Point de mire sur la prévention

Automne 2018 

Mise à jour sur la recherche : Une étude canadienne montre des changements d’attitude à l’égard du traitement comme outil de prévention parmi les HARSAH séropositifs et séronégatifs

par Mallory Harrigan

La recherche biomédicale démontrant les bienfaits de la suivi d’un traitement du VIH afin de prévenir la transmission du VIH (communément appelé traitement comme prévention ou Tasp) s’est considérablement développée, depuis quelques années. Nous pouvons à présent dire avec confiance qu’une personne vivant avec le VIH qui suit un traitement antirétroviral (TAR) et qui maintient une charge virale indétectable ne peut pas transmettre le VIH à un partenaire sexuel. C’est une percée majeure dans le domaine du VIH, tant pour ses implications liées à la prévention que pour son potentiel d’atténuation de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH. Cependant, lorsqu’une telle innovation en matière de santé émerge, un certain temps peut s’écouler avant qu’elle arrive aux communautés les plus susceptibles d’en bénéficier. Puisque les hommes gais, bisexuels et hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HARSAH) représentent plus de la moitié du nombre de personnes vivant avec le VIH au Canada, cette communauté pourrait bénéficier de l’utilisation du traitement comme outil de prévention en tant que stratégie fortement efficace pour la prévention du VIH.

L’étude

Une étude intitulée Momentum Health Study a examiné les perceptions concernant le traitement comme prévention, chez 774 HARSAH de Vancouver (556 séronégatifs ou de statut VIH inconnu et 218 étaient séropositifs). De 2012 à 2016, l’étude a suivi l’évolution des croyances des participants concernant le traitement comme prévention. Le corpus de recherches sur le traitement comme prévention connaissait une croissance considérable pendant cette période : deux études majeures ont publié leurs résultats finaux en 2016.

Dans le cadre de l’étude Momentum, les participants ont rempli le même questionnaire d’enquête jusqu’à sept fois, à intervalles de six mois. Le questionnaire demandait aux participants :

  • s’ils avaient entendu parler du traitement comme prévention et s’ils croyaient qu’il était efficace
  • des renseignements démographiques et au sujet de leurs habitudes de vie
  • des renseignements au sujet de leurs pratiques sexuelles et de leur consommation de substances

Résultats

Sensibilisation et perceptions du traitement comme prévention

Chaque fois qu’un participant répondait au questionnaire, il était classé dans l’une de ces trois catégories, selon ses réponses à une série de questions sur le traitement comme prévention :

  • Pas au courant : il n’avait jamais entendu parler du traitement comme prévention
  • Sceptique : il avait entendu parler du traitement comme prévention, mais n’avait pas confiance qu’il soit efficace
  • Confiant : il croyait que le traitement comme prévention était efficace

Au début de l’étude, les hommes vivant avec le VIH étaient plus au courant du traitement comme prévention que les hommes séronégatifs. Lors de la première fois qu’ils ont répondu au questionnaire, 44 % des hommes vivant avec le VIH étaient confiants à l’égard de l’efficacité du traitement comme prévention, 22 % étaient sceptiques et 33 % n’en avaient pas entendu parler. Quant aux hommes ne vivant pas avec le VIH, lors de la première réponse qu’ils ont répondu au questionnaire, seulement 4 % étaient confiants à l’égard de l’efficacité du traitement comme prévention, 23 % étaient sceptiques et près des trois quarts d’entre eux (74 %) n’en avaient pas entendu parler.

Changements dans le temps

Les perceptions à l’égard du traitement comme prévention sont demeurées relativement stables au fil du temps, chez les hommes vivant avec le VIH. Au cours de l’étude, la proportion d’entre eux qui étaient confiants à l’égard du traitement comme prévention a augmenté légèrement (de 44 % à 53 %) et la proportion de ceux qui n’en avaient pas entendu parler a diminué légèrement (de 33 % à 29 %), tout comme la proportion de personnes sceptiques (de 22 % à 18 %). Ces changements n’étaient pas significatifs du point de vue statistique.

Cependant, les perceptions à l’égard du traitement comme prévention parmi les hommes séronégatifs ont évolué de façon marquée, au cours de l’étude. La proportion d’hommes séronégatifs confiants à l’égard du traitement comme prévention a connu une augmentation considérable, de 4 % à 15 %. La proportion d’hommes séronégatifs sceptiques quant à son efficacité est passée de 23 % à 52 %; et la proportion d’hommes séronégatifs n’en ayant pas entendu parler a diminué de 74 % à 33 %.

Implications pour les intervenants

Pendant toute la durée de l’étude, les participants séronégatifs croyaient moins que les participants séropositifs en l’efficacité du traitement comme prévention; la prise de conscience parmi les hommes séronégatifs a toutefois connu une augmentation au cours de l’étude. La progression plus lente de l’information chez les hommes séronégatifs donne à croire qu’il pourrait être particulièrement efficace d’orienter ces hommes vers des initiatives éducatives à propos du traitement comme prévention. Selon les auteurs, une sensibilisation accrue des hommes séronégatifs au sujet du traitement comme prévention aiderait à atténuer la stigmatisation et à remettre en question l’idée selon laquelle la responsabilité de la prévention du VIH appartient uniquement aux personnes vivant avec le VIH.

Plusieurs participants à cette étude – et en particulier des hommes séronégatifs – étaient au courant du traitement comme prévention, mais mettaient en doute l’efficacité de cette stratégie. On en déduit que le fait d’être au courant du traitement comme prévention ne signifie pas nécessairement que l’on croit en son efficacité. Il est certes important d’offrir de l’information sur le traitement comme prévention afin de rehausser les connaissances, mais les personnes chargées de l’élaboration de campagnes d’éducation pourraient également explorer des stratégies visant à accroître la confiance à l’égard du traitement en tant que stratégie efficace pour la prévention du VIH.

Référence

Card KG, Armstrong HL, Lachowsky NJ, et al. Belief in treatment as prevention and its relationship to HIV status and behavioral risk. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2018;77(1):8–16.

À propos de l’auteur

Mallory Harrigan est spécialiste en connaissances, Science biomédicale de la prévention chez CATIE. Elle détient une maîtrise en psychologie communautaire de l’Université Wilfrid Laurier.

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