Point de mire sur la prévention

Printemps 2016 

Points de vue des premières lignes : Les connaissances des hommes gais concernant les nouvelles stratégies de prévention

Nous nous sommes entretenus avec trois fournisseurs de services pour connaître leurs points de vue et leurs approches relativement aux enjeux quand vient le temps de parler aux hommes gais des nouvelles stratégies de prévention :

  • Brook Biggin, animateur communautaire en éducation, HIV Edmonton, Edmonton, Alberta
  • Phillip Banks, directeur général, Peel HIV/AIDS Network (PHAN), Brampton, Ontario
  • Chris Aucoin, coordonnateur pour la santé des hommes gais, AIDS Coalition of Nova Scotia, Halifax, Nouvelle-Écosse

Brook Biggin

Est-ce que les hommes gais avec lesquels vous travaillez possèdent différents niveaux de connaissances et de sensibilisation concernant les nouvelles stratégies de prévention? Veuillez expliquer. Comment personnalisez-vous vos messages aux hommes ayant différents niveaux de connaissances et de sensibilisation?

Bien sûr! Oui, les hommes gais possèdent différents niveaux de connaissances concernant les nouvelles stratégies de prévention. Comme toute autre chose. Par exemple, je lis tous les jours le Huffington Post, donc je suis assez bien informé (et pas assez objectif) quant aux divers événements qui se passent dans le monde (ha!, ha!). Par contre, je n’ai aucune idée de qui a gagné la partie des Oiler hier soir. C’est la même chose pour la prévention du VIH. Certains gars s’y intéressent naturellement, donc ils s’informent sur la PrEP et sur ce que cela signifie d’avoir une charge virale indétectable. Tandis que d’autres lisent d’autres choses complètement différentes ou ne lisent pas du tout parce qu’ils n’aiment pas ça. On doit vraiment évaluer où se situent les personnes ou certains groupes de la communauté en ce qui concerne leur compréhension et les rejoindre là où ils se trouvent.

De plus, je ne traite pas les membres de ma communauté comme si la seule chose qu’ils pouvaient comprendre est un énoncé d’une phrase sur l’efficacité de la PrEP ou sur le traitement comme outil de prévention. D’ailleurs, si on fait juste ça, on leur donne alors des informations incomplètes et inadéquates pour prendre des décisions par rapport aux relations sexuelles plus sécuritaires. Plusieurs des gars que nous servons sont assez intelligents. J’ai déjà pris une bière avec des gars qui analysaient l’étude Partner. Récemment, j’ai affiché sur ma page Facebook une publication de 1 500 mots au sujet de la PrEP en réponse à un article de la CBC. Cette publication rassemblait de l’information provenant de différentes études se penchant non seulement sur l’efficacité, mais elle déboulonnait aussi des mythes au sujet de la compensation du risque et des effets secondaires. Pour Facebook, c’est comme si c’était un livre, mais beaucoup de gars veulent plus d’information que ce qu’on leur propose. De nombreux gars de la région ont commenté cette publication! Ça, c’est de l’éducation! Grâce à cette publication, ils possèdent maintenant de l’information adéquate pour déterminer s'ils sont à l’aise à prendre telle ou telle décision, plutôt que de se fier à des énoncés, comme « risque faible, mais pas sans risque » que nous, en tant que fournisseurs de services, aimons si souvent utiliser. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire pour moi en tant que gars qui essaie de gérer ma vie sexuelle dans un monde où le VIH est une réalité?!

Comment avez-vous ou comment votre organisme a-t-il intégré ces nouvelles connaissances en matière de prévention du VIH dans vos programmes avec les hommes gais? Les hommes gais sont-ils réceptifs à cette information? Veuillez expliquer.

