Les coûts des médicaments peuvent être un frein à l’utilisation des médicaments antirétroviraux dans le traitement du VIH et la prévention du VIH par la prophylaxie pré-exposition (PrEP)1,2. En éliminant l’obstacle des coûts à l’accès aux médicaments antirétroviraux, on peut accroître l’utilisation du traitement du VIH chez les personnes vivant avec le VIH et l’utilisation de la PrEP chez les personnes susceptibles de contracter une infection par le VIH. Un meilleur accès aux médicaments antirétroviraux pourrait aussi aider à atteindre les cibles mondiales de 95-95-95 visant l’élimination du VIH en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030. Cet article résume une revue systématique portant sur l’impact de l’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux sur les résultats en matière de traitement et de prévention du VIH3.
Quels types de recherche sont inclus dans la revue systématique?
La revue comprend 22 articles publiés entre 2002 et 2024. Les articles inclus dans la revue devaient répondre aux critères suivants :
- Inclure des personnes vivant avec le VIH ou des personnes susceptibles de contracter une infection par le VIH.
- Comparer l’utilisation des médicaments antirétroviraux obtenus gratuitement à l’utilisation des médicaments antirétroviraux payés par la personne. Les coûts payés par la personne incluent les quotes-parts, les franchises et les coûts d’achat direct.
- Examiner l’impact que les médicaments antirétroviraux gratuits ont sur le fait de suivre un traitement antirétroviral, d’atteindre une suppression de la charge virale ou de suivre une PrEP. En plus de ces trois principaux résultats, la revue s’est également penchée sur l’impact de la gratuité des médicaments antirétroviraux sur deux résultats secondaires : la mortalité et les taux d’infection par le VIH.
Les études comprises dans la revue présentaient les caractéristiques suivantes :
- Dix études provenaient des Amériques, dont une étude du Canada. Cinq études provenaient d’Afrique et trois études provenaient du Pacifique occidental. La moitié des études (11) provenaient de pays à revenu élevé.
- La taille médiane de l’échantillon des études était de plus de 10 000 participant·e·s.
- Les médicaments antirétroviraux étaient obtenus gratuitement grâce à diverses approches. Dans la moitié des études (11), les médicaments antirétroviraux étaient offerts gratuitement dans le cadre d’une politique nationale ou étatique. Dans huit études, les médicaments antirétroviraux étaient fournis par l’entremise de programmes de soutien financés par le gouvernement et, dans trois études, les médicaments antirétroviraux étaient fournis gratuitement par des hôpitaux ou des cliniques.
- La majorité des études (18) comparaient l’utilisation des médicaments antirétroviraux obtenus gratuitement à l’utilisation des médicaments antirétroviraux obtenus en payant une partie des coûts, comme une quote-part ou une franchise.
- Les données des études ont été recueillies au moyen de sondages, d’entrevues, de dossiers médicaux, de bases de données de surveillance nationales ou étatiques ou de bases de données de réclamations d’assurance.
L’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux influe-t-il sur l’utilisation de ces médicaments dans le traitement du VIH?
Sept études ont évalué l’impact de la gratuité des médicaments antirétroviraux sur le fait de suivre un traitement du VIH. Globalement, la revue révèle que l’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux augmente l’utilisation du traitement du VIH chez les personnes vivant avec le VIH comparativement aux personnes qui doivent payer les médicaments antirétroviraux. Par exemple, une étude a montré que les femmes vivant avec le VIH inscrites à un programme gouvernemental offrant gratuitement les médicaments antirétroviraux étaient deux fois plus susceptibles de suivre un traitement que les femmes qui n’étaient pas inscrites au programme.
L’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux influe-t-il sur l’atteinte d’une suppression de la charge virale chez les personnes vivant avec le VIH?
Quatre études ont évalué l’impact de la gratuité des médicaments antirétroviraux sur la suppression de la charge virale. Deux études ont mesuré les probabilités de préservation de la suppression de la charge virale et deux études ont mesuré la fréquence d’une charge virale non inhibée. Dans ces quatre études, la gratuité des médicaments antirétroviraux a eu un effet positif sur l’atteinte de la suppression de la charge virale ou sur la réduction des probabilités de charge virale non inhibée.
L’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux influe-t-il sur l’utilisation de la PrEP au VIH?
Deux études ont examiné l’effet des coûts déboursés sur l’utilisation de la PrEP. Les deux études ont été menées aux États-Unis et ont recueilli l’information au moyen de bases de données de réclamations d’assurance de partout au pays. Les deux études ont examiné l’interruption ou l’abandon de la PrEP et ont observé que les coûts déboursés plus élevés étaient associés à des probabilités plus grandes d’interruption de la PrEP.
L’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux influe-t-il sur la mortalité liée au VIH?
Sept études menées dans des pays à revenu faible et intermédiaire ont examiné l’impact de la gratuité des médicaments antirétroviraux sur la mortalité liée au VIH. Cinq études ont examiné la mortalité globale et deux études ont examiné les décès liés au sida, et toutes les études ont révélé que la gratuité des médicaments antirétroviraux était associée à une réduction de la mortalité chez les personnes vivant avec le VIH.
L’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux influe-t-il sur les taux d’infection par le VIH?
