Point de mire sur la prévention

Automne 2014 

Points de vue des premières lignes : Dépistage du VIH et counseling en couple

Nous avons demandé à trois fournisseurs de services de nous faire part de leurs opinions sur le dépistage du VIH et le counseling en couple :

  • Holly MacLean, infirmière en dépistage du VIH et des ITS, Centre de santé communautaire Nine Circles, Winnipeg, Manitoba
  • Ted Town, conseiller à Clinique Options, Centre de santé intercommunautaire de London, London, Ontario
  • Geoffrey Ford, infirmier autorisé, éducateur d’infirmiers et d’infirmières, Équipe d’intervention de proximité de STOP, Vancouver Coastal Health, Vancouver, Colombie-Britannique

Holly MacLean

Quels sont, selon vous, les avantages possibles du dépistage et du counseling en couple? Quels en sont les inconvénients?

La plupart des cliniques et des sites de dépistage au Canada reconnaissent que certaines visites peuvent être plus difficiles que d’autres et ces établissements sont heureux de prendre les dispositions nécessaires pour qu’une personne accompagnatrice ou un partenaire soit présent pendant la visite. Le concept de dépistage et de counseling en couple est intéressant et serait sans aucun doute une option attrayante pour certains clients que je vois dans un cadre clinique pour le dépistage du VIH et des ITS.

Le dépistage et le counseling en couple offrent certains avantages. Beaucoup de partenaires trouvent une force l’un dans l’autre. Le dépistage peut s’avérer une expérience difficile pour bien des gens. La présence et le soutien d’une personne familière et le fait d’offrir un soutien peut aider les clients à se sentir plus impliqués dans les soins qu’ils reçoivent. Une autre raison pour laquelle des couples voudront peut-être subir un dépistage conjoint est l’occasion d’avoir une communication claire. Le fait de se faire tester ensemble et de trouver ensemble une réponse aux questions facilite la communication entourant le sexe et le risque.

Une troisième raison d’envisager le dépistage et le counseling en couple est que les clients seront peut-être plus enclins à retourner dans une clinique ou chez un fournisseur de soins s’ils s’y sont présentés la première fois en tant que partenaires. Ils auront peut-être l’impression que le fournisseur comprend mieux leur relation ou leur situation particulière. Le soutien et le counseling en couple sont offerts aux personnes vivant avec le VIH et à leurs partenaires à notre clinique. Le dépistage et le counseling en couple peuvent s’avérer une façon naturelle d’assurer la transition de certains couples vers ce type de soutien s’ils en ont besoin.

L’un des inconvénients de ce type de dépistage et de counseling est qu’il nécessite plus de compétences de la part du fournisseur, qui doit informer les clients, surtout en ce qui concerne le dépistage. Les clients peuvent hésiter à poser des questions ou se montrer plus réticents à dévoiler des renseignements que s’il s’agissait d’une consultation privée.

Je m’inquiète pour les personnes dans des relations de violence ou de contrôle qui viennent à la clinique avec leur partenaire pour recevoir un dépistage ou un counseling pour couple. Il est possible qu’une séance de dépistage expose un partenaire à un danger accru.

Croyez-vous que le dépistage et le counseling en couple ont un rôle à jouer au Canada? Selon vous, qui tirerait le plus grand profit de cette approche et pourquoi?

Je crois que le dépistage et le counseling en couple ont de la valeur aux yeux de certains patients. Quand ils sont offerts dans un cadre où un suivi individuel est fourni et que les clients se sentent appuyés en tant qu’individus dans leur couple, le dépistage et le counseling en couple peuvent aider à faciliter l’accès à l’information et aux services.

Le dépistage et le counseling en couple conviennent peut-être le mieux aux partenaires qui ont de nombreuses questions et préoccupations. Les partenaires qui ont des connaissances poussées sur le VIH et qui sont à l’aise d’en discuter peuvent aussi tirer profit de cette approche de dépistage. Les personnes qui sont dans des relations ouvertes ou polyamoureuses, ainsi que les couples qui ont des relations où il y a échange de liquides corporels apprécieront peut-être l’occasion de discuter des risques et de leurs préoccupations en présence d’un testeur.