Vous savez, je ne suis pas certain d’avoir une bonne réponse pour vous. Même si je suis un gars gai séropo qui est depuis des années bien intégré dans la communauté, je travaille dans ce domaine depuis seulement 11 mois. Lorsque j’ai commencé, ces progrès s'étaient déjà réalisés! Ce n’est pas comme si j’avais déjà misé sur un cheval de course et que tout d’un coup la PrEP faisait son apparition et bousculait mon principal message, soit que : « les condoms sont la seule façon de se protéger ». Lorsque j’ai accepté ce rôle, la PrEP et le traitement comme outil de prévention existaient déjà. Nous savions déjà qu’ils étaient efficaces. Je pense que si quelqu’un pense autrement, il y a vraiment un manque d’éducation ou un manque d’objectivité personnelle. Ça revient à dire : « Vous avez le droit d’avoir votre propre opinion, mais n'avancez rien ». Donc, vous ne pouvez pas offrir de l’éducation sur la santé sexuelle aux hommes gais sans inclure de l’information au sujet de la PrEP et du traitement comme outil de prévention. Leur efficacité est un fait prouvé.

Cependant, la façon dont nous intégrons ces connaissances dans les programmes est un produit de la façon dont nous structurons notre travail. Je suis ici pour voir ma communauté prospérer. Du point de vue de la santé sexuelle, cela signifie que je dois m’assurer que les gars que je sers, qu’ils soient séropositifs ou séronégatifs, peuvent avoir une vie sexuelle satisfaisante, c’est-à-dire, avoir les relations sexuelles qu’ils souhaitent avoir. Cela diffère d’une personne à l’autre. C’est donc qu’il faut que j’essaie de comprendre les besoins spécifiques d’une personne et l’aider à choisir les options de prévention qui lui conviennent le mieux. Ce n’est vraiment pas à moi d’imposer un ordre du jour à quelqu’un.

Avez-vous l’impression que nous sommes maintenant bien placés pour donner des réponses définitives aux hommes gais au sujet de l’efficacité des nouvelles stratégies de prévention ou que davantage de recherches sont encore nécessaires? Veuillez expliquer.

Oui. Je ne crois pas qu’il y ait le moindre doute que la PrEP et que le traitement comme outil de prévention ne sont pas efficaces. De plus, nous avons vu ce message dans les énoncés de prévention de CATIE! Vous avez mentionné que les condoms, le traitement comme outil de prévention et la PrEP, lorsqu’utilisés comme prévu, réduisaient tous la transmission du VIH par voie sexuelle dans une proportion de 90 % ou davantage. Et, oui, nous savons tous qu’il y a des mises en garde, mais personnellement, ça ne me dérange pas de dire qu’une personne ayant une charge virale indétectable et qui prend ses médicaments ne transmettra pas le VIH. Je n’ai absolument aucun problème à dire qu’un gars séronégatif respectant sa combinaison quotidienne de médicaments pour la PrEP ne contractera pas le VIH. Et du point de vue professionnel, ces déclarations  ne changeront pas beaucoup. Les tensions proviennent toutefois du fait que de nombreuses personnes travaillant dans le domaine de la santé des hommes gais œuvrent au sein d’organismes de lutte contre le sida qui accueillent la population générale et qui existent au sein d’un monde plus vaste de prévention du VIH. Par conséquent, tout comme le Projet Résonance mentionne que les hommes gais ont tendance à adopter de façon plus précoce la nouvelle information concernant la prévention du VIH, j’ai également l’impression que les hommes gais qui travaillent dans le domaine de la santé des hommes gais et qui comprennent les besoins de leur communauté ― d’après ceux avec qui j’ai discuté ― sont aussi plus enclins à prendre une position plus audacieuse par rapport aux nouveaux progrès en matière de prévention, comme la PrEP et le traitement comme outil de prévention. Les messages destinés à la population générale ne fonctionnent pas toujours pour la réalité des hommes gais. Nous pouvons être plus définitifs ― ce qui permet aux gars d’avoir les relations sexuelles que nous souhaitons avoir, et pour certains, cela signifie des relations sans condom.

Quels sont les défis pour rester à jour des derniers progrès en matière de nouvelles stratégies de prévention? Avez-vous des suggestions pour ceux qui ont de la difficulté?