Quatre études menées dans des pays à revenu élevé ont examiné l’effet de la gratuité des médicaments antirétroviraux pour la PrEP sur les taux d’infection par le VIH. Deux études ont examiné la gratuité de la PrEP parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et deux études ont examiné la gratuité de la PrEP parmi une population plus vaste. Dans l’ensemble, trois études ont constaté une diminution statistiquement significative des cas de VIH à la suite de l’introduction de l’accès gratuit à la PrEP. L’une de ces trois études était la seule étude canadienne incluse dans la revue, et était une étude de modélisation. Elle montrait que si Montréal, une ville où les personnes doivent débourser des coûts pour la PrEP, offrait le même remboursement de la PrEP que Vancouver, où la PrEP est gratuite, jusqu’à 63 % des nouvelles infections par le VIH survenues entre 2015 et 2021 auraient pu être prévenues.
Que signifient les résultats de la revue pour les prestataires de services?
La revue montre que la gratuité des médicaments antirétroviraux améliore les résultats liés au traitement et à la prévention du VIH. L’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux est associé au fait de suivre un traitement du VIH et d’avoir une charge virale supprimée, et à une réduction de la mortalité. L’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux pour la PrEP au VIH est associé à une diminution des taux d’interruption de la PrEP et d’infections par le VIH.
Le fait de suivre un traitement du VIH et d’atteindre une suppression de la charge virale sont deux des cibles mondiales de 95-95-95 visant l’élimination du VIH en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030. La revue appuie l’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux comme stratégie pour aider à atteindre ces cibles. Les prestataires de services et les décisionnaires politiques peuvent soutenir les initiatives et les efforts de mobilisation visant à éliminer les obstacles financiers à l’accès aux médicaments antirétroviraux au Canada. Ces obstacles peuvent inclure les franchises et les quotes-parts des programmes d’assurance médicaments publics qu’utilisent de nombreuses personnes au Canada pour avoir accès aux médicaments antirétroviraux pour le traitement et la prévention du VIH4.
En examinant cette revue, il est important de garder les éléments suivants en tête :
Dans la revue, les avantages de l’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux ont été observés dans différents pays et systèmes de soins de santé. Les auteur·trice·s mentionnent que cette perspective très large signifie que les résultats de la revue peuvent généralement s’appliquer à différents lieux et différentes populations. Des données probantes supplémentaires et un examen du contexte canadien aideront les prestataires de services à mieux comprendre l’ampleur de l’impact qu’aurait l’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux sur l’atteinte des cibles mondiales de 95-95-95 au Canada et les meilleures manières de mettre en œuvre l’accès gratuit.
La revue s’est penchée sur l’impact potentiel de l’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux sur certains résultats liés au traitement et à la prévention du VIH, mais n’a pas fourni de chiffres généraux pour quantifier l’ampleur de toute association observée ni examiné les résultats dans des populations distinctes. De nouvelles études pourraient nous permettre de mieux comprendre l’ampleur dans laquelle l’accès gratuit aux médicaments antirétroviraux influe sur différents résultats liés au traitement et à la prévention du VIH, et de déterminer s’il y a des différences entre les populations.
Qu’est-ce qu’une revue systématique?
Les revues systématiques sont des outils importants pour orienter l’élaboration de programmes fondés sur des données probantes. Une revue systématique est un résumé critique des données probantes disponibles sur un sujet particulier. Elle utilise un processus rigoureux pour cibler toutes les études associées à une question de recherche précise. Les études pertinentes peuvent ensuite être évaluées pour en déterminer la qualité et leurs résultats sont résumés pour présenter les principales conclusions et limites. Si les études au sein d’une revue systématique contiennent des données numériques, ces données peuvent être combinées de manières stratégiques pour calculer des estimations globales (« groupées »). La combinaison de données pour produire des estimations groupées peut donner une meilleure vue d’ensemble du sujet étudié. Le processus d’estimations groupées de différentes études est appelé méta-analyse.
Références
- Mate KKV, Engler K, Lessard D et al. Barriers to adherence to antiretroviral therapy: identifying priority areas for people with HIV and healthcare professionals. International Journal of STD and AIDS. 2023 Sep;34(10):677-86. Disponible au : https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/09564624231169329
- Sang JM, McAllister K, Wang L et al. Examining provincial PrEP coverage and characterizing PrEP awareness and use among gay, bisexual and other men who have sex with men in Vancouver, Toronto and Montreal, 2017-2020. Journal of the International AIDS Society. 2022 Oct;25(10):e26017. Disponible au : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/jia2.26017
- Doutre M, Godin MP, Dmitriev I et al. Free antiretrovirals as a key tool against the HIV pandemic: a systematic review. HIV Medicine. 2025;26(9):1329-42. Disponible au : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/hiv.70051
- Yoong D, Bayoumi AM, Robinson L et al. Public prescription drug plan coverage for antiretrovirals and the potential cost to people living with HIV in Canada: a descriptive study. CMAJ Open. 2018;6(4):E551-60. Disponible au : https://www.cmajopen.ca/content/6/4/E551.long
À propos de l'autrice
Erica Lee est gestionnaire, Contenu du site Web et évaluation chez CATIE. Depuis l’obtention de sa maîtrise en sciences de l’information, Erica a travaillé dans le domaine des bibliothèques de la santé, soutenant les besoins en information des prestataires de services de première ligne et les utilisateur·trice·s de services. Avant de se joindre à CATIE, Erica était la bibliothécaire de l’organisme AIDS Committee of Toronto (ACT).