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Des études ont permis de cerner les diverses raisons qui poussent les gens à s’adonner au chemsex, de même que les avantages et les méfaits qui y sont associés, entre autres les comportements sexuels risqués, les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) et les effets sur la santé mentale. Cependant, le lien spécifique entre le chemsex et le risque de surdose mortelle reste moins bien compris. Cet article présente un résumé des principales conclusions d’un article de perspective récemment publié1 qui porte sur les données probantes concernant l’association entre les pratiques de chemsex et les risques de surdose chez les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (hommes gbHARSAH). L’article de perspective met également en lumière des lacunes importantes en matière de connaissances sur ce sujet et présente des interventions de réduction des méfaits à l’intention des prestataires de services. 

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Qu’est-ce que le chemsex?

Le chemsex (également appelé party and play ou PnP) désigne l’utilisation de substances psychoactives pendant les activités sexuelles, principalement chez les hommes gbHARSAH. Les substances spécifiquement utilisées, les activités sexuelles pratiquées et les raisons de la participation peuvent varier en fonction du lieu, du contexte et des individus concernés. On peut s’adonner au chemsex pour rehausser les sentiments d’intimité ou de rapprochement, la libido, l’excitation sexuelle, la confiance en soi, la désinhibition ou l’endurance. Bien qu’il n’y ait pas de consensus concernant les drogues utilisées dans le cadre du chemsex, les auteurs signalent que la méthamphétamine, le gamma-hydroxybutyrate/la gamma-butyrolactone (GHB/GBL) et les cathinones synthétiques sont les substances dont les participants déclarent le plus souvent faire usage pendant cette activité.

Quels types d’études de recherche sont inclus dans cet article de perspective? 

L’article de perspective présente une synthèse des données actuelles concernant le risque de surdose chez les hommes gbHARSAH qui pratiquent le chemsex.  

Quel est le risque de surdose associé au chemsex?

Les auteurs de l’article indiquent qu’il existe un lien possible entre le chemsex et les risques de surdose et que les hommes gbHARSAH sont peut-être exposés à des risques de surdose particuliers et possiblement plus élevés. 

Les données concernant le nombre de surdoses chez les hommes gbHARSAH qui s’adonnent au chemsex font défaut, notamment parce que la consignation systématique est limitée. La stigmatisation peut empêcher les hommes de révéler qu’ils pratiquent le chemsex, et les prestataires de soins de santé ne posent pas toujours de questions à ce sujet. En outre, la toxicologie médico-légale permet seulement de déceler les substances présentes dans l’organisme au moment du décès, de sorte que la question de savoir si le chemsex était en cause repose souvent sur les déclarations des témoins ou d’autres éléments contextuels. Par conséquent, il n’existe pas encore de données nationales concernant les décès liés aux surdoses ou à la toxicité des drogues chez les hommes gbHARSAH qui s’adonnent au chemsex.

Toutefois, l’absence de données de surveillance ne signifie pas que le risque est inexistant. Au contraire, un éventail de données existantes permet d’établir que le risque de surdose peut être élevé dans ce contexte.

Des études ont permis de constater que les taux d’utilisation de substances illicites sont plus élevés chez les hommes gbHARSAH que dans les autres groupes. Outre le fait que les hommes gbHARSAH sont plus susceptibles de faire usage de substances illicites, on estime que près d’un quart des hommes gbHARSAH dans le monde s’adonnent à une utilisation de substances à caractère sexuel. 

Au Canada, les taux plus élevés d’usage de substances chez les hommes gbHARSAH s’inscrivent dans le contexte de la crise actuelle des surdoses liées aux drogues, la fluctuation permanente de l’approvisionnement en drogues ayant eu pour effet d’accroître le risque d’issues fatales. Depuis 2016, des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie en raison de la toxicité d’une substance au Canada. Bien qu’il n’existe pas de données nationales concernant les décès liés aux surdoses chez les hommes gbHARSAH en particulier, il ressort des données disponibles que les décès imputables aux surdoses chez les hommes en général sont à la hausse. Ainsi, en Colombie-Britannique, le taux de décès consécutifs à une surdose chez les hommes est passé de 33,1 pour 100 000 personnes en 2016 à 70,3 en 2022.

La méthamphétamine et le GHB, des drogues couramment utilisées dans le cadre du chemsex, comportent tous deux des risques de surdose spécifiques et parfois mortels. Au Canada, on a recensé 3 479 décès apparents attribuables à une surdose de stimulants entre 2018 et 2023, et aux États-Unis, les décès liés à une surdose de stimulants autres que la cocaïne (principalement la méthamphétamine) ont augmenté de 180 % entre 2013 et 2019. Le GHB combiné à la GBL comporte un risque avéré de surdose, car la fenêtre posologique séparant les effets recherchés des effets toxiques est étroite. 