Je n’ai pas vraiment de problèmes à rester à jour et ce, pour certaines raisons. D’abord, lorsque j’ai commencé dans ce rôle, j’ai probablement passé au moins deux semaines complètes à consulter des bases de données en ligne recherchant tout ce que je pouvais trouver au sujet de la PrEP et du traitement comme outil de prévention. Je me suis rendu compte à quel point ces stratégies changeaient la donne, qu'on en parlait dans d’autres centres importants et que ce n’était qu’une question de temps avant qu’elles ne deviennent le point de mire de la discussion chez nous, à Edmonton au sujet de la santé sexuelle des hommes queer. D’ailleurs, la première présentation que j’ai élaborée chez HIV Edmonton était une présentation de 75 minutes portant sur les progrès en matière de technologies en prévention. Donc, vu que j'ai déjà établi une base solide, lorsque quelque chose de nouveau apparaît, je peux simplement le classer dans une pile d’information existante.

Cela étant dit, il y a des inquiétudes quant à la capacité ― ma capacité et la capacité de mon organisme ― à combler les besoins des hommes gais et à rester à jour. Je suis le seul employé chez HIV Edmonton dont le travail se concentre sur les hommes gais, bisexuels et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Il y a environ un million d’habitants à Edmonton. Oui, nous sommes plus petits que Vancouver, Toronto et Montréal, mais lorsque vous comparez le nombre de personnes et d’organismes œuvrant auprès des hommes gais dans ces plus grands centres, non seulement nous nous faisons avoir si on se fie purement aux chiffres, mais encore plus si on regarde le ratio par personne! Alors, si durant deux semaines je suis débordé par mes recherches sur les technologies en prévention, comme je l’étais lorsque j’ai commencé ici, ce sont deux semaines durant lesquelles je ne fais rien d’autre, des choses qui sont aussi absolument nécessaires. Il n’y a personne d’autre avec qui diviser le travail. Donc, je dois établir des priorités et ça veut souvent dire qu’il faut que je me concentre sur un besoin et que je remette un autre à plus tard. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est nécessaire.

C’est pourquoi, en tant que mouvement national pour la santé des hommes gais, nous devons vraiment aborder les disparités régionales, surtout en ce qui concerne l’échange des connaissances. Il y a des gars travaillant dans ce domaine qui peuvent citer de mémoire des chiffres provenant de sept ou huit études différentes au sujet de la PrEP et du traitement comme outil de prévention ― je le sais parce que j’en connais plusieurs et que je suis l’un d’eux. Mais si ces personnes existent, il n’y a aucune raison pour qu’un gars qui travaille au beau milieu de la Saskatchewan ou du Yukon ou ailleurs doive passer deux semaines à essayer de rassembler de l’information aux dépens de toutes les autres choses qu’il doit faire pour aider sa communauté. Nous pouvons faire mieux que ça. Nous devons faire mieux que ça!

Phillip Banks

Est-ce que les hommes gais avec lesquels vous travaillez possèdent différents niveaux de connaissances et de sensibilisation concernant les nouvelles stratégies de prévention? Veuillez expliquer. Comment personnalisez-vous vos messages aux hommes ayant différents niveaux de connaissances et de sensibilisation?

Oui, mais je pense d’abord qu’il est important de donner le contexte de l’endroit où je travaille. Peel HIV/AIDS Network se situe dans la vaste région du comté de Peel, dans le sud de l’Ontario, où nous desservons plusieurs municipalités (Mississauga, Brampton et Caledon) ne bénéficiant de presque aucun service pour les LGBTQ. Au PHAN, un employé se consacre aux hommes gais, bisexuels et aux hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes de toute la région. C’est beaucoup de travail ― il y a 1,4 million d’habitants dans notre région ― avec bien peu de ressources.

Étant donné le manque de services et d’espaces communautaires pour les hommes gais dans notre région, la plupart des rencontres entre hommes gais et bisexuels se font en ligne et c’est aussi surtout là que nous les rejoignons.

Cela étant donc dit, oui, il ne fait aucun doute que les hommes avec qui nous travaillons possèdent différents niveaux de connaissances. De la sensibilisation au VIH en général à la sensibilisation aux stratégies de prévention, il y a définitivement un large éventail de connaissances. Je pense que beaucoup de gars parlent du sérotriage et du séropositionnement dans des groupes de rencontre en ligne, mais pour les stratégies de prévention plus récentes, comme la PrEP et le traitement comme outil de prévention, il y a beaucoup moins de sensibilisation. Cela dit, nous avons le sentiment que les connaissances se développent.

