Nouvelles CATIE

18 avril 2019 

Une étude canadienne trouve le traitement de l’hépatite C efficace dans les cas de co-infection au VIH

  • Une étude a évalué les taux de guérison de l’hépatite C chez des personnes ayant des problèmes de santé complexes.
  • Le traitement a guéri la plupart des patients, mais le taux de guérison était plus faible parmi les personnes qui s’injectaient des drogues.
  • Les femmes ont connu un taux de guérison plus élevé (97 %) que les hommes dans cette étude.

Le virus de l’hépatite C (VHC) peut causer une infection chronique du foie. Faute de traitement, l’hépatite C chronique provoque de l’inflammation dans le foie et, au fil du temps, le tissu sain de l’organe est remplacé par du tissu cicatriciel. À la longue, la cicatrisation s’étend à tout le foie (une affection appelée cirrhose) et de graves problèmes peuvent survenir, notamment des hémorragies internes, des infections abdominales récurrentes, des problèmes de mémoire et de cognition, l’insuffisance hépatique et la mort. Le risque de cancer du foie augmente également.

Il y a deux décennies, le traitement de l’infection au VHC consistait à effectuer des injections hebdomadaires d’interféron alpha pendant un an. Ce traitement causait de nombreux effets secondaires et n’était pas très efficace. Cependant, vers 2013, des régimes de médicaments oraux (appelés antiviraux à action directe ou AAD) ont vu le jour au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé. De nos jours, les combinaisons d’AAD sont la norme de soins et peuvent être utilisées pour des périodes moins longues, selon les médicaments particuliers utilisés et l’ampleur des lésions subies par le foie. Les AAD couramment utilisés incluent les suivants, et chacun se prend une seule fois par jour :

  • Harvoni : sofosbuvir + lédipasvir
  • Marivet : glécaprévir + pibrentasvir
  • Zepatier : elbasvir + grazoprévir

Un mot à propos des essais cliniques

Lors des essais cliniques clés (phase III), ces AAD se sont révélés très efficaces et ont permis d’atteindre des taux de guérison de 95 % ou plus. Cependant, de façon générale, les essais cliniques menés par les compagnies pharmaceutiques ont tendance à recruter des personnes qui ont une maladie particulière, en l’occurrence l’hépatite C chronique, mais qui sont autrement en bonne santé. De tels volontaires sont peu susceptibles d’être aussi malades que les patients soignés dans les cliniques communautaires. Pour cette raison, après l’homologation d’un traitement, il est important que les médecins mènent des études auprès de personnes peu susceptibles d’avoir été inscrites aux essais cliniques clés. Ces patients pourraient mieux représenter la population infectée par le VHC.

Cohorte canadienne de co-infection (CoCo)

Des chercheurs canadiens affiliés à l’étude CoCo recueillent des données se rapportant à la santé de personnes atteintes de la co-infection au VIH et au VHC. Dans leur étude la plus récente, les chercheurs ont évalué l’efficacité des AAD chez près de 300 personnes qu’ils ont décrites comme « une population aux prises avec des problèmes complexes, la consommation continue de substances, la cirrhose et d’autres comorbidités. »

Guérir le VHC

Dans l’ensemble, les chercheurs ont trouvé que 92 % des participants qui ont commencé un traitement contre le VHC ont guéri de cette infection. Un taux élevé de guérison (97 %) a été constaté chez les femmes. Les personnes qui avaient la cirrhose et/ou qui s’injectaient des drogues plusieurs fois par jour couraient un risque accru d’échec thérapeutique. Les chercheurs ont proposé des solutions possibles pour réduire le risque d’échec thérapeutique dans un rapport publié dans la revue Open Forum Infectious Diseases.

Détails de l’étude

L’étude CoCo a recruté plus de 1 800 personnes d’un peu partout au Canada qui vivaient avec la co-infection au VIH et au VHC. Aux fins de l’étude récente, les chercheurs se sont concentrés sur les données des participants dont le traitement par AAD avait commencé entre novembre 2013 et juin 2017. Les chercheurs ont présenté les résultats obtenus auprès de 286 patients sous AAD pour lesquels ils disposaient de données complètes.

Les participants avaient le profil moyen suivant au moment de leur admission à l’étude :

  • âge : 52 ans
  • 77 % d’hommes, 23 % de femmes
  • groupes ethnoraciaux : 80 % de Blancs; 13 % d’Autochtones; 4 % de Noirs; 3 % d’Asiatiques
  • tous les participants suivaient un traitement contre le VIH
  • 89 % avaient une charge virale de moins de 50 copies/ml
  • compte de CD4+ : 500 cellules/mm3
  • utilisation antérieure d’interféron alpha : 31 %
  • présence de lésions hépatiques graves : 29 %
  • 19 % souffraient d’autres affections comme le diabète de type 2, l’insuffisance rénale chronique ou l’infection au virus de l’hépatite B
  • 20 % s’injectaient des drogues plusieurs fois par jour
  • 30 % étaient aux prises avec ce que les chercheurs décrivaient comme « une consommation dangereuse d’alcool »
  • comme on l’observe typiquement dans l’épidémie d’hépatite C au Canada, la plupart des participants avaient le génotype 1 du VHC, mais quelques-uns avaient le 2, 3 ou 4

Résultats

Dans l’ensemble, 263 participants sur 286 (92 %) ont guéri.

