Nouvelles CATIE

6 juillet 2021 

L’utilisation de la PrEP est jugée sous-optimale chez les hommes de trois grandes villes canadiennes

  • La prophylaxie pré-exposition (PrEP) réduit très efficacement le risque de contracter le VIH
  • Une équipe de recherche canadienne a sondé plus de 1 000 hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes au sujet de la PrEP
  • Seulement 25 % des hommes répondant aux critères d’admissibilité canadiens à la PrEP l’avaient utilisée

L’infection au VIH touche de façon disproportionnée les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) au Canada et dans les autres pays à revenu élevé. À l’heure actuelle, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) consiste en la prise de deux médicaments anti-VIH, soit la combinaison ténofovir + FTC. Nombre d’études ont révélé que cette combinaison réduisait très efficacement le risque de contracter le VIH parmi les HARSAH.

Une équipe de recherche de Montréal, de Toronto et de Vancouver a sondé des HARSAH vivant dans ces trois villes au sujet de la PrEP, puis a publié ses résultats dans la revue CMAJ Open. Il s’agissait de 1 100 participants qui connaissaient la PrEP et qui déclaraient être séronégatifs ou ignorants de leur statut VIH. Selon les lignes directrices canadiennes en matière de PrEP, même si tous ces hommes répondaient aux critères d’admissibilité, seulement le quart d’entre eux avaient utilisé la PrEP durant les six mois qui ont précédé le sondage.

L’équipe de recherche a constaté que la non-utilisation de la PrEP parmi ces hommes était associée aux facteurs suivants :

  • Certains ne se croyaient pas suffisamment à risque de contracter le VIH.
  • Certains considéraient la PrEP comme peu efficace.
  • Certains n’avaient pas de médecin de soins primaires.
  • Certains n’avaient pas d’assurance maladie.

La PrEP constitue un élément clé de toute stratégie visant la réduction de la propagation du VIH. Si le Canada souhaite progresser vers la baisse des nouveaux cas d’infection au VIH, il va falloir éliminer les problèmes qui constituent des obstacles à l’utilisation de la PrEP.

Détails de l’étude

L’équipe de recherche a analysé des données recueillies entre février 2017 et août 2019 dans le cadre d’une étude appelée Engage. Elle a fondé son analyse sur des données captées auprès de chaque participant à un seul moment au cours de ces deux années.

Les 1 100 participants avaient entendu parler de la PrEP et ont affirmé qu’ils étaient séronégatifs ou qu’ils ignoraient leur statut VIH. L’équipe de recherche a résumé ainsi le profil des participants :

  • La moitié était âgée de 17 à 30 ans, et l’autre moitié de 30 à 73 ans.
  • La vaste majorité se composait d’hommes cisgenres (entre 89 % et 99 %, selon la ville)
  • La plupart s’identifiaient comme des hommes gais (entre 81 % et 89 %, selon la ville)
  • La plupart des hommes étaient nés au Canada (au moins 60 %)

Dans les trois villes, le nombre d’hommes connaissant la PrEP était relativement élevé.

Résultats : raisons pour la non-utilisation de la PrEP

Selon l’équipe de recherche, les participants ont donné de nombreuses raisons pour la non-utilisation de la PrEP, dont les suivantes :

Raisons personnelles

  • « en couple avec un partenaire principal »
  • risque insuffisant de contracter le VIH, selon le participant
  • « connaissance insuffisante de la PrEP pour déterminer si elle leur convenait »
  • « perception que la PrEP n’était pas très efficace »

Raisons liées aux soins de santé

Selon l’équipe de recherche, les participants qui dévoilaient les problèmes suivants n’étaient pas enclins à utiliser la PrEP :

  • « ils se croyaient incapables de trouver un médecin qui accepterait leurs comportements sexuels et qui leur prescrirait la PrEP »
  • non-dévoilement de ses relations sexuelles avec des hommes à son professionnel de la santé principal
  • absence de médecin de soins primaires

Coût et autres enjeux

L’équipe de recherche a trouvé que les personnes faisant face aux problèmes suivants étaient moins susceptibles d’utiliser la PrEP :

  • absence d’assurance médicaments
  • « préoccupations concernant le coût de la PrEP »
  • inquiétude par rapport aux effets secondaires de la PrEP

Tendances au fil du temps

Comme nous l’avons mentionné plus tôt, les participants à cette étude ont été recrutés sur une période de quelques années (2017 à 2019). Selon l’équipe, les participants recrutés en 2019 étaient plus susceptibles d’utiliser la PrEP que les participants recrutés plus tôt.

