Nouvelles CATIE

30 octobre 2014 

Des chercheurs ontariens réclament davantage de dépistages d’ITS, surtout parmi les hommes gais et bisexuels

Les infections transmissibles sexuellement courantes (ITS), dont l’herpès, la chlamydia, la gonorrhée, la syphilis et le virus du papillome humain (VPH), peuvent causer de l’inflammation et des plaies sur, autour ou dans le revêtement tissulaire humide et délicat de l’anus, de la bouche et de la gorge, du pénis et du vagin. Dans certains cas, l’inflammation et les plaies sont indolores et passent inaperçues, et les personnes atteintes ne se font donc pas soigner.

L’inflammation causée par les ITS peut rendre certaines personnes plus vulnérables à l’infection par le VIH.

Parmi les personnes qui ont déjà le VIH, les ITS peuvent être problématiques pour les raisons suivantes, entre autres :

  • Elles affaiblissent le système immunitaire et augmentent le risque de contracter d’autres ITS.
  • Elles augmentent la production de VIH et accroissent ainsi le risque de transmettre le virus à d’autres personnes.
  • Les microbes comme la syphilis peuvent se propager rapidement aux organes vitaux, y compris le cerveau.
  • L’incidence des souches de gonorrhée difficiles à traiter est à la hausse, et les infections de ce genre peuvent être extrêmement désagréables.

De nombreuses ITS courantes — herpès, chlamydia, gonorrhée, syphilis et VPH — peuvent se propager lors des relations sexuelles orales, vaginales et anales sans condom.

Pour toutes ces raisons, des examens médicaux et des dépistages d’ITS réguliers (et dans certains cas fréquents) sont nécessaires pour les adultes sexuellement actifs, et plus particulièrement pour les personnes ayant des relations sexuelles anonymes et/ou de nombreux partenaires sexuels. L’usage correct et régulier du condom est également utile pour se protéger contre de nombreuses ITS.

Infections à la hausse

Depuis au moins une décennie, les cas de syphilis et de VIH se multiplient parmi les hommes gais et bisexuels du Canada et d’autres pays à revenu élevé. En effet, les rapports canadiens laissent croire que l’incidence de la syphilis a au moins décuplé durant cette période, surtout parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH).

Des chercheurs affiliés au Réseau ontarien de traitement du VIH (OHTN) ont collaboré avec les principales cliniques VIH de la province pour étudier le dépistage de la syphilis. Selon les chercheurs, même si les taux de dépistage de cette infection augmentent, ils sont encore inférieurs au niveau idéal. Pour corriger cette situation, l’équipe a formulé des suggestions à l’intention des cliniques et des patients afin d’assurer le dépistage de davantage de personnes, la détection et le traitement d’un nombre plus grand d’ITS et, ainsi, le ralentissement de la propagation de celles-ci.

Détails de l’étude

L’Étude de cohorte de l’Ontario (Ontario Cohort Study ou OCS) recueille des données de santé auprès de 12 cliniques VIH situées un peu partout dans la province. Les volontaires qui participaient à l’étude remplissaient également des questionnaires et, depuis 2008, étaient interrogés annuellement. Les chercheurs ont analysé des données recueillies auprès de 4 232 participants entre 2000 et 2009.

Les chercheurs ont obtenu de l’information sur le dépistage de la syphilis en communiquant avec les Laboratoires de Santé publique Ontario. Ces laboratoires s’occupent du dépistage de la syphilis partout dans la province. La séquence du dépistage de la syphilis se déroule comme suit en Ontario :

  • Les échantillons de sang sont d’abord analysés par un appareil automatisé appelé Abbott Architect (pour détecter la présence d’anticorps contre la syphilis).
  • Si le résultat de l’analyse de l’Abbott Architect s’avère positif, un dépistage de confirmation est effectué à l’aide d’un deuxième test, soit le test RPR (anticorps réaginique), le TPPA (test d’agglutination passive de Treponema pallidum) ou le FTA-ABS (test d’immunofluorescence absorbée). Ces tests secondaires mesurent des anticorps qui s’attaquent aux molécules lipidiques libérées par les cellules endommagées par le microbe (T. pallidum) causant la syphilis ou, dans certains cas, des molécules libérées par T. pallidum lui-même.