Selon les chercheurs, un total de 23 participants ont éprouvé un échec thérapeutique pour les raisons suivantes :

  • échec virologique : 11 personnes
  • rechute : neuf personnes
  • décès : trois personnes

Résultats selon les différentes catégories

Même si 92 % de l’ensemble des participants ont guéri, certains sous-groupes ont connu des taux de guérison différents, comme suit :

Parmi les personnes atteintes du génotype 1 du VHC, les taux de guérison ont été les suivants :

  • génotype 1b du VHC : 97 %
  • génotype 1a du VHC : 92 %

Voici les taux de guérison selon les autres génotypes :

  • génotype 2 du VHC : 85 %
  • génotype 3 du VHC : 94 %
  • génotype 4 du VHC : 80 %

Les femmes étaient plus susceptibles (97 %) de guérir que les hommes (90 %).

Les personnes atteintes de cirrhose étaient moins susceptibles (88 %) de guérir que les personnes sans cirrhose (94 %).

Les personnes qui s’injectaient des drogues plusieurs fois par jour étaient moins susceptibles (89 %) de guérir que les personnes qui ne s’injectaient pas aussi fréquemment (93 %).

À retenir

Lors de cette analyse récente des données CoCo, les chercheurs se sont étonnés de constater que la prise d’AAD dans le monde réel (en dehors des essais cliniques) s’est révélée « très efficace » chez les personnes co-infectées. L’équipe a ajouté qu’il était probable que les AAD comme Epclusa et Maviret, qui peuvent traiter efficacement tous les génotypes du VHC, seraient utilisés plus souvent en 2019. Cela veut dire que les personnes atteintes de génotypes moins courants que le génotype 1 au Canada (soit les génotypes 2 à 6) ont plus de chances de guérir aujourd’hui et à l’avenir.

Un mot à propos de la cirrhose

Au fil du temps, à mesure que le tissu cicatriciel s’accumule de plus en plus dans le foie, des problèmes de circulation sanguine peuvent survenir dans cet organe. À cause de ces problèmes, les concentrations d’AAD risquent d’être inégales dans le foie, et certaines régions de l’organe peuvent être privées d’un apport suffisant en AAD durant le traitement. Cela peut augmenter le risque d’échec virologique et de rechute chez certaines personnes souffrant de cirrhose.

Dans la présente étude, les chercheurs de l’équipe CoCo ont trouvé que la cirrhose était associée à une réduction des chances de guérir du VHC. Un résultat semblable a été signalé lors d’autres études sur la co-infection. Ces chercheurs encouragent les médecins et les systèmes de santé à ne pas retarder l’introduction des AAD chez les personnes co-infectées.

Injections quotidiennes fréquentes

Comme nous l’avons mentionné, l’équipe de recherche CoCo a constaté que les personnes qui s’injectaient fréquemment des drogues avaient moins de chances de guérir du VHC. Selon les chercheurs, l’injection de cocaïne et de crystal meth (méthamphétamine) compromet probablement la capacité d’une personne à prendre ses médicaments tels qu’ils sont prescrits. Ils ont également affirmé que cette population aux habitudes d’injection « très intenses » se composait « des mêmes personnes qui courent un risque élevé de transmission du VHC et de réinfection, alors même si les taux [de guérison] sont plus faibles, le traitement est efficace et ne devrait pas être refusé. Ce résultat souligne la nécessité de soins intégratifs qui incluent le traitement des dépendances aux drogues autres que les opioïdes, le soutien à l’observance thérapeutique et les services de réduction des méfaits afin d’améliorer les résultats du traitement chez cette population prioritaire en ce qui concerne l’élimination du VHC ».

Les femmes

Les taux de guérison du VH chez les femmes inscrites à cette étude ont été plus élevés que la moyenne. Les chercheurs ne sont pas certains de la raison de ce résultat, mais ont laissé entendre que des facteurs biologiques pourraient expliquer cette différence. Il faudra cependant concevoir un autre genre d’étude pour mieux explorer cette question et comprendre l’origine de cette différence.

Vers l’avenir

L’étude CoCo a recruté des personnes de diverses régions urbaines et rurales du Canada, notamment dans des hôpitaux et des cliniques communautaires. Cette cohorte représente bien la population de personnes atteintes de la co-infection VIH/VHC aujourd’hui au Canada, et il est donc possible d’extrapoler ses résultats à l’ensemble du pays.

Il reste beaucoup à faire pour améliorer les soins et le traitement, notamment pour les personnes aux prises avec un problème de consommation. Ce dernier rapport de l’équipe CoCo et ses recommandations sur l’aide aux personnes dépendantes montrent la voie vers l’avenir des soins.

Ressources

Médicaments anti-hépatite C approuvés au Canada pour les adultes

Hépatite C : Un guide détaillé

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Rossi C, Young J, Martel-Laferrière V, et al. Direct-acting antiviral treatment failure among hepatitis C and HIV-coinfected patients in clinical care. Open Forum Infectious Diseases. 2019 Feb 13;6(3):ofz055.