Les personnes pour qui la langue constitue un obstacle aux soins peuvent aussi être heureux d'avoir l’occasion de se faire tester en compagnie de leur(s) partenaire(s) pour les nombreuses raisons susmentionnées. L’accès à un interprète serait important dans de tels cas. 

Quelles mesures faut-il prendre au Canada pour instaurer le dépistage et le counseling en couple dans un plus grand nombre de sites de dépistage?

Je pense qu’il faudrait avant tout avoir une discussion sur la protection de la confidentialité des renseignements sur la santé comme priorité dans le dépistage en couple. Au Canada, le dépistage s’effectue dans une variété de cadres par des testeurs possédant différents ensembles de compétences. Il y a possibilité que des renseignements qu’un client souhaite garder confidentiels soient partagés. Cela dit, je vois définitivement, dans les soins de santé, un virage vers la prestation de soins holistiques aux individus et aux familles. Reconnaître que certains clients vivent avec des partenaires est un élément important de la prestation de soins holistiques.

Les sites de dépistage au Canada auraient peut-être intérêt à réfléchir longuement à la façon dont ils offrent des tests de dépistage à leurs clients. Le niveau de compétence et de confort d’un testeur, et le bien-fondé des technologies de dépistage utilisées sont d’importants facteurs dans la planification de la meilleure offre de services possible aux clients. Par exemple, y a-t-il des couples auxquels le dépistage rapide aux points de service peut ne pas convenir en raison des périodes fenêtres ou de l’hésitation d’un des partenaires à se faire tester? Un testeur peut-il assurer une visite efficace si on utilise le dépistage rapide aux points de service et que l’un ou les deux partenaires (ou plus) obtien(nen)t un résultat positif? Cela fait-il une différence si aucun dépistage rapide aux points de service n’est offert ou s’il est effectué devant les clients au lieu d’être effectué dans une pièce séparée?

Il faut aussi réfléchir à la façon dont les cliniciens consignent le déroulement d’une séance. Lorsqu’on dresse un dossier pour les visites des clients, chaque personne qui assiste à la séance de counseling et de dépistage devrait avoir un dossier séparé et on devrait veiller à ne pas identifier ou partager les renseignements afférents à la santé du partenaire. Les responsables des programmes devront peut-être aussi examiner comment on enregistre les statistiques pour ces visites : s’agit-il d’une ou de deux interactions avec des patients? Si les soins sont fournis par un médecin, comment ce dernier les facture-t-il? Les objectifs provinciaux ayant trait au nombre de patients traités changent-ils?

Enfin, cela peut également constituer un important outil de recherche (qui m’intéresserait vivement) sur ce que les clients ont à dire sur l’expérience du dépistage en compagnie de leur partenaire.

Ted Town

Quels sont, selon vous, les avantages possibles du dépistage et du counseling en couple? Quels en sont les inconvénients?

 L’un des avantages potentiels du dépistage et du counseling en couple est que cela peut constituer une bonne approche pour les couples qui connaissent bien les questions liées au VIH et qui sont à l’aise à l’idée d’apprendre que ce qui est arrivé par le passé (partenaires externes inconnus, par exemple) peut poser problème.

Lorsqu’il y a un tel degré d’ouverture, il peut sembler un peu paternaliste pour les conseillers de dire à un couple qu’il ne peut pas se faire tester et conseiller ensemble. Un diagnostic de séropositivité peut faire l’effet d’une bombe, mais si les deux partenaires se font suffisamment confiance pour apprendre la nouvelle en même temps et vice versa, qui sommes-nous pour dire qu’ils doivent se faire tester séparément?

L’un des inconvénients possibles du dépistage et du counseling en couple est que le dépistage et le counseling individuel permettent d’éviter qu’une personne se sente forcée ou contrainte de se faire tester. Cela permet d’offrir un cadre plus confortable pour discuter de situations potentiellement délicates. Cet élément peut être perdu dans le dépistage en couple.