Les chercheurs œuvrant dans les laboratoires de santé publique de l’Ontario croient que cette séquence de dépistage permet de mieux détecter les cas précoces de syphilis que les algorithmes précédents.

Les participants avaient le profil de base suivant :

  • moyenne d’âge – 45 ans
  • 86 % d’hommes, 14 % de femmes
  • compte de cellules CD4+ – 455 cellules/mm3

Résultats

Les chercheurs ont constaté que 4 232 participants avaient passé 7 313 tests de dépistage de la syphilis au cours de la période de neuf ans à l’étude.

Les proportions de personnes ayant passé des tests de dépistage de la syphilis étaient les suivantes au sein des populations précisées :

  • HARSAH – 84 %
  • femmes – 78 %
  • hommes hétérosexuels – 75 %

La majorité (86 %) des tests de dépistage de la syphilis a été effectuée par des médecins et infirmiers travaillant dans des cliniques VIH. Selon les chercheurs : « Dans l’ensemble, 77 % des tests de dépistage de la syphilis ont été commandés [en même temps que les tests de la charge virale en VIH] ».

Tendances de dépistage

Les chercheurs ont constaté que les taux de dépistage de la syphilis avaient augmenté de façon marquée au cours de l’étude. À titre d’exemple, notons que seulement 3 % des participants se sont fait tester pour la syphilis en 2000. En 2009, ce pourcentage a grimpé jusqu’à 55 %.

Cette augmentation du taux de dépistage constitue une amélioration comparativement aux années précédentes, mais il est encore inférieur au niveau idéal.

Résultats de tests

À la lumière des résultats des tests de dépistage, l’équipe de recherche a estimé que, parmi les patients séropositifs de l’Ontario, « au moins un sur cinq » contracterait la syphilis au cours de sa vie.

En 2009, les chercheurs ont découvert qu’au moins 4 % des HARSAH inscrits à leur étude ont présenté un nouveau cas de syphilis.

D’autres études menées en Europe occidentale et en Australie ont permis de constater des taux de syphilis largement semblables parmi les HARSAH, particulièrement les HARSAH séropositifs, que lors de l’étude ontarienne.

Il faut se rappeler que, en raison de problèmes liés à la conception de cette étude, il est extrêmement probable que l’équipe de recherche a sous-estimé le nombre de cas de syphilis parmi les HARSAH séropositifs vivant en Ontario.

Points clés

  • Le nombre de cas de syphilis a augmenté dans de nombreuses régions depuis 2000; dans certains cas, il a plus que décuplé.
  • Selon les chercheurs ontariens, « la vaste majorité des [cas de syphilis] concerne des HARSAH, dont un grand nombre sont co-infectés par le VIH ».
  • Bien que les taux de dépistage de la syphilis aient augmenté au fil du temps, ils sont toujours inférieurs au niveau idéal.
  • Les chercheurs « recommandent que les efforts futurs pour détecter et traiter rapidement la syphilis chez les [HARSAH séropositifs] incluent des changements de pratique systématiques et opérationnels en matière de soins de santé, tels que des interventions en milieu clinique ».
  • Les résultats de l’étude soulignent la nécessité pour les adultes sexuellement actifs, et plus particulièrement les hommes gais et bisexuels, de passer des examens médicaux et des dépistages d’ITS réguliers (et dans certains cas fréquents) et de se faire rapidement traiter lorsqu’une ITS est diagnostiquée. Les adultes sexuellement actifs peuvent réduire leurs risques d’ITS en utilisant correctement et systématiquement le condom.

