Point de mire sur la prévention

Automne 2016 

Quelle est la prévalence de l’hépatite C parmi les hommes séropositifs gais, bi, bispirituels et hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes?

par Logan Broeckaert

L’hépatite C est un virus qui s’attaque au foie. Au Canada, l’hépatite C se transmet le plus couramment par le partage du matériel servant à l’injection de drogues. Toutefois, il s’est récemment produit une augmentation de la transmission sexuelle de l’hépatite C parmi les hommes gais, bi et hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) dans les pays à revenu élevé, et plus particulièrement parmi les hommes séropositifs.1,2

Cet article résume les résultats d’une revue systématique et méta-analyse3 qui a visé à estimer la prévalence (nombre total de personnes ayant un problème de santé particulier à un moment donné au sein d’une population définie) de l’hépatite C chronique parmi les HARSAH. Cet article résume les résultats d’une revue systématique qui a évalué l’emploi d’incitatifs pour promouvoir le dépistage des ITS, y compris le VIH.

De quelle façon la prévalence a-t-elle été estimée?

On a inclus un total de 42 études dans l’analyse finale afin d’estimer la prévalence de l’hépatite C parmi les HARSAH séropositifs. Toutes les études ont été menées dans des pays à revenu moyen ou élevé, dont deux au Canada.4,5 Un total de 38 986 HARSAH séropositifs ont participé aux études en question.

Quelle est la prévalence de l’hépatite C parmi les HARSAH séropositifs?

Prévalence d’une infection actuelle ou antérieure à l’hépatite C

Lorsque toutes les estimations de la prévalence figurant dans les 42 articles ont été combinées, on a constaté une prévalence globale des anticorps anti-hépatite C de 8,2 % (pourcentage estimé de tous les HARSAH séropositifs ayant maintenant l’hépatite C ou l’ayant déjà eue dans le passé). Cela veut dire que, selon les estimations, 8,2 % des HARSAH présentaient des indices d’une infection actuelle ou antérieure à l’hépatite C. Les prévalences estimées des anticorps anti-hépatite C ont été les suivantes :

  • 40 % parmi les HARSAH séropositifs qui s’étaient injecté des drogues au moins une fois dans leur vie
  • 6,7 % parmi les HARSAH séropositifs qui ne s’étaient jamais injecté de drogues

Prévalence de l’infection chronique à l’hépatite C

Les estimations de la prévalence de l’infection chronique à l’hépatite C ont été plus faibles parce qu’elles excluaient les personnes qui s’étaient débarrassées du virus sans traitement. Dans l’ensemble, la prévalence de l’hépatite C chronique parmi tous les HARSAH séropositifs allait de 5,3 % à 7,3 %. La gamme estimée du taux d’infection chronique à l’hépatite C était plus élevée parmi les HARSAH qui s’étaient déjà injecté des drogues, comparativement aux hommes qui ne s’étaient jamais injecté :

  • 26 % à 35,4 % parmi les HARSAH séropositifs qui s’étaient injecté des drogues au moins une fois
  • 4,9 % à 5,9 % parmi les HARSAH séropositifs qui ne s’étaient jamais injecté de drogues

Comment la prévalence de l’hépatite C parmi les HARSAH a-t-elle changé au fil du temps?

La prévalence estimée de l’hépatite C chronique a augmenté de 2,9 % en 1988 à 15,7 % en 2011. Cette augmentation est significative du point de vue statistique. Quand on examine les chiffres en détail, on constate une augmentation statistiquement significative d’une année à l’autre de la prévalence de l’hépatite C parmi les HARSAH séropositifs qui n’avaient jamais utilisé de drogues injectables (hausse de 0,37 % par année). En revanche, on constate une baisse statistiquement significative d’une année à l’autre de la prévalence de l’hépatite C parmi les HARSAH séropositifs qui s’étaient injecté des drogues au moins une fois dans leur vie (baisse de 1,4 % par année). 

Ces chiffres portent à croire que les augmentations des nouvelles infections par l’hépatite C parmi les HARSAH séropositifs seraient de  plus en plus attribuables à la transmission sexuelle plutôt qu’à l’usage de drogues injectables.

Quelles sont les implications pour les fournisseurs de services canadiens?

La revue systématique a révélé que, entre 1988 et 2011, la prévalence estimée de l’hépatite C parmi les hommes gais séropositifs a augmenté de façon importante, et cette augmentation ne pourrait être liée uniquement à l’injection de drogues. Les prévalences demeurent faibles, cependant, ce qui nous donne l’occasion de réduire l’impact de l’hépatite C parmi les HARSAH séropositifs.