Beaucoup de couples nous demandent de se faire tester ensemble, mais nous avons toujours offert le dépistage individuel. De façon générale, nous avons constaté – une fois les deux partenaires repartis avec les résultats – que les histoires qu’ils nous ont racontées sont passablement différentes. Un partenaire a dévoilé une rencontre que l’autre n’a pas mentionnée. C’est tout à fait compréhensible. Les gens ne veulent pas qu’une séance dégénère en une série de : « Quoi?  Quand? À quelle conférence? Avec lui? Et je ne l’apprends que maintenant? ». C’est beaucoup plus difficile de fournir un counseling approprié sur la prévention du VIH quand cela se produit.

Croyez-vous que le dépistage et le counseling en couple ont un rôle à jouer au Canada? Selon vous, qui tirerait le plus grand profit de cette approche et pourquoi?

Je pense que le dépistage et le counseling en couple ont certainement un rôle à jouer au Canada. Au moins un tiers des nouveaux cas d’infection au VIH chez les couples hommes-hommes proviennent des principaux partenaires.

Donc que faisons-nous avec cette connaissance? Nous devrions la percevoir comme faisant partie des discussions continues sur la prévention du VIH : les gens discutent de sérotriage, de PPE, de PPrE et de prévention positive. Si nous admettons volontiers que les questions liées à la prévention du VIH sont complexes et nuancées, nous devrions laisser à nos clients le soin de choisir eux-mêmes comment ils veulent obtenir leur dépistage et leur counseling sur le VIH.

Le dépistage et le counseling en couple s’adressent principalement aux couples gais, et mon expérience de conseiller m’a appris qu’ils sont généralement beaucoup plus au courant des questions liées au VIH que les couples hétérosexuels. J’ai entendu beaucoup plus d’hommes et de femmes hétérosexuels déclarer de façon assez catégorique que le VIH mettrait fin à leur relation.

Quelles mesures faut-il prendre au Canada pour instaurer le dépistage et le counseling en couple dans un plus grand nombre de sites de dépistage?

Je pense que la première étape consisterait à réduire la stigmatisation entourant les relations sérodifférentes. L’utilisation d’un langage plus accessible et le fait de les désigner comme étant des « relations magnétiques » peuvent être une solution. Je crois que ceux d’entre nous qui fournissent déjà un dépistage et un counseling anonymes à des individus sont prêts à les offrir aux couples. En d’autres termes, quand les fournisseurs de services sont prêts.

Je pense qu’il faut se rappeler qu’il ne s’agit pas de fournir de counseling sur la relation de couple. Ce n’est pas à nous de veiller à ce que le couple reste ensemble si les partenaires sont déçus des résultats des tests de dépistage du VIH. Le fait qu’ils soient venus consulter comme couple ne signifie pas qu’ils quitteront la séance comme tel.

Il y aura évidemment une courbe d’apprentissage pour ces nouveaux protocoles de dépistage et de counseling en couple, mais même si on essaie de parer à toutes les éventualités et même quand le couple a décrit sa relation et discuté de ce qu’il compte faire, il est essentiel de se rappeler que ce n’est pas à nous qu’il incombe de veiller à ce qu’ils restent ensemble.

Geoffrey Ford

Quels sont, selon vous, les avantages possibles du dépistage et du counseling en couple? Quels en sont les inconvénients?

Je pense que l’un des avantages potentiels du dépistage et du counseling en couple est que cela peut encourager des gens qui n’avaient jamais subi de test de dépistage à se faire tester. Le dépistage du VIH peut être une expérience stressante; il est important d’avoir autant de choix que possible afin que les clients puissent en trouver un qui leur convient. Cela offre aussi une autre option de dépistage aux personnes qui se font tester régulièrement.