Ressources

La syphilis – Feuillet d’information de CATIE

Que se passe-t-il donc, par syphilis? Réaction face aux éclosions de cas de syphilis au CanadaPoint de mire sur la prévention

Prise en charge et traitement d’infections spécifiques : SyphilisLignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement

Traitement pharmacologique des ITSS : Syphilis – Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS)

New information for gay men living with HIV: STI testing is good for your health – Réseau ontarien de traitement du VIH (en anglais seulement)

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Lukehart SA, Hook EW 3rd, Baker-Zander SA et al. Invasion of the central nervous system by Treponema pallidum: implications for diagnosis and treatment. Annals of Internal Medicine. 1988 Dec 1;109(11):855–62.
  2. Ghanem KG, Moore RD, Rompalo AM, et al. Lumbar puncture in HIV-infected patients with syphilis and no neurologic symptoms. Clinical Infectious Diseases. 2009 Mar 15;48(6):816-21.
  3. Sullivan PS, Hamouda O, Delpech V, et al. Reemergence of the HIV epidemic among men who have sex with men in North America, Western Europe and Australia, 1996-2005. Annals of Epidemiology. 2009 Jun;19(6):423-31.
  4. Leber A, MacPherson P, Lee BC. Epidemiology of infectious syphilis in Ottawa. Recurring themes revisited. Canadian Journal of Public Health. 2008 Sep-Oct;99(5):401-5.
  5. Dumaresq J, Langevin S, Gagnon S, et al. Clinical prediction and diagnosis of neurosyphilis in HIV-infected patients with early Syphilis. Journal of Clinical Microbiology. 2013 Dec;51(12):4060-6.
  6. Kofoed K, Gerstoft J, Mathiesen LR, et al. Syphilis and human immunodeficiency virus (HIV)-1 coinfection: influence on CD4 T-cell count, HIV-1 viral load, and treatment response. Sexually Transmitted Diseases. 2006 Mar;33(3):143-8.
  7. Goswami ND, Stout JE, Miller WC, et al. The footprint of old syphilis: using a reverse screening algorithm for syphilis testing in a U.S. Geographic Information Systems-Based Community Outreach Program. Sexually Transmitted Diseases. 2013 Nov;40(11):839-41.
  8. Gratrix J, Plitt S, Lee BE, et al. Impact of reverse sequence syphilis screening on new diagnoses of late latent syphilis in Edmonton, Canada. Sexually Transmitted Diseases. 2012 Jul;39(7):528-30.
  9. Sellati TJ, Wilkinson DA, Sheffield JS, et al. Virulent Treponema pallidum, lipoprotein, and synthetic lipopeptides induce CCR5 on human monocytes and enhance their susceptibility to infection by human immunodeficiency virus type 1. Journal of Infectious Diseases. 2000 Jan;181(1):283-93.
  10. Ghanem KG, Moore RD, Rompalo AM, et al. Neurosyphilis in a clinical cohort of HIV-1-infected patients. AIDS. 2008 Jun 19;22(10):1145-51.
  11. Tuite AR, Burchell AN, Fisman DN. Cost-effectiveness of enhanced syphilis screening among HIV-positive men who have sex with men: a microsimulation model. PLoS One. 2014 Jul 1;9(7):e101240.
  12. Burchell AN, Allen VG, Moravan V, et al. Patterns of syphilis testing in a large cohort of HIV patients in Ontario, Canada, 2000-2009. BMC Infectious Diseases. 2013 May 28;13:246.
  13. Mulhall BP, Wright S, Allen D, et al. High rates of sexually transmissible infections in HIV-positive patients in the Australian HIV Observational Database: a prospective cohort study. Sexual Health. 2014 Sep;11(4):291-7.
  14. Giard M, Queyron PC, Ritter J, et al. The recent increase of syphilis cases in Lyon University hospitals is mainly observed in HIV-infected patients: descriptive data from a laboratory-based surveillance system. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2003 Dec 1;34(4):441-3.
  15. Spornraft-Ragaller P, Boashie U, Stephan V, et al. Analysis of risk factors for late presentation in a cohort of HIV-infected patients in Dresden: positive serology for syphilis in MSM is a determinant for earlier HIV diagnosis. Infection. 2013 Dec;41(6):1145-55.
  16. Jin F, Prestage GP, Zablotska I, et al. High incidence of syphilis in HIV-positive homosexual men: data from two community-based cohort studies. Sexual Health. 2009 Dec;6(4):281-4.
  17. Kelesidis T. The cross-talk between spirochetal and immunity. Frontiers in Immunology. 2014 Jun 30;5:310.