Nouvelles CATIE

13 juillet 2015 

Un programme de traitement de l’hépatite C améliore l’accès au logement, au revenu et aux soins de santé

Malgré la prévalence élevée de l’infection au virus de l’hépatite C (VHC) parmi les personnes qui consomment des drogues, le nombre de personnes traitées pour le VHC dans cette population est très faible. En effet, des études menées au Canada et aux États-Unis ont révélé que moins de 1 % des personnes atteintes du VHC qui s’injectent des drogues recevaient un traitement.

On a documenté de nombreuses barrières au traitement du VHC parmi les personnes qui consomment des drogues, dont un manque de connaissances à l’égard de l’infection au VHC et de son impact sur la santé, de mauvaises expériences antérieures auprès des professionnels de la santé, des problèmes concomitants tels que la précarité du logement ou d’autres problèmes de santé et le refus des spécialistes de traiter les personnes qui consomment des drogues.

Afin de surmonter les barrières au traitement auxquelles se heurtent les personnes qui consomment des drogues, le Programme communautaire de Toronto sur l’hépatite C (PCTHC) a créé un modèle d’équipe multidisciplinaire communautaire avec peu de barrières pour orienter la prestation des soins du VHC. Une étude antérieure menée auprès des clients de ce programme a révélé que les taux de guérison du VHC se comparaient à ceux observés lors des essais cliniques.

La présente étude est allée au-delà de la seule évaluation des taux de guérison du VHC; elle a aussi examiné l’impact du PCTHC sur la santé physique et mentale des clients, la consommation de drogues/alcool, le logement, les soutiens au revenu et l’accès aux soins de santé. Les chercheurs ont constaté que l’accès au logement, aux soutiens au revenu et aux soins s’est amélioré au cours de l’étude. Or il n’y a pas eu de changement dans la perception qu’avaient les participants de leur propre santé générale.

Le PCTHC

Le PCTHC consiste en des équipes multidisciplinaires œuvrant dans trois contextes de soins primaires. Ces équipes sont épaulées par des spécialistes médicaux hospitaliers qui donnent des rendez-vous sur place. Le programme fournit un traitement du VHC et du soutien avec peu de barrières aux personnes qui consomment des drogues ou qui souffrent de problèmes de santé mentale ou les deux.

Le programme est centré sur un groupe de soutien qui se rencontre une fois par semaine pendant deux heures. Chaque cycle du groupe de soutien dure entre 16 et 18 semaines, et les clients ont le droit de participer à plusieurs cycles.

Le groupe de soutien se veut un moyen de faciliter l’accès libre aux soins pour les personnes qui risquent d’éviter le système de santé à cause de la stigmatisation et de la discrimination liées aux soins et au traitement du VHC. Le groupe est la base qui leur permet de prendre contact avec des infirmiers, des médecins et des spécialistes du VHC.

Pour encourager la participation au groupe, les clients reçoivent un repas durant la rencontre, ainsi qu’une indemnité pour les frais de déplacement et des honoraires. Pendant le groupe de soutien, les participants reçoivent et partagent de l’information sur le VHC et les moyens de prendre sa santé en main.

Les rendez-vous auprès des infirmiers, médecins et spécialistes du VHC ont lieu pendant la rencontre du groupe, ce qui facilite l’accès à ces professionnels de la santé. En dehors du groupe, les participants ont également accès à un service de gestion des cas, à du counseling et à plus de soutien de la part de leurs pairs.

La non-consommation de drogues ou d’alcool et la participation à un programme de substitution aux opiacés ou de traitement de la dépendance ne sont pas exigées pour se joindre au programme.

À propos de l’étude

L’étude avait pour objectif d’évaluer au fil du temps les résultats du PCTHC pour la santé et le vécu psychosocial des participants.

En 2011, on a commencé à inviter tous les nouveaux participants au programme à se joindre à l’étude. On a interrogé les participants à trois moments différents : dès leur inscription au programme; à la fin du premier cycle du groupe de soutien et un an après la fin du premier cycle du groupe de soutien. Cette étude se poursuit et prendra fin en 2016 lorsque le dernier groupe aura été interrogé à l’occasion de l’anniversaire de la fin du premier cycle du groupe de soutien.

Les entrevues consistent en questionnaires normalisés qui mesurent l’état de santé global, la santé physique et mentale, la consommation de drogues et/ou d’alcool et l’utilisation des soins de santé. On pose également des questions sur le logement, le revenu et les antécédents d’incarcération.

Résultats : une population très marginalisée

L’étude comptait 78 participants. Trois personnes sont mortes au cours de l’étude (pour des raisons non liées à celle-ci), 13 autres ne l’ont pas terminée et quatre autres s’en sont retirées.

Les participants constituaient un groupe très marginalisé :

  • 85 % avaient été incarcérés pour une période moyenne de six ans
  • 82 % dépendaient de l’aide sociale comme principale source de revenu
  • 49 % vivaient dans un logement instable, tel qu’un refuge, un motel, une maison de chambres ou un lieu public
  • 49 % n’avaient terminé que l’école primaire ou moins
  • 71 % faisaient état d’antécédents d’abus physique
  • 46 % faisaient état d’antécédents d’abus sexuel

De nombreux participants avaient aussi des problèmes médicaux autres le VHC, dont les suivants :

  • 78 % faisaient état d’au moins un problème de santé chronique additionnel
  • 58 % disaient avoir souffert d’anxiété au cours du mois précédent
  • 45 % disaient avoir souffert de dépression au cours du mois précédent
  • 41 % disaient avoir été hospitalisés pour un problème de santé mentale
  • 4 % disaient avoir le VIH

La majorité des participants (près de 90 %) s’étaient déjà injecté des drogues, dont 11 personnes au cours du mois précédent. La moitié des participants avaient utilisé du crack cocaïne (non injecté) au cours des six mois précédents, et 68 % d’entre eux avaient bu de l’alcool au cours de la même période.

