Nouvelles CATIE

9 septembre 2014 

Des scientifiques français font état de changements dans les taux de certains cancers non liés au sida

Les effets profondément bénéfiques des combinaisons de médicaments anti-VIH modernes (couramment appelées thérapies antirétrovirales ou TAR) ont aidé à sauver le système immunitaire de nombreuses personnes vivant avec le VIH. Au Canada et dans les autres pays à revenu élevé où l’accès à la TAR est généralement subventionné par les autorités de la santé, les taux d’infections et de cancers liés au sida ont diminué de façon très importante. Cependant, comme les personnes séropositives vivent maintenant plus longtemps grâce à la TAR, les complications non liées au sida sont en train de devenir un plus grand problème. L’une des complications en question est le cancer.

Des chercheurs d’un peu partout en France ont collaboré à la collecte de données de santé auprès de personnes vivant avec le VIH pour un projet appelé Base de données hospitalières française (BDHF). Établie en 1989, cette base de données exhaustive permet aux chercheurs de tirer des conclusions bien équilibrées.

Lors de la plus récente analyse des principaux cancers non liés au sida recensés dans la BDHF, les chercheurs ont examiné des données recueillies auprès de plus de 84 000 personnes séropositives entre 1997 et 2009. Ils ont ensuite comparé ces données à celles portant sur des personnes séronégatives vivant en France. L’équipe a constaté que le risque global de cancer du poumon et de l’anus a chuté au cours de l’étude chez les personnes séropositives. Chez cette même population, les taux de lymphome hodgkinien et de cancer du foie sont restés stables. Parmi les participants séropositifs dont le compte de CD4+ a augmenté pour rester au-dessus de la barre des 500 cellules/mm3, le risque de cancer du poumon se comparait à celui que connaissent les personnes séronégatives. Toutefois, parmi les personnes séropositives en général, le risque de présenter un cancer demeurait élevé comparativement aux personnes séronégatives.

Détails de l’étude

L’équipe de la BDHF s’est concentrée sur les cancers pour lesquels elle disposait de données se rapportant à plus de 200 personnes séropositives, dont les suivants :

  • cancer anal
  • cancer du poumon
  • lymphome hodgkinien
  • cancer du foie

Les chercheurs ne se sont pas intéressés aux cancers moins courants parce qu’ils n’auraient pas disposé du bien-fondé statistique nécessaire pour tirer des conclusions significatives.

Au total, l’analyse a porté sur des données recueillies sur une période approximative de sept ans auprès de 58 525 hommes séropositifs et 25 979 femmes séropositives. La majorité des participants avait entre 30 et 50 ans.

Pour vérifier les informations concernant les taux de cancer parmi les personnes séronégatives, les chercheurs ont utilisé les données du réseau français des registres du cancer, une ressource dénommée FRANCIM.

Résultats — nombre de diagnostics de cancer

Les cancers suivants ont été diagnostiqués au cours de l’étude :

  • cancer anal – 525 cas
  • lymphome hodgkinien – 433 cas
  • cancer du poumon – 763 cas
  • cancer du foie – 535 cas

Résultats — tendances des nouveaux diagnostics de cancer

Cancer du poumon

Dans l’ensemble, le taux de nouveaux cas de cancer du poumon a considérablement baissé chez les hommes, peu importe leur statut VIH. En revanche, le taux de cancer du poumon a augmenté chez les femmes séronégatives mais est resté stable chez les femmes séropositives.

Lymphome hodgkinien

Le taux de ce cancer a augmenté chez les personnes séronégatives mais est resté relativement stable parmi les personnes séropositives.

Cancer du foie

Le taux de cancer du foie a augmenté chez les hommes, sans égard à leur statut VIH. Parmi les femmes séropositives, le taux de cancer du foie a augmenté de trois fois, alors que seule une très légère augmentation a été constatée chez les femmes séronégatives.

Cancer anal

Le taux de cancer anal n’a pas changé chez les hommes séropositifs ou séronégatifs. Il a toutefois augmenté significativement chez les femmes séropositives et séronégatives.

Risque

Bien que l’incidence de certains cancers ait changé au cours de l’étude, les chercheurs français ont constaté que, en général, le risque relatif des quatre cancers étudiés est demeuré significativement plus élevé chez les personnes séropositives comparativement aux personnes séronégatives.

Mentionnons, à titre d’exemple, que le risque global de cancer du poumon a baissé, alors que le risque particulier demeurait environ six fois plus élevé chez les femmes séropositives et trois fois plus élevé chez les hommes séropositifs, comparativement aux femmes et aux hommes n’ayant pas le VIH.

Importance du compte de cellules CD4+

Parmi les participants qui suivaient une TAR et dont le compte de CD4+ a dépassé la barre des 500 cellules pour s’y maintenir pendant au moins deux ans, le taux de cancer du poumon approchait de celui observé chez les personnes séronégatives. Toutefois, le taