En raison de l’efficacité éprouvée de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) dans la réduction de la transmission du VIH, en garantir l’accès pour les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (gbHARSAH) constitue un élément central des stratégies de prévention du VIH. Chez les hommes gbHARSAH, des études ont cerné le chemsex comme étant un facteur susceptible d’augmenter le risque d’infection par le VIH. Le présent article résume une revue systématique et une méta-analyse qui ont estimé la prévalence mondiale de l’adoption de la PrEP par les gbHARSAH pratiquant le chemsex et ont examiné si la pratique du chemsex était associée à une probabilité plus élevée de recours à la PrEP au sein de cette population.
Qu’est-ce que le chemsex?
Le chemsex (également appelé party and play ou PnP) désigne l’utilisation de substances psychoactives pendant les activités sexuelles, principalement chez les hommes gbHARSAH. Les substances spécifiquement utilisées, les activités sexuelles pratiquées et les raisons de la participation peuvent varier en fonction du lieu, du contexte et des individus concernés. On peut s’adonner au chemsex pour rehausser les sentiments d’intimité ou de rapprochement, la libido, l’excitation sexuelle, la confiance en soi, la désinhibition ou l’endurance. Bien qu’il n’y ait pas de consensus concernant les drogues utilisées dans le cadre du chemsex, les auteurs signalent que la méthamphétamine, le gamma-hydroxybutyrate/la gamma-butyrolactone (GHB/GBL) et les cathinones synthétiques sont les substances dont les participants déclarent le plus souvent faire usage pendant cette activité.
Quels types de renseignements ont été inclus dans cette revue systématique?
Un article était inclus s’il portait sur des hommes gbHARSAH cisgenres d’âge adulte et séronégatifs pour le VIH qui avaient affirmé pratiquer ou avoir déjà pratiqué le chemsex et qui avaient déclaré avoir ou non utilisé la PrEP. Le groupe témoin comprenait des hommes gbHARSAH cisgenres d’âge adulte qui avaient déclaré ne pas pratiquer le chemsex et avaient déclaré être ou non des utilisateurs actuels ou anciens de la PrEP.
Cette revue a porté sur 28 études publiées entre 2018 et juillet 2025. Les études incluses présentaient les caractéristiques suivantes :
- Toutes les études étaient de nature observationnelle et transversale.
- Quatorze études ont été menées en Europe occidentale et centrale ainsi qu’en Amérique du Nord, douze, dans la région Asie-Pacifique, et deux, en Amérique latine.
- Vingt études ont été menées dans des pays à revenu élevé et huit, dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.
- Dix-sept études mentionnaient explicitement le chemsex. Onze études y faisaient allusion de manière implicite, dans la mesure où elles faisaient état de la consommation de drogues généralement associées à des contextes sexuels.
Les participants à ces études présentaient les caractéristiques suivantes :
- L’ensemble des études incluses comptait comme participants 36 339 hommes gbHARSAH cisgenres séronégatifs d’âge adulte, parmi lesquels 5 690 ont déclaré pratiquer le chemsex et 5 881 ont déclaré utiliser la PrEP.
- Le recours à la PrEP était déclaré par les participants eux-mêmes. Toutes les études ont fait état de l’utilisation d’une PrEP orale à base de ténofovir. Une étude a également mentionné le cabotégravir injectable à action prolongée. Les études portaient sur une utilisation quotidienne, à la demande, sans ordonnance ou informelle.
Quelle est la prévalence estimée de l’utilisation de la PrEP chez les hommes gbHARSAH qui pratiquent le chemsex?
Environ 39 % des hommes gbHARSAH pratiquant le chemsex avaient déjà eu recours à la PrEP, d’après les données regroupées dans cette revue et cette méta-analyse reposant sur des études menées à travers le monde. Aucune différence statistiquement significative n’a été observée concernant ce pourcentage entre les participants ayant récemment pratiqué le chemsex et ceux l’ayant déjà pratiqué au moins une fois par le passé.
La pratique du chemsex est-elle associée à une probabilité accrue d’utilisation de la PrEP chez les hommes gbHARSAH?