Admissibles, mais pas sous PrEP

L’équipe de recherche a affirmé ceci : « En utilisant les lignes directrices canadiennes sur la PrEP au VIH et les données de base de l’étude de cohorte Engage, nous avons estimé que près de la moitié des [participants] séronégatifs ou au statut VIH inconnu de Montréal, de Toronto et de Vancouver pourraient bénéficier de la PrEP. Nous avons également trouvé que quatre [participants] sur cinq qui répondaient aux recommandations cliniques n’utilisaient pas la PrEP ».

Interventions potentielles

Après avoir analysé ses résultats, l’équipe de recherche a proposé les interventions suivantes :

  1. « Pour améliorer l’accès à la PrEP, on devrait viser à améliorer la littératie en la matière en fournissant de l’information aux individus et aux communautés. Le besoin perçu, qui est à la fois fonction des connaissances sur la PrEP et de la perception de son risque personnel face au VIH, pourrait être renforcé auprès des [HARSAH] considérés comme les plus à risque de contracter le VIH. Ainsi, des campagnes de sensibilisation communautaires et des programmes fondés sur des pairs pourraient être utilisés pour guider les [HARSAH] par rapport à l’ampleur de leur risque face au VIH et les bienfaits potentiels de la PrEP. À la longue, cela pourrait avoir une incidence sur la motivation à utiliser la PrEP et créer de nouvelles normes communautaires en matière de prévention. »
  2. « Les interventions comme les programmes de proximité communautaire visant l’amélioration de l’accès à la PrEP et des connaissances sur les soins s’y rattachant, [en plus de] l’élimination des coûts des médicaments, pourraient augmenter l’adoption de la PrEP. »
  3. « Finalement, il faut travailler pour améliorer la connaissance de la PrEP au sein des réseaux de soins primaires, notamment par des programmes de perfectionnement professionnel continu sur la PrEP et la santé sexuelle générale des [HARSAH]. »

À retenir

Les résultats de cette étude canadienne font écho à des rapports provenant d’études menées aux États-Unis. Cette ressemblance s’ajoute à la robustesse des résultats canadiens et souligne le fait que les HARSAH font face à des obstacles en ce qui concerne l’accès à la PrEP.

Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) a fixé des « cibles » qu’il exhorte les gouvernements du monde à atteindre pour ralentir la propagation du VIH. En vertu de l’une de ces cibles, 95 % des personnes à risque de contracter le VIH se feront offrir et utiliseront une combinaison d’options préventives d’ici 2025. Si le Canada veut atteindre cet objectif, il faudra que davantage de personnes qui souhaitent utiliser la PrEP y aient accès.

—Sean R. Hosein

Ressources

Ressources et outils sur la prophylaxie pré-exposition (PrEP)CATIE

Une étude souligne la nécessité de dépister et de vacciner les utilisateurs gais et bisexuels de la PrEP contre le VPHNouvelles CATIE

Des chercheurs australiens étudient les taux de syphilis chez des hommes utilisant la prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIHNouvelles CATIE

Une étude révèle qu’un médicament préventif contre le VIH atteint des concentrations efficaces chez les personnes transgenresNouvelles CATIE

Un médicament injectable à action prolongée prévient le VIHNouvelles CATIE

2025 AIDS TargetsONUSIDA

RÉFÉRENCE :

Cox J, Apelian H, Moodie EEM, et al. Use of HIV pre-exposure prophylaxis among urban Canadian gay, bisexual and other men who have sex with men: a cross-sectional analysis of the Engage cohort study. CMAJ Open. 2021 May 21;9(2):E529-E538.