Nouvelles CATIE

28 avril 2016 

Une des principales organisations biomédicales du Canada recommande l’amorce précoce de la TAR

Depuis l’arrivée du premier médicament anti-VIH vers la fin des années 1980, la question de savoir à quel moment dans le cours de l’infection au VIH on devrait commencer le traitement suscite des débats. Au fil des années, les recommandations concernant le point de départ idéal du traitement ont oscillé entre l’amorce précoce et l’amorce tardive de la thérapie. Depuis une décennie, cependant, les données probantes se rapportant au meilleur moment pour commencer le traitement vont dans une seule direction : on recommande maintenant de commencer le traitement dès les stades précoces de l’infection au VIH.

Le facteur déterminant qui a établi sans équivoque l’importance de commencer tôt le traitement du VIH (couramment appelé TAR) est arrivé avec la publication des résultats d’un grand essai clinique appelé START. Les données en question ont été présentées lors de la conférence de la Société internationale du sida tenue en juillet 2015 à Vancouver. Comme conséquence des résultats de l’étude START, les principales lignes directrices thérapeutiques des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Organisation mondiale de la santé recommandent maintenant qu’un traitement soit proposé à toutes les personnes atteintes du VIH, quel que ce soit leur compte de CD4+. Les résultats de l’essai START et d’autres études portent également à croire que les dommages immunologiques causés par l’infection au VIH se produisent dès les stades précoces, ce qui souligne la nécessité de commencer le plus tôt possible la TAR.

Récemment, l’Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada (AMMI) a publié un énoncé de position (en anglais seulement) où elle fait la recommandation suivante :

« Au Canada, la thérapie antirétrovirale (TAR) devrait commencer chez tous les adultes vivant avec l’infection au VIH-1 le plus tôt possible après la confirmation du diagnostic de l’infection au VIH et ce, sans égard au compte de CD4+. »

L’énoncé de position de l’AMMI souligne que la capacité d’une personne à prendre ses médicaments tous les jours, en suivant toutes les consignes à la lettre, est essentielle à la réussite de la TAR.

Changer le cours d’une épidémie

L’amorce précoce de la TAR procure des bienfaits à la personne qui la prend, y compris la préservation de son système immunitaire et la réduction du risque de complications graves. La TAR réduit également la quantité de VIH dans le sang jusqu’à un niveau très faible (on parle couramment d’une charge virale indétectable). S’ils prennent la TAR tous les jours et continuent à recevoir des soins, y compris un suivi et des tests sanguins réguliers, les utilisateurs de la TAR peuvent maintenir un taux de VIH indétectable dans leur sang, ce qui réduit considérablement le risque de transmission sexuelle du VIH. Ce dernier effet revêt un potentiel énorme qui est reconnu dans l’énoncé de position de l’AMMI : « [L’utilisation] précoce et à long terme de la TAR pourrait finir par changer le cours de l’épidémie du VIH. »

À ne pas oublier : les infections transmissibles sexuellement

Bien que les études aient révélé que la TAR réduit considérablement le risque de transmission du VIH, l’AMMI souligne que la TAR « ne prévient pas » la propagation d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS). Ce point met en évidence l’importance de l’usage du condom pour réduire le risque de contracter des ITS.

Lacune canadienne

Selon les estimations de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), environ 76 000 personnes séropositives vivent au Canada. Les chercheurs ne savent pas avec certitude combien de ces personnes séropositives suivent un traitement. Cependant, selon l’énoncé de l’AMMI, les estimations de l’industrie pharmaceutique laissent croire que le nombre de Canadiens séropositifs suivant une TAR se situe entre 30 000 et 35 000. Si les estimations de l’industrie sont exactes, il est clair qu’il existe des lacunes importantes dans le traitement et les soins au Canada. Les provinces et territoires canadiens prennent cependant des mesures pour accroître le nombre de personnes recevant volontairement un counseling et un dépistage du VIH, ainsi qu’une orientation rapide vers des soins si le résultat se révèle positif. Une fois qu’ils reçoivent des soins, ces patients peuvent se faire offrir un traitement.

Si l’on souhaite que la TAR soit efficace, autant chez l’individu que dans la société plus large, l’énoncé de position de l’AMMI affirme que des soutiens seront nécessaires pour promouvoir la prise quotidienne des médicaments et s’assurer que les patients continuent de participer à leurs soins. L’énoncé donne plusieurs exemples spécifiques des soutiens en question :

  • soutien à la navigation du système de santé par le patient
  • programmes d’extension communautaires et par les pairs
  • distribution de médias imprimés adaptés aux différences culturelles
  • messages verbaux de la part des personnels cliniques faisant la promotion de l’usage des soins de santé et la rétention dans les soins
  • gestion de cas centrée sur les jeunes
  • systèmes de soutien et connexion aux services répondant aux autres besoins en matière de soins de santé

Parmi les facteurs ayant un impact sur les lacunes dans les soins et le traitement, mentionnons que près de 21 % des personnes atteintes du VIH au Canada ne savent pas qu’elles sont infectées, selon les recherches effectuées par l’ASPC.

Tenant compte de toutes ces estimations, l’énoncé de position de l’AMMI affirme qu’« il sera nécessaire de continuer d’accroître les capacités des ressources en soins de santé destinées [aux personnes séropositives] afin d’avoir un impact pertinent sur les résultats spécifiques aux patients et à la santé publique ».

L’énoncé de l’AMMI constitue un grand pas en avant qui aidera à orienter les efforts canadiens visant la réduction de la propagation du VIH. Pour conclure son énoncé, l’AMMI fait la déclaration suivante :

« Les lignes directrices recommandant l’amorce précoce de la TAR ne seront efficaces que si elles sont étayées par des programmes et politiques de prévention, de traitement et de soins exhaustifs qui s’affrontent à la stigmatisation et à la discrimination et qui assurent l’observance thérapeutique à long terme. »

Ressources :

Des chercheurs canadiens réclament une stratégie de santé publique pour améliorer l’implication des gens dans les soins du VIHNouvelles CATIE

Résultats détaillés de l’étude STARTTraitementActualités 210

Un nouveau discours : Pourquoi les initiatives de prévention du VIH au Canada doivent inclure le traitement du VIH Point de mire sur la prévention

La cascade des soins du VIH fait des progrès en OntarioNouvelles CATIE

Mise à jour sur la recherche : Fuites cachées : la cascade du traitement du VIH en Colombie-Britannique selon le genre, l’âge, la catégorie de risque et la régionPoint de mire sur la prévention

Alberta : Réduire la mortalité en renforçant la cascade du traitement du VIHNouvelles CATIE

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Guidelines for the Use of Antiretroviral Agents in HIV-1-Infected Adults and Adolescents – U.S. Department of Health and Human Services (en anglais seulement)

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Becker M, Cox J, Evans GA, Haider S, Shafran SD. AMMI Canada position statement: The use of early antiretroviral therapy in HIV-infected persons. AMMI Canada position statement. April 2016. Disponible à l’adresse : https://www.ammi.ca/download/Guidelines/ALL-Final-Web-posted-AMMI-Position-Statement-Early-ART-April-18-2016.pdf

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