Lorsque nous faisons de la sensibilisation en ligne sur les sites de rencontre, si on nous pose des questions concernant les stratégies de prévention plus récentes, elles ont tendance à porter sur ce que certains hommes voient sur les profils d’autres gars au sujet des nouvelles stratégies de prévention. Les hommes nous demandent des choses comme : « Qu’est-ce que ça signifie "être sur la PrEP"? » ou « Qu’est-ce que signifie le terme "indétectable"? » parce que certains gars qui en savent plus publient ces choses sur leur profil. Donc, les mots commencent à se propager, mais les connaissances concrètes ne sont pas aussi à jour. Généralement, et évidemment il y a certaines exceptions, les gars séropos semblent posséder un niveau supérieur de connaissances sur les nouvelles stratégies de prévention comparativement aux gars séronégatifs.

Mais honnêtement, les questions au sujet de la PrEP, du traitement comme outil de prévention ou de la charge virale ne sont pas les questions qui nous sont le plus fréquemment posées lorsque nous faisons de la sensibilisation en ligne. La plupart de nos conversations en ligne avec les gars sont beaucoup plus élémentaires ― comment se transmet le VIH, où se faire tester, ce genre de choses. Nous n’entretenons généralement pas de conversations très élaborées sur la PrEP ou d’autres nouvelles approches de prévention. Par exemple, les gens pourraient nous demander ce qu’est la PrEP, mais on nous demande rarement où la trouver ou des données probantes à ce sujet. Les hommes ne sont tout simplement pas rendus là dans notre région.

Nous répondons donc avec des messages appropriés, selon les questions posées. Nous comptons sur d’autres groupes, comme l’Alliance pour la santé sexuelle des hommes gais de l’Ontario (GMSH), qui élabore des messages et des campagnes à l’intention des hommes gais que nous aidons à distribuer dans notre région, et sur CATIE, pour aider à aiguiller les personnes vers d’autres sources afin d’en apprendre davantage sur les nouvelles stratégies de prévention du VIH. Nos messages ne sont pas nuancés.

Comment avez-vous ou comment votre organisme a-t-il intégré ces nouvelles connaissances en matière de prévention du VIH dans vos programmes avec les hommes gais? Les hommes gais sont-ils réceptifs à cette information? Veuillez expliquer.

Le PHAN a travaillé d’arrache-pied pour intégrer les nouvelles stratégies de prévention dans notre travail, mais tout ça est relativement nouveau. Peut-être, comme d’autres organismes, que nous avons passé beaucoup de temps à préparer les bases pour l’intégration, et que nous n’avons pas encore intégré activement les connaissances dans les programmes en tant que tels.

Au cours des six derniers mois, nous nous sommes efforcés d’obtenir une position de notre conseil d’administration sur le traitement comme outil de prévention/sur la charge virale et la transmission ainsi que sur la PrEP. Selon nous, les sentiments étaient très partagés quant au fait que notre organisme prenne position sur ces sujets, car nous n’étions pas sûrs qu’il n’y avait aucun risque de transmission avec ces nouvelles stratégies. Le conseil d’administration a, par exemple, eu à poser des questions difficiles au sujet des risques pour l’organisme (en termes de responsabilités) si ce dernier diffusait des messages sur les nouvelles stratégies de prévention quand on se posait encore des questions sur l'aspect scientifique.

Nous avons également dû régler des questions liées aux valeurs face aux nouvelles stratégies de prévention, comme la PrEP ou le traitement comme outil de prévention. Par exemple, certaines personnes qui font partie du mouvement depuis longtemps se sont inquiétées que le fait d’adopter les nouvelles stratégies signifiait de laisser tomber les condoms. Cependant, je pense que plus récemment, au plan opérationnel, nous avons été capables d’adopter une position scientifique plus définitive quant au traitement comme outil de prévention et à la PrEP. Nous souhaitons toujours obtenir un appui solide de la part du conseil d’administration, mais je comprends que cela prend du temps. L’appui du conseil d’administration à l’égard des nouvelles stratégies aidera également à instaurer une plus grande confiance au sein du personnel, qui a aussi eu de la difficulté avec ce changement en faveur des nouvelles approches. De plus, nous avons invité un consultant à offrir une séance d’information sur les nouvelles stratégies, sur les données probantes qui les justifient et sur les répercussions qu’elles pourraient avoir sur notre travail et cela a semblé aider.