La hausse récente des stimulants contenant de manière inattendue du fentanyl fait courir un risque supplémentaire de surdose aux personnes qui pratiquent le chemsex et utilisent de la méthamphétamine. En 2018-2019, le Service d’analyse des drogues de Santé Canada a détecté du fentanyl ou des analogues de cette substance dans pas moins de 3 % des échantillons de stimulants prélevés à l’échelle nationale. En Colombie-Britannique, ce chiffre a atteint 10 %. L’utilisation signalée de la méthamphétamine dans le cadre du chemsex, combinée à la probabilité accrue de présence inattendue de fentanyl dans les stimulants, crée un risque de surdose lié à l’usage de drogues chez les hommes gbHARSAH qui pratiquent cette activité. En effet, les personnes qui s’adonnent au chemsex peuvent s’exposer à un risque accru de surdose en absorbant des opioïdes à leur insu, surtout si elles tolèrent mal ces substances. Des prises successives peuvent donner lieu à des expositions à de faibles quantités de fentanyl qui se cumulent et font augmenter progressivement le risque de surdose. En outre, les individus qui ne connaissent pas forcément les effets des opioïdes sont moins susceptibles de reconnaître rapidement une surdose d’opioïdes et d’y faire face, par exemple en administrant de la naloxone. 

Le risque de surdose peut être accru par des facteurs individuels. Les pratiques d’un individu, par exemple en matière de doses et de fréquence d’utilisation, se conjuguent avec certains facteurs physiologiques, notamment son niveau de tolérance et ses problèmes de santé sous-jacents. Certaines pratiques de chemsex peuvent encore accroître le risque de surdose. Par exemple, il est courant que le chemsex donne lieu à des prises multiples au cours de séances prolongées, ce qui peut accroître le risque de surdose si la vigilance n’est pas suffisante. Une autre pratique susceptible d’accroître le risque de surdose consiste à mélanger plusieurs substances au cours d’une séance. Par exemple, la combinaison du GHB et de la GBL avec d’autres drogues à effet dépresseur, telles que l’alcool ou le fentanyl, peut faire fortement augmenter le risque de surdose.

Quelles sont les leçons à tirer pour les prestataires de services?

L’article de perspective met en évidence les risques de surdose auxquels s’exposent les hommes gbHARSAH qui pratiquent le chemsex. Ces risques varient en fonction des pratiques et des connaissances des individus. Les prestataires de services qui interviennent auprès des hommes gbHARSAH pratiquant le chemsex sont bien placés pour intégrer des connaissances en matière de réduction des méfaits aux messages relatifs à la prévention des ITSS et à d’autres aspects de la santé sexuelle. Ces messages peuvent porter sur les pratiques d’utilisation à moindres risques des drogues (p. ex. prise de doses plus sûres de GHB), sur les méfaits liés au mélange de substances et sur les moyens de reconnaître les surdoses et d’y faire face. Il s’agirait, par exemple, de savoir à quoi ressemblent les surdoses liées à différentes substances et comment administrer de la naloxone et réagir aux différents types de surdose. Les prestataires de services devraient envisager des interventions classiques telles que la distribution de matériel destiné à l’usage de drogues à moindres risques, la sensibilisation à l’usage de substances à moindres risques, et le dépistage du VIH, de l’hépatite C et d’autres ITSS. Les prestataires de services doivent également connaître les programmes de santé et de traitement de l’usage de substances mis en œuvre par les hommes gbHARSAH, ainsi que les interventions psychosociales adaptées aux hommes gbHARSAH qui s’adonnent au chemsex

Qu’est-ce qu’un article de perspective?

Les articles de perspectives sont des articles de synthèse publiés visant à attirer l’attention sur de nouvelles données ou de nouveaux sujets importants. Ils peuvent consister à présenter une nouvelle hypothèse ou à proposer d’autres interprétations de travaux existants. Les articles de perspectives peuvent porter sur les applications possibles de nouvelles découvertes. Le type de données présentées dans les articles de perspectives peut varier; ces articles constituent généralement une synthèse des connaissances disponibles sur un sujet ou une question donnée2

Références

  1. Duailibe F, Hull M, Montaner J et al. Overdose risk in the context of chemsex among gay, bisexual, and other men who have sex with men. Harm Reduction Journal. 2026;23:50. Disponible au https://doi.org/10.1186/s12954-026-01410-4
  2. Perspective submission guidelines. Harm Reduction Journal. Disponible au https://link.springer.com/journal/12954/submission-guidelines/opinion

La production de cet article a été rendue possible grâce à un financement sous forme de contribution du Programme de Santé Canada sur l’usage et les dépendances aux substances (PUDS). Les opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement le point de vue de Santé Canada.

À propos de l’auteur

Caleb Chepesiuk occupe le poste de spécialiste en connaissances, programmation de la réduction des méfaits chez CATIE. Il détient une maîtrise ès arts en études juridiques et, auparavant, Caleb a travaillé dans le domaine de la prestation de services en réduction des méfaits.