Chez les hommes gbHARSAH, la pratique du chemsex était associée à une probabilité significativement plus élevée de recours à la PrEP par rapport à ceux qui ne déclaraient pas pratiquer cette activité sexuelle. Dans l’ensemble, les personnes pratiquant le chemsex avaient plus de trois fois plus de chances de recourir à la PrEP (rapport de cotes [RC] = 3,44). Cette association était plus forte chez ceux ayant déjà pratiqué le chemsex au moins une fois par le passé (RC = 4,74) que chez ceux ayant déclaré avoir pratiqué le chemsex récemment (RC = 2,84). La pratique du chemsex était associée à l’utilisation de la PrEP dans tous les contextes, mais cette association était plus faible dans les pays à revenu faible ou intermédiaire que dans les pays à revenu élevé, tant pour la pratique récente que pour la pratique antérieure du chemsex.
Limites
Les auteurs soulignent la présence possible d’effets liés à la petite taille des études ou d’un biais de publication dans les analyses estimant la prévalence de l’utilisation de la PrEP, en particulier dans les analyses de sous-groupes en fonction du moment de la pratique du chemsex. Ces effets semblent indiquer que les estimations de la prévalence basées sur les données regroupées doivent être interprétées avec prudence.
Que signifient les résultats de la recherche pour les prestataires de services?
Cette revue montre que les hommes gbHARSAH qui pratiquent le chemsex sont plus susceptibles d’utiliser la PrEP que ceux qui ne le pratiquent pas. Cependant, l’utilisation de la PrEP varie au sein de cette population, et elle ne répond pas à elle seule à l’ensemble des besoins sociaux et de santé liés au chemsex.
Les prestataires de services jouent un rôle essentiel dans l’adoption de la PrEP. Il est vital d’avoir des conversations sans jugement sur la PrEP et le chemsex, et de reconnaître que la stigmatisation et les expériences antérieures du patient en matière de soins de santé peuvent influer sur sa décision de dévoiler ou non ce type d’activités sexuelles. Les prestataires peuvent favoriser l’accès à la PrEP en réduisant activement les obstacles aux soins, par exemple en proposant la PrEP de manière proactive. Établir la confiance, réduire la stigmatisation et fournir un soutien sur mesure et axé sur le patient sont essentiels pour une intervention efficace auprès des hommes gbHARSAH qui pratiquent le chemsex.
Bien que la PrEP soit très efficace pour prévenir le VIH, elle ne répond pas nécessairement aux besoins de santé plus vastes liés à la pratique du chemsex. Les modèles de soins intégrés qui combinent des services cliniques de santé sexuelle avec des mesures de réduction des méfaits et un accompagnement en santé mentale sont mieux à même de répondre à ces besoins qui se recoupent, notamment par le biais d’orientations vers des services dirigés par des pairs, du counseling et des services de réduction des méfaits tenant compte de la culture des hommes gbHARSAH.
Qu’est-ce qu’une revue systématique?
Les revues systématiques sont des outils importants pour orienter l’élaboration de programmes fondés sur des données probantes. Une revue systématique est un résumé critique des données probantes disponibles sur un sujet particulier. Elle utilise un processus rigoureux pour cibler toutes les études associées à une question de recherche précise. Les études pertinentes peuvent ensuite être évaluées pour en déterminer la qualité et leurs résultats sont résumés pour présenter les principales conclusions et limites. Si les études au sein d’une revue systématique contiennent des données numériques, ces données peuvent être combinées de manières stratégiques pour calculer des estimations globales (« groupées »). La combinaison de données pour produire des estimations groupées peut donner une meilleure vue d’ensemble du sujet étudié. Le processus d’estimations groupées de différentes études est appelé méta-analyse.
Référence
Miñana JG, García SA, De Lazzari E et al. Chemsex and uptake of HIV pre-exposure prophylaxis among adult cisgender gay, bisexual and other men who have sex with men worldwide: a systematic review with meta-analysis. eClinicalMedicine. 2026;93:103804. À l’adresse https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2026.103804
À propos de l’auteur
Caleb Chepesiuk occupe le poste de spécialiste en connaissances, programmation de la réduction des méfaits chez CATIE. Il détient une maîtrise ès arts en études juridiques et, auparavant, Caleb a travaillé dans le domaine de la prestation de services en réduction des méfaits.