Pour soutenir les HARSAH séropositifs et les aider à réduire leur risque de contracter ou de transmettre l’hépatite C, les fournisseurs de services peuvent conseiller tous les HARSAH sur les sujets suivants :

  • Facteurs de risque d’hépatite C connus. L’infection par l’hépatite C est associée à des comportements spécifiques, dont les rapports sexuels anaux avec plusieurs partenaires, l’usage de drogues pendant les rapports sexuels et la présence de sang lors des rapports sexuels. Il existe des données limitées suggérant que le virus de l’hépatite C est présent dans le sperme des hommes séropositifs co-infectés par l’hépatite C.6,7 Il est donc possible que l’hépatite C soit transmissible par le sperme.6
  • Prévention de l’hépatite C : On devrait utiliser correctement et régulièrement des condoms et du lubrifiant pendant toute la durée de chaque acte sexuel, et l’on devrait utiliser un condom neuf avec chaque nouveau partenaire.
  • Stratégies de réduction des méfaits liés aux drogues. On devrait utiliser du matériel d’inhalation et/ou d’injection neuf chaque fois que l’on consomme des drogues, et l’on ne devrait jamais prêter, emprunter ou acheter de matériel usagé.
  • Dépistages réguliers de l’hépatite C et d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS). Les tests de dépistage réguliers sont le seul moyen de savoir si la transmission de l’hépatite C ou d’ITS a eu lieu.
  • Traitement de l’hépatite C. Les nouveaux traitements de l’hépatite C sont plus efficaces et plus faciles à tolérer qu’auparavant, et il est possible de guérir l’hépatite C en aussi peu que huit semaines.

Qu’est-ce qu’une revue systématique?

Les revues systématiques sont des outils importants pour orienter les programmes fondés sur les données probantes. Une revue systématique est un résumé critique des données disponibles sur un sujet spécifique. Elle emploie un processus rigoureux pour identifier toutes les études se rapportant à une question de recherche particulière. Ensuite, on peut évaluer la qualité des études pertinentes et en résumer les résultats afin d’identifier et de présenter les trouvailles importantes et les limitations. Si les études figurant dans une revue systématique incluent des données chiffrées, on peut réunir celles-ci de façon stratégique pour calculer des estimations combinées. La combinaison des données en vue de produire des estimations combinées permet de brosser un portrait global plus précis du sujet à l’étude.

Ressources

L’hépatite C et le sexe pour les hommes gais, bi et queer

Passeport hépatite C

Références

  • 1. Bradshaw D, Matthews G, Danta M. Sexually transmitted hepatitis C infection: the new epidemic in MSM? Current Opinion in Infectious Diseases. 2012 Dec;1.
  • 2. Burchell AN, Gardner SL, Mazzulli T, Manno M, Raboud J, Allen VG, et al. Hepatitis C virus seroconversion among HIV-positive men who have sex with men with no history of injection drug use: Results from a clinical HIV cohort. Canadian Journal of Infectious Diseases and Medical Microbiology. 2015;26(1):17–22.
  • 3. Jordan AE, Perlman DC, Neurer J, Smith DJ, Des Jarlais DC, Hagan H. Prevalence of hepatitis C virus infection among HIV+ men who have sex with men: a systematic review and meta-analysis. International Journal of STD & AIDS [Internet]. 2016 Jan 28 [consulté le 7 avril 2016]; disponible à l'adresse : http://std.sagepub.com/lookup/doi/10.1177/0956462416630910
  • 4. Quan CM, Krajden M, Grigoriew GA, Salit IE. Hepatitis C virus infection in patients infected with the human immunodeficiency virus. Clinical infectious diseases. 1993;17(1):117–119.
  • 5. Johns DG, Gill MJ. Seroprevalence of Cytomegalovirus, Toxoplasma Gondii, Syphilis, and Hepatitis B and C Virus Infections in a Regional Population Seropositive for HIV Infection. Canadian Journal of Infectious Diseases and Medical Microbiology. 1998;9(4):209–14.
  • 6. a. b. Turner S, Gianella S, Yip M, van Seggelen W, Gillies R, Foster A, et al. Shedding of Hepatitis C Virus in Semen of HIV-infected Men. Open Forum Infectious Diseases [Internet]. 2016 Mar 10 [consulté le 17 mai 2016]; accès avancé. Disponible à l'adresse : http://ofid.oxfordjournals.org/content/early/2016/03/10/ofid.ofw057.full.pdf
  • 7. Bradshaw D, Lamoury F, Catlett B, Applegate TL, Mcallister J, Dore GJ, et al. A Comparison of Seminal Hepatitis C Virus (HCV) RNA Levels During Recent and Chronic HCV Infection in HIV-Infected and HIV-Uninfected Individuals. Journal of Infectious Diseases. 2015 Mar 1;211(5):736–43.

À propos de l’auteur

Logan Broeckaert détient une maîtrise en histoire et est actuellement recherchiste/rédactrice à CATIE. Avant de se joindre à CATIE, Logan a travaillé à des projets nationaux et provinciaux de recherche et d’échange de connaissances pour le compte de la Société canadienne du sida et de l’Association de la santé publique de l’Ontario.