En ce qui a trait à notre organisme, nous avons eu à nous pencher sur des questions importantes concernant les nouvelles stratégies, à savoir : « Sont-elles réservées aux hommes gais? » et « Est-ce qu’elles bénéficieront vraiment aux personnes séropositives? » Il est très important de poser ces questions et d’avoir ces conversations et elles prennent du temps. C’est d’ailleurs sur ces dernières que nous nous concentrons.

Alors, avons-nous intégré ces nouvelles connaissances sur la prévention du VIH dans nos programmes avec les hommes gais (ou toute autre personne)? La réponse est : « pas tout à fait », mais nous sommes sur le point de le faire. Nous serons très bientôt assez à l’aise, d’un point de vue collectif et individuel, avec ces stratégies pour commencer à élaborer nos messages et à travailler avec d’autres personnes, comme avec les médecins, afin de transmettre l’information les concernant. Nous avons parlé de nous associer avec la santé publique afin de développer une formation médicale continue et accréditée sur la PrEP à l’intention des médecins.

Il est aussi très important de souligner que, pour notre organisme qui travaille dans cette région, ces connaissances ne sont pas seulement pertinentes aux hommes gais. Il est important de réfléchir à la façon d’intégrer ces connaissances dans tous les aspects de notre travail.

Avez-vous l’impression que nous sommes maintenant bien placés pour donner des réponses définitives aux hommes gais au sujet de l’efficacité des nouvelles stratégies de prévention ou que davantage de recherches sont encore nécessaires? Veuillez expliquer.

Oh! oui, absolument. J’ai l’impression que maintenant, bien plus qu’il y a un an, nous avons acquis beaucoup de confiance grâce aux nombreuses conclusions d’études et à l’acceptation au sein de la communauté scientifique. Ça nous aide vraiment. Il me semble que les personnes, comme moi, de la communauté qui veulent faire avancer les choses à l’aide de nouvelles approches ne sont plus aux antipodes des positions des organismes de financement, par exemple. Il me semble que nous sommes tous sur la même longueur d’onde. La position est plus unifiée, même au sein de la communauté de militants. Les personnes séropositives et séronégatives de la communauté de militants gais semblent s’entendre. Une vague de fond a aidé les organismes comme le mien à découvrir qu’il existe des sources fiables pour obtenir ce genre d’information. Et quand des organismes comme CATIE prennent enfin position, eh bien, ça veut tout dire. De nombreux organismes et de nombreuses personnes qui s’abstenaient auparavant de prendre position ou qui ne voulaient pas s’engager changent d'idée, donc, oui, nous sommes bien placés pour donner des réponses définitives.

En tant que mouvement, je m’inquiète du fait que le secteur du VIH, qui est un mouvement de santé publique financé, sera considéré comme nous ayant ralenti. Pour le PHAN, nous devons relever le défi de consacrer des ressources spécifiques axées sur les nouvelles approches de prévention afin de rejoindre les hommes gais et bisexuels de notre région, disons, afin de créer quelque chose de ciblé en termes de contenu et de dirigé en termes de public. Notre public est très vaste (et comme je l’ai mentionné, les hommes gais ne sont pas notre seule population). Mais collectivement, nous prenons le temps nécessaire pour répondre à cet enjeu et oui, on se doit d’être prudents, mais nous savons maintenant que nous pouvons donner des réponses définitives; nous avons beaucoup de retard que nous devons rattraper. Les organismes comme Health Initiative for Men ont pris une bonne longueur d’avance pour rallier les organismes de partout au pays pour la défense des stratégies de prévention, comme réclamer que Gilead soumette sa demande à Santé Canada pour approuver Truvada à titre de PrEP, mais parce que la PrEP était considérée comme plus utile pour les hommes gais seulement, les organismes qui œuvraient auprès d’un public très diversifié, ou pour qui les hommes gais n’étaient pas la seule priorité, ne reconnaissaient pas nécessairement l’importance que ces nouvelles stratégies avaient pour eux. C’est grâce aux organismes qui avaient les hommes gais en priorité que le retard a été comblé et nous n’avons eu qu’à suivre.

