Nouvelles CATIE

17 décembre 2015 

Vers la réduction de l’épidémie de l’hépatite C en Colombie-Britannique

Comme nous l’avons mentionné dans les bulletins précédents de Nouvelles CATIE, la mise au point et l’homologation de régimes entièrement oraux pour combattre l’infection au virus de l’hépatite C (VHC) ont annoncé une nouvelle époque de succès sur le plan du traitement. Les médicaments appelés antiviraux à action directe (AAD) sont associés à des taux de guérison très élevés, soit de l’ordre de 95 %. De plus, ces médicaments sont généralement bien tolérés et nécessitent habituellement un traitement de 12 semaines seulement. Par conséquent, les chercheurs, les planificateurs des politiques, les médecins et d’autres intervenants commencent à envisager les mesures nécessaires pour réduire énormément voire éliminer quasiment l’épidémie du VHC dans certains pays et régions à revenu élevé.

Des chercheurs au Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique ont collaboré à un travail important avec des équipes du Kirby Institute (Sydney, Australie), du BC Centre for Disease Control et de l’Université de la Colombie-Britannique. Leurs efforts ont donné lieu à la création d’un modèle mathématique qui permet d’explorer l’impact de différentes interventions visant à réduire considérablement l’épidémie du VHC dans cette province.

Les analyses fondées sur ce modèle portent à croire que l’usage répandu des AAD, grâce à leur puissance et à leur tolérabilité, a de fortes chances de mettre essentiellement fin à l’épidémie du VHC. Toutefois, pour réussir un changement aussi immense, on devra améliorer le dépistage sans barrière du VHC et le counseling à ce sujet, en plus de faciliter l’accès rapide aux soins et au traitement dans les cas de positivité, et tout cela à grande échelle.

Selon les chercheurs, de nombreuses personnes qui ont récemment contracté le VHC en Colombie-Britannique se trouvent dans cette situation à cause de problèmes de dépendance et de santé mentale, entre autres. Ainsi, afin d’aider les personnes guéries à ne pas se faire réinfecter par le VHC, des programmes qui abordent les problèmes de dépendance et de santé mentale devront être rendus accessibles aux personnes courant un risque élevé de réinfection.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont utilisé des données recueillies en 2012 parce que c’était l’année la plus récente sur laquelle ils disposaient de données complètes pouvant servir à la création de leur modèle. Les données révèlent qu’un peu plus de 18 000 personnes qui s’injectent des drogues vivent en Colombie-Britannique, dont 65 % seraient infectées par le VHC, selon les estimations de l’équipe. Utilisant les données d’essais cliniques et d’autres statistiques, les chercheurs ont prévu l’impact qu’auraient différentes interventions sur l’épidémie du VHC dans cette province à partir de 2016 jusqu’en 2030.

Résultats

Les chercheurs ont trouvé qu’un déclin considérable de l’épidémie du VHC se produirait si des régimes ne comportant que des AAD étaient utilisés.

L’équipe a également appliqué son modèle à des groupes petits, moyens et grands afin de déterminer l’impact sur l’épidémie. Voici quelques exemples de leurs calculs :

  • Si le traitement était administré annuellement à raison de huit personnes qui s’injectent des drogues sur 1 000, on constaterait une réduction annuelle de 2 % de la population atteinte du VHC.
  • Si le traitement était administré annuellement à raison de 80 personnes qui s’injectent des drogues sur 1 000, on constaterait une réduction annuelle de 15 % de la population atteinte du VHC.

Coût élevé du traitement

En général, l’accès au traitement du VHC au Canada est subventionné par les ministères provinciaux et territoriaux de la santé. Comme le prix de ce traitement est élevé, ces instances rationnent l’accès au traitement. Une manière courante de rationner le traitement consiste à ne permettre l’accès qu’aux personnes présentant un certain degré de lésions hépatiques liées au VHC (cicatrisation du foie classée de F2 ou plus). Selon les chercheurs de la Colombie-Britannique, si cette politique consistant à limiter l’accès en fonction des lésions hépatiques devait continuer, « nous ne pourrions jamais stabiliser l’épidémie du [VHC], et l’élimination de la maladie ne serait pas possible ».