Actuellement, les clients qui veulent se faire tester avec un partenaire se heurtent parfois à une attitude paternaliste (à savoir que les médecins sont les mieux placés pour prendre une telle décision) de la part des fournisseurs de soins de santé qui disent que les couples ne peuvent pas se faire tester ensemble. Le fait de présenter le dépistage et le counseling en couple comme une option aux clients qui veulent se faire tester peut réduire ce paternalisme en montrant aux fournisseurs de soins de santé que lorsqu’ils sont effectués de façon appropriée, le dépistage et le counseling en couple peuvent être bénéfiques pour certains clients qui sont dans une relation.

Toutefois, le dépistage et le counseling en couple comportent aussi quelques inconvénients. Il y a risque que l’un ou les deux partenaires ne soient plus en mesure de contrôler la divulgation de leur statut sérologique. Le dépistage et le counseling en couple peuvent également empêcher l’un ou les deux partenaires de divulguer d’importants renseignements à la personne qui administre le test. Par exemple, quand les gens se font tester individuellement, ils seront plus enclins à divulguer des comportements sexuels à risque élevé à l’administrateur du test. Cependant, quand ils se font tester en couple, les partenaires ne voudront peut-être pas divulguer le fait qu’ils ont eu des rapports sexuels – à risque élevé ou non – en dehors de la relation. En dissimulant ce renseignement à leur partenaire et à l’administrateur du test, certains couples n’obtiendront peut-être pas le meilleur counseling possible en matière de santé sexuelle et de prévention du VIH.

Croyez-vous que le dépistage et le counseling en couple ont un rôle à jouer au Canada? Selon vous, qui tirerait le plus grand profit de cette approche et pourquoi?

Oui, je pense que le dépistage et le counseling en couple ont un rôle à jouer. Cela peut constituer une bonne option pour les couples qui tentent de décider de continuer ou non à utiliser des condoms. Les couples qui décident de cesser d’utiliser des condoms devraient se faire tester et avoir une conversation honnête sur les risques, y compris les rapports sexuels en dehors de la relation. Pour certains couples, le dépistage et le counseling en couple peuvent faciliter cette conversation en leur permettant de discuter ensemble avec un conseiller d’expérience.

Cela peut aussi constituer une solution attrayante pour les couples homme-homme. Dans mon travail auprès de la communauté gaie de Vancouver, je rencontre de nombreux hommes en proie à une lutte intérieure parce qu’ils ne savent pas comment dire à leur partenaire qu’ils ont eu des contacts sexuels à risque élevé en dehors de la relation. Le  dépistage et le counseling en couple pourraient fournir un espace où une telle divulgation peut avoir lieu. Cela donne également aux couples l’occasion d’apprendre comment parler à leur partenaire des risques le cas échéant, afin qu’ils puissent  mieux se protéger contre le VIH. 

Quelles mesures faut-il prendre au Canada pour instaurer le dépistage et le counseling en couple dans un plus grand nombre de sites de dépistage?

Je pense qu’il y a trois mesures pratiques à prendre pour instaurer le dépistage et le counseling en couple dans plus de sites de dépistage.

  1. Il faut prévoir un espace approprié pour le dépistage en couple. L’endroit devrait être confortable et à l’abri des regards afin de permettre aux clients de discuter librement entre eux et avec le conseiller.
  2. Il faut obtenir l’assentiment des administrateurs de tests. Ces derniers doivent recevoir une formation appropriée. S’ils se sentent mal à l’aise lorsqu’ils font passer des tests à en couple, ces derniers s’en rendront compte et le dépistage en couple pourrait alors faire plus de mal que de bien.
  3. Il faut également élaborer du matériel de sensibilisation à distribuer aux couples dans le cadre des séances de counseling. Les administrateurs de tests auront ainsi les ressources dont ils ont besoin pour conseiller les clients sur la prévention du VIH, l’évaluation des risques et la divulgation après une exposition potentielle au VIH en dehors de la relation.

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Pour en savoir plus sur le dépistage et le counseling en couple, consultez Dépistage du VIH et counseling en couple.