En tant que secteur, nous devons relever le défi de progresser sur des aspects que nous ne voyons pas comme étant applicables à toutes les populations que nous servons. Parfois, on considère que ces nouvelles stratégies ne sont que pour les hommes gais, mais nous devons unir nos forces pour qu’elles soient offertes à tous. Tant et aussi longtemps que nous n’unirons pas nos forces pour plaider en faveur de toutes les populations que nous servons, cela demeurera injuste.

Quels sont les défis pour rester à jour des derniers progrès en matière de nouvelles stratégies de prévention? Avez-vous des suggestions pour ceux qui ont de la difficulté?

Il y a bien des façons de rester à jour. L’organisme GMSH y a joué un rôle pour les organismes et les programmes à l’intention des hommes gais de l’Ontario. Il a donné différentes présentations lors de son symposium sur les nouvelles stratégies de prévention. L’organisme Opening Doors a également donné une présentation sur la PrEP, et il y a eu un événement de café scientifique sur les nouvelles stratégies avant le Colloque de CATIE. Les conférenciers de ces événements ont tendance à être connus et on a tendance à leur faire confiance. J’encourage mon personnel à y assister et j’y participe aussi.

Certains d’entre nous suivent également ces conversations, tant pour leur apport personnel que professionnel. Nous consultons aussi différents sites Web pour obtenir de l’ information. Il y a des discussions dans les médias sociaux, des discussions avec des personnes sur la PrEP, des examens critiques du traitement comme outil de prévention ainsi que d’autres discussions. Ces sujets ont généré un nombre incalculable de conversations. Nous cherchons activement cette information auprès de CATIE et de positivelite.com.

Chris Aucoin

Est-ce que les hommes gais avec lesquels vous travaillez possèdent différents niveaux de connaissances et de sensibilisation concernant les nouvelles stratégies de prévention? Veuillez expliquer. Comment personnalisez-vous vos messages aux hommes ayant différents niveaux de connaissances et de sensibilisation?

Oh! Tout à fait. Les gars avec qui nous travaillons possèdent un large éventail de connaissances au sujet des nouvelles stratégies de prévention. Nous nous assurons d’aborder les différents niveaux de connaissances qu’ont les personnes en offrant divers degrés de détails au sujet de ces stratégies de prévention. Notre objectif est de rendre cette information aussi accessible que possible à autant de personnes que possible, alors nous faisons [de l’éducation en ligne et en personne et nous diffusons de l’information] en utilisant une « approche pyramidale ». Ce qui veut dire que cette information est organisée et diffusée par couches et de façon consciente. Par exemple, dans notre liste de vérification en ligne pour la santé sexuelle Check Me Out, qui est une campagne à l’intention des hommes gais et bisexuels, nous nous concentrons sur une grande quantité d’informations dont traite l’article du Projet Résonance. Nous avons toutefois organisé l’information de façon à ce que les hommes puissent d’abord accéder au « message de base » que nous essayons de transmettre au sujet de la prévention du VIH ou des ITS, et d’en rester là. Cependant, pour les hommes qui veulent explorer l’information de façon plus détaillée, ces derniers peuvent continuer à fouiller et découvrir de plus en plus de couches d’information, et donc, de plus en plus de nuances. Ils peuvent décider en tout temps d’abandonner, mais le message de base (ou davantage!) a été transmis. Nous avons organisé l’information afin de permettre aux personnes, si cela les intéresse et si elles en ont la capacité, d’obtenir de plus en plus de détails sur le sujet de la santé sexuelle, mais ce n’est pas nécessaire pour faire passer le message de base. Par exemple, si un gars veut savoir pourquoi nous disons que certaines approches de prévention sont efficaces, il peut facilement fouiller un peu plus et le découvrir. Nous n’offrons plus de simples phrases toutes faites. Il ne faut pas que ça soit compliqué, mais on doit aussi permettre aux gars qui le souhaitent d’avoir accès à de l’information plus complexe.