Approche combinée

L’équipe de la Colombie-Britannique a souligné que les efforts pour juguler l’épidémie du VHC ne pouvaient reposer uniquement sur les régimes thérapeutiques à base d’AAD. « Un programme de réduction des méfaits amélioré centré sur les personnes très vulnérables à la réinfection à la suite d’un traitement réussi pourrait réduire davantage l’impact sur l’épidémie », ont précisé les chercheurs.

Les données citées par l’équipe de recherche laissent croire que les drogues couramment injectées en Colombie-Britannique sont la cocaïne et l’héroïne. Selon les chercheurs, « depuis 2005, l’usage de méthamphétamine est à la hausse, mais cette dernière est encore consommée moins fréquemment que [la cocaïne et l’héroïne]. »

Découvrir l’infection au VHC

Les chercheurs ont affirmé que le succès de n’importe quel plan visant la réduction considérable de l’épidémie du VHC dépendrait d’efforts destinés à « identifier et [à proposer un test de dépistage] aux personnes ignorant qu’elles sont séropositives pour le VHC. Pour ce faire, il est important que les différents organismes de notre système de santé mettent sur pied une campagne de ‘‘recherche’’ agressive pour identifier et [proposer un dépistage à ces personnes]. »

Hésitation

Selon l’équipe de recherche, de nombreuses personnes qui s’injectent des drogues « souffrent également de maladies mentales ou d’autres [affections] et… il existe une certaine réticence chez les professionnels de la santé à inviter ces personnes à se faire évaluer et traiter pour le VHC parce qu’ils craignent la non-observance ». Toutefois, souligne l’équipe, les essais cliniques sur le traitement du VHC ont révélé que les personnes qui s’injectaient des drogues et qui recevaient du soutien bénéficiaient autant du traitement que les personnes qui ne s’injectaient pas de drogues. De plus, les préoccupations concernant « l’observance pourraient être atténuées par le recours au traitement directement observé, ce qui correspond à l’approche utilisée pour traiter la dépendance aux opioïdes en Colombie-Britannique ». Quoi qu’il en soit, l’équipe a ajouté qu’« une approche agressive pour rechercher, tester et traiter serait toujours nécessaire, tout comme une stratégie de rétention dans les soins et de réduction des méfaits pour minimiser le risque de réinfection ».

Vers l’avenir

L’équipe de la Colombie-Britannique prévoit raffiner son modèle à l’avenir afin d’incorporer d’autres facteurs, telle la modélisation de l’impact d’interventions ciblant les personnes qui s’injectent des drogues et qui sont co-infectées par le VHC et le VIH.

Les résultats de cette équipe laissent croire que des interventions à grande échelle pour contrer l’épidémie du VHC en Colombie-Britannique ont le potentiel de réduire le fardeau de la morbidité et la mortalité liées au VHC. Les résultats constituent également un argument solide en faveur de l’intensification de la réponse à cette épidémie grave. Les autorités de la santé publique, les professionnels de la santé, les analystes des politiques et les membres de la communauté peuvent maintenant se réunir pour explorer différents scénarios visant à guérir les gens, à réduire le nombre de nouvelles infections et peut-être à éliminer pratiquement l’hépatite C en Colombie-Britannique.

Le modèle mathématique créé en Colombie-Britannique pourrait servir d’exemple à d’autres régions qui envisagent également des moyens d’enrayer rapidement l’épidémie du VHC.

Ressources

Information sur l’hépatite C de CATIE

La fin de l’épidémie de l’hépatite C est-elle à l’horizon?Nouvelles CATIE

Des chercheurs américains créent des modèles informatiques permettant d'évaluer la possibilité d'éradiquer l'hépatite CNouvelles CATIE

Comprendre la cirrhose du foie : premières étapes après un nouveau diagnostic – Association canadienne des infirmières d’hépatologie (CAHN), CATIE

Harvoni – feuillet d’information de CATIE

Holkira Pak – feuillet d’information de CATIE

Le sofosbuvir et le velpatasvir : taux de guérison élevés contre les principales souches de l’hépatite CNouvelles CATIE                                                                                           

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Lima VD, Rozada I, Grebely J, et al. Are interferon-free direct-acting antivirals for the treatment of HCV enough to control the epidemic among people who inject drugs? PLoS One. 2015 Dec 3;10(12):e0143836.