant à l’indétectabilité et à la transmission. Cette tension était souvent décrite comme étant de nature émotionnelle versus rationnelle.

Être indétectable leur donne un peu d’espoir dans le fait qu’ils ne représentent pas un si gros risque. Ils ne sont plus une source du VIH, ils peuvent avoir une relation et leur partenaire n’a pas besoin d’être positif. Je pense que c’est très libérateur pour beaucoup de gars, l’idée qu’ils ne sont pas obligés de se sentir comme une source de virus. INT, 35-49, SP, VAN

C’est une danse délicate parce que tu veux parler de l’indétectabilité et de ce que le traitement fait pour les gens et de son impact sur leur santé. Mais en même temps tu ne veux pas accroître la stigmatisation à l’endroit des personnes qui ne suivent pas de traitement. C’est une danse délicate car on doit essayer de réduire la stigmatisation tout en expliquant les probabilités de transmission. INT, 35-49, OC, TO

Désaccord parmi les intervenants

Les intervenants eux-mêmes avaient une confiance variable dans l’efficacité de l’indétectabilité, et quelques-uns avouaient que leurs connaissances à ce sujet étaient moins complètes que ce qu’ils souhaitaient. Certains intervenants optaient pour la prudence et avisaient les hommes gais de toutes les incertitudes liées à la charge virale indétectable, alors que d’autres décrivaient les messages de ce genre comme excessivement conservateurs. Certains intervenants admettaient qu’il existait un désaccord parmi eux; selon certains, les intervenants qui vantaient les possibilités de réduction du risque obtenues grâce à la charge virale indétectable étaient irresponsables.

Ça me frustre énormément. Je pense que certains médecins sont irresponsables lorsqu’ils disent aux personnes indétectables qu’elles n’ont pas besoin d’utiliser de condoms. La majorité des patients n’ont pas la capacité ou les connaissances ou encore ne sont dans un état psychologique approprié pour comprendre cette information de façon fiable. Les médecins qui donnent librement ce genre de conseil ne tiennent pas compte de toutes les complexités. INT, 35-49, OC, TO

Il y a une grosse flambée sur Facebook… Le clivage est grand, et la logique disparaît dans un vide émotionnel. Les gens sont attachés aux condoms, ils sont attachés au sécurisexe ou encore ils sont attachés au statut VIH ou veulent déstigmatiser. La plupart des attachements sont très puissantes et divisent vraiment les messages éducatifs. INT, 50+, PSYC, VAN


Patten S, LeBlanc MA, Jackson E, Adam B (2016). Rapport communautaire du projet Résonance : Discours biomédicaux sur le VIH parmi les hommes gais et leurs intervenants.

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