Comment avez-vous ou comment votre organisme a-t-il intégré ces nouvelles connaissances en matière de prévention du VIH dans vos programmes avec les hommes gais? Les hommes gais sont-ils réceptifs à cette information? Veuillez expliquer.

J’essaie d’intégrer ces nouvelles connaissances en autant que possible dans tous les aspects de mes programmes avec les hommes gais. Je dois me tenir à jour sur les nouvelles connaissances en matière de prévention du VIH et être prêt à répondre à tout moment aux questions au sujet des nouvelles stratégies de prévention. Par exemple, la PrEP est sur le point de devenir le nouveau sujet en vogue des conversations en général, et ce sujet est certainement soulevé lorsque je fais de la sensibilisation en ligne. J’ai dû mettre à niveau mes connaissances sur l’efficacité de la PrEP, et sur l’infrastructure et les obstacles entourant l’accès à la PrEP en Nouvelle-Écosse. Je dois comprendre à quels obstacles font face les gars qui veulent avoir accès à la PrEP et savoir comment les surmonter. Parfois, « intégrer » ces connaissances dans mon travail s’avère être aussi simple que de constater qu’il y a un grand besoin pour de l’information ― quand un gars me pose une question ― ne pas connaître la réponse et devoir la chercher. Pour la PrEP, j’ai dû fouiller et trouver les réponses que les gars voulaient ― si elle fonctionne, où peut-on y avoir accès, ce genre de questions. Lorsque je fais de la sensibilisation en ligne, même si je veux mener la conversation, il arrive souvent que je réponde à des questions que les hommes se posent au sujet de ce qu’ils entendent concernant les nouvelles approches de prévention, alors on doit être bien préparé.

Même si j’essaie d’intégrer les connaissances sur les nouvelles stratégies de prévention dans tous les aspects de mon travail, je dois voir les données probantes. Les fournisseurs de services doivent prendre une décision en s’en remettant à leur jugement personnel quant au moment opportun pour commencer à parler de stratégies particulières de prévention. En outre, il est important que cela se fasse quand suffisamment de données probantes soutiennent une approche. Dans mon cas, je regarde toujours pour voir combien d’études ont été publiées sur une certaine approche (et quel genre), et si d’autres organismes en parlent. La PrEP est un excellent exemple : il existe des données probantes de recherche qui la soutiennent et des organismes comme CATIE et d’autres en parlent beaucoup. Au cours des 12 à 18 derniers mois, l’information sur la PrEP a vraiment commencé à être diffusée. Donc, même si en Nouvelle-Écosse l’infrastructure pour avoir accès à la PrEP n’existe pas encore, en tant que fournisseurs de services, nous devons demeurer au fait de cette information.

En termes de réceptivité, parce que nous répondons souvent aux questions des gars (plutôt que de mener la conversation), oui, en général, les hommes sont réceptifs à l’information. Il y a certainement un éventail de réceptivité, tout comme il y en a un pour le niveau de connaissances. J’ai souvent l’impression que les gars les moins réceptifs sont les gais plus âgés qui ont survécu à l’épidémie et qui pensent peut-être qu’ils savent tout ce qu’ils ont besoin de savoir ― ils ont arrêté d’écouter l’information sur les « nouvelles » stratégies de prévention il y a 20 ans. Cependant, en tant que fournisseur de services, je dois être prêt à répondre à toute personne, qu’elle m’approche pour obtenir des réponses ou que j’essaie d’offrir des connaissances actuelles. Cela nécessite de l’énergie et du temps. C’est un processus très nuancé et organique. Nous devons vraiment être à l’écoute pour savoir ce que les hommes nous demandent.

Avez-vous l’impression que nous sommes maintenant bien placés pour donner des réponses définitives aux hommes gais au sujet de l’efficacité des nouvelles stratégies de prévention ou que davantage de recherches sont encore nécessaires? Veuillez expliquer.