Amélioration de l’accès aux soins du VHC

Avant de s’inscrire au programme, la plupart des participants (85 %) avaient un médecin de soins primaires, mais seulement 15 % d’entre eux avaient consulté un spécialiste du VHC. Au cours de la première année de suivi, le taux de consultation de spécialistes a grimpé de façon considérable, passant de 15 % à 54 %. De plus, presque tous les participants (93 %) ont vu le médecin de soins primaires du programme, et ils ont tous consulté un infirmier spécialisé dans le traitement du VHC.

À la fin de la période de l’étude, les participants avaient également fait l’objet d’évaluations du VHC et de soins reliés, dont les suivants :

  • 95 % ont fait analyser des échantillons de sang en laboratoire
  • 77 % ont fait l’objet d’une échographie du foie
  • 58 % ont fait l’objet d’une évaluation des lésions hépatiques
  • 86 % ont reçu des vaccinations contre les virus de l’hépatite A et B

Avant l’étude, seulement 4 % des participants avaient commencé un traitement contre le VHC. Après un an de suivi, 19 % d’entre eux (15 personnes) avaient commencé le traitement et 12 % (neuf personnes) l’avaient terminé. Treize participants voulaient commencer le traitement mais ne répondaient pas aux critères exigés par le gouvernement pour subventionner le traitement. Dix autres participants ont évoqué la nécessité de régler d’autres problèmes de santé comme principale raison pour ne pas commencer le traitement du VHC.

Amélioration de l’accès au logement et au revenu

L’accès au logement et aux soutiens au revenu s’est considérablement amélioré pour les participants au cours de l’étude. 

Au début de l’étude, 54 % des participants disaient avoir un logement stable, et ce pourcentage a grimpé jusqu’à 76 % à la fin de l’étude.

De façon semblable, le nombre de participants recevant des prestations d’invalidité du gouvernement provincial est passé de 55 % au début de l’étude jusqu’à 75 % à la fin.

On a choisi l’accès aux prestations d’invalidité comme marqueur de l’amélioration du revenu parce que ces prestations sont plus élevées que celles dispensées par d’autres programmes d’aide sociale en Ontario. Comme plusieurs évaluations médicales sont nécessaires pour être admissible aux prestations, l’équipe aide les participants à recevoir les évaluations en question.

Notons que la stabilité du logement et l’accès au revenu sont associés à l’amélioration des résultats pour la santé et de l’utilisation des soins.

Aucun changement dans l’état de santé global

Au début de l’étude, un peu plus de la moitié des participants ont qualifié leur état de santé de mauvais ou de passable, et cela n’a pas changé au cours de l’étude.

Selon la théorie avancée par les chercheurs, l’absence de changement serait attribuable au fait que la majorité des participants étaient aux prises avec des problèmes de santé majeurs  et une marginalisation profonde dans leur vie. Ainsi, il se peut qu’une période plus longue doive s’écouler avant qu’un changement dans l’auto-perception de la santé n’ait lieu.

Limitations

Une limitation de cette étude tient à la faible taille de l’échantillon (nombre de participants); il n’empêche que ce dernier représente le plus grand échantillon de personnes atteintes du VHC hautement marginalisées qui utilisent des drogues et qui reçoivent du soutien dans un contexte de soins primaires à avoir participé à une étude prospective (une étude qui suit les gens au fil du temps).

De plus, comme ce programme utilisait une approche holistique, il est possible que plusieurs autres interventions aient eu un impact sur les participants. L’étude n’a pas été conçue pour déterminer quelles interventions étaient responsables de quels aboutissements, ce qui rend plus difficile l’interprétation des résultats.

Enfin, il est possible que les participants aient reçu des services de soins ou de soutien de l’extérieur du programme, mais il n’a pas été possible d’évaluer l’effet de cette variable.

Conclusions

Le PCTHC a réussi à améliorer l’accès des personnes atteintes du VHC hautement marginalisées au logement, aux soutiens au revenu et aux soins du VHC et les a soutenues dans chacun de ces domaines avant de commencer le traitement du VHC.

De plus, ces progrès sur le plan des soins, du traitement et du soutien jettent les assises de programmes destinés à améliorer la santé bien au-delà du VHC. 

Les résultats du PCTHC fournissent des données probantes aux organismes qui viennent en aide aux personnes atteintes du VHC hautement marginalisées qui utilisent des drogues. Ils révèlent que ce genre de programme peut améliorer d’importants facteurs qui jouent dans la santé de cette population.

Ressources

Un guide sur le Programme communautaire sur l’hépatite C de Toronto

Un programme torontois réussit à aider certaines personnes marginalisées à guérir du virus de l’hépatite CNouvelles CATIE

Scott Anderson

RÉFÉRENCES

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