Point de mire sur la prévention

Automne 2015 

Mise à jour sur la recherche : Une courte intervention en groupe réduit les pratiques sexuelles à risque susceptibles d’entraîner la transmission du VIH et des ITS chez les femmes queer

par Logan Broeckaert

La recherche suggère que jusqu’à 20 % des femmes lesbiennes, bisexuelles et queer ont reçu un diagnostic d’infection transmissible sexuellement (ITS) au cours de leur vie1,2,3,4 et que cette population a peu tendance à adopter des pratiques sexuelles plus sécuritaires.2,5 Malgré les données appuyant le besoin d’interventions visant à réduire les pratiques sexuelles à risque pour prévenir la transmission des ITS chez les femmes queer, il existe au Canada peu de programmes de prévention du VIH et des ITS spécifiquement adaptés aux besoins de cette population.

« Queer Women’s Conversations »

« Queer Women’s Conversations » est un programme psychoéducatif d’intervention en groupe pour la prévention du VIH et des ITS qui s’adresse aux femmes lesbiennes, bisexuelles et queer et autres femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes. L’initiative s’inspire de Many Men, Many Voices, un programme de promotion de la santé pour les jeunes hommes noirs gais élaboré à l’origine aux États-Unis.

L’intervention comprenait six séances consécutives (d’une durée de deux à trois heures) tenues dans le cadre de retraites de fin de semaine à Toronto et Calgary en mars et avril 2014. Le contenu a été dispensé à l’aide d’une variété de techniques – discussions en petits et gros groupes, jeux de rôles, méthodes axées sur l’art, etc.

Parmi les sujets abordés, citons :

  • Les relations sexuelles, les corps, le plaisir, les relations sexuelles plus sécuritaires
  • La stigmatisation sexuelle, la sexualité, les obstacles, comment faciliter les relations sexuelles plus sécuritaires, la santé mentale et émotionnelle
  • Les relations de pouvoir, les relations saines, les aptitudes à la communication, l’auto-efficacité en matière de relations sexuelles plus sécuritaires, l’intimité
  • La stigmatisation internalisée, l’estime de soi, l’acceptation de soi et la résilience
  • Les services sociaux et de santé, les ressources et systèmes de soutien communautaires, les stratégies pour bâtir des communautés LGBTQ et forger des liens entre elles.

L’étude pilote de « Queer Women’s Conversations » comptait 44 participantes, à qui on avait demandé de remplir un questionnaire avant l’intervention afin de déterminer les réponses de référence aux questions. Les participantes ont de nouveau été invitées à remplir le questionnaire immédiatement après l’intervention et six semaines plus tard. Le dernier questionnaire a été rempli par 38 des 44 participantes.

Dans l’ensemble, les participantes ont réduit leurs pratiques sexuelles à risque de façon drastique immédiatement après l’intervention et six semaines après celle-ci, comparativement aux données de référence.6

La recherche a aussi démontré que l’initiative « Queer Women’s Conversations » a grandement contribué à changer les croyances des participantes quant à leur capacité d’adopter des pratiques sexuelles plus sécuritaires (auto-efficacité), à augmenter leurs connaissances sur les ITS et à réduire la stigmatisation sexuelle immédiatement après l’intervention et six semaines plus tard, comparativement aux données de référence.

Des améliorations sur le plan du soutien social (alliances et conseils fiables) et des liens avec la communauté ont été observées immédiatement après l’intervention comparativement aux données de référence, mais cette incidence positive n’a pas été observée six semaines après la fin de l’intervention.

L’intervention n’a pas influencé les aspects comme la résilience, l’estime de soi et la dépression, ni les dimensions liées au soutien social comme l’attachement, l’intégration sociale, les occasions de nurturance et de valorisation de soi.

Un modèle de programme possible pour la santé sexuelle des femmes queer

L’étude est l’une des premières du genre à démontrer qu’un court programme de prévention du VIH et des ITS peut influencer les pratiques sexuelles à risque des femmes queer. Bien qu’il y ait au Canada un certain nombre d’approches prometteuses en matière de prévention du VIH et des ITS chez les jeunes, les communautés africaines, caribéennes et noires et les communautés autochtones, et, tout récemment, l’émergence du programme Totally Outright au Canada pour les hommes queer, l’initiative « Queer Women’s Conversations » pourrait aider à combler une lacune dans le continuum des services de prévention du VIH et des ITS au pays.

Références

  • 1. Steele LS, Ross LE, Dobinson C, et al. Women’s Sexual Orientation and Health: Results from a Canadian Population-Based Survey. Women & Health. 2009 Oct 19;49(5):353–67.
  • 2. a. b. Pinto VM, Tancredi MV, Neto AT, Buchalla CM. Sexually transmitted disease/HIV risk behaviour among women who have sex with women. AIDS. 2005;19:S64–9.
  • 3. Bauer GR, Welles SL. Beyond assumptions of negligible risk: sexually transmitted diseases and women who have sex with women. American Journal of Public Health. 2001;91(8):1282–6.
  • 4. Logie C, Navia D, Loutfy M. Correlates of a lifetime history of sexually transmitted infections among women who have sex with women in Toronto, Canada: results from a cross-sectional internet-based survey. Sexually Transmitted Infections. 2014. [Epub]
  • 5. Schick V, Rosenberger JG, Herbenick D, Reece M. Sexual behaviour and risk reduction strategies among a multinational sample of women who have sex with women. Sexually Transmitted Infections. 2012;88(6):407–12.
  • 6. Logie CH, Lacombe-Duncan A, Weaver J, et al. A Pilot Study of a Group-based HIV and STI Prevention Intervention for Lesbian, Bisexual, Queer, and Other Women Who Have Sex with Women.AIDS Patient Care and STDs. 2015;29(6).[Epub ahead of print]

À propos de l’auteur

Logan Broeckaert détient une maîtrise en histoire et est actuellement recherchiste/rédactrice à CATIE. Avant de se joindre à CATIE, Logan a travaillé à des projets nationaux et provinciaux de recherche et d’échange de connaissances pour le compte de la Société canadienne du sida et de l’Association de la santé publique de l’Ontario.