Dans une certaine mesure. Nous ne voulons pas transmettre de l’information qui ne soit pas très fiable, ce qui aurait d’énormes répercussions à la fois pour notre réputation en tant que fournisseurs de services et pour les risques que pourrait encourir cette personne. Nous devons nous assurer qu’il existe suffisamment de données probantes pour soutenir une approche. En tant que fournisseurs de services, nous devons servir d’une certaine façon de gardiens de cette information, et être capables de qualifier l’information avec toutes les mises en garde qui existent. Les données probantes derrière les nouvelles stratégies de prévention, comme la PrEP et la charge virale indétectable, ne sont pas toujours aussi simples et nous devons être capables d’expliquer les nuances quant à l’efficacité de ces nouvelles stratégies. Par exemple, quelques gars m’ont posé des questions sur l’indétectabilité, la charge virale et la transmission. La nuance que le terme « indétectable » n’est pas un insigne que vous portez à jamais, qu'il est variable et qu'il n’égale pas toujours zéro risque n’est pas souvent soulevée lors des conversations, sauf si j’en parle. C’est mon rôle d’aider les gars qui souhaitent davantage d’information à comprendre cela, à savoir que les ITS ou le rhume peuvent interférer avec cette désignation d’« indétectabilité » et les répercussions de cette désignation.

Est-ce que davantage de recherches sont nécessaires sur la PrEP et la charge virale indétectable? Oui, je pense que c’est nécessaire. Par exemple, il serait intéressant d’en apprendre davantage sur les différentes stratégies de posologie pour la PrEP. Je suis toujours à la recherche de recherches plus nuancées sur ces nouvelles stratégies. La recherche selon des populations spécifiques est très utile. 

Quels sont les défis pour rester à jour des derniers progrès en matière de nouvelles stratégies de prévention? Avez-vous des suggestions pour ceux qui ont de la difficulté?

C’est sans contredit un défi continuel. Au cours des dix dernières années, il y a eu tellement de recherches publiées qui ont modifié le portrait de la prévention; en tant que concepteur et fournisseur de programmes de première ligne, il est difficile de suivre le rythme. Cela nécessite assurément un certain niveau de connaissances dans le domaine de la santé et de la recherche afin d’être capable de trouver cette information, de l’absorber et de parvenir à l’incorporer à son travail. Selon moi, c’est l’un des défis les plus importants : avoir la capacité au sein de nos organismes communautaires de lire des travaux de recherche originaux ou de comprendre les répercussions d’un feuillet d’information de chez CATIE. Même si certaines personnes, comme moi, aiment aller directement à la recherche, ce n’est pas tout le monde qui en a la capacité, qui s’intéresse à cela ou qui a le temps. Toutefois, même pour les personnes qui n’ont pas la capacité de lire les travaux de recherche originaux, il est important de se servir d’organismes comme CATIE pour avoir accès à de l’information claire et fiable. Il est également utile de vérifier ce que font les autres fournisseurs et de tirer des leçons de leurs différentes approches. Ce sont les trois stratégies que j’emploie pour demeurer au fait. 

Faire ces trois choses nécessite par contre du temps! Je travaille pour un petit organisme de lutte contre le sida qui manque de ressources et mon poste est seulement financé à temps partiel. Habituellement, je suis très occupé. Pour rester à jour des dernières connaissances en matière de prévention du VIH, il faut du temps et c’est souvent une activité qui n’est pas financée ― je suis censé allouer mon temps aux programmes. Le temps que j’accorde à chercher et à lire des résumés de recherches est limité. Je me fie donc de plus en plus aux différents feuillets d’information et aux publications de CATIE pour avoir facilement accès à ces connaissances.

Si nous voulons faire un travail qui se fonde sur des données probantes, ce que l’on se doit de faire, il est essentiel que nous ayons accès à l’information la plus pertinente et la plus à jour possible. Les organismes comme CATIE sont essentiels, car ils comblent ce besoin. Il est tout aussi important d’avoir des occasions de partager des connaissances entre fournisseurs de services de première ligne pour la santé des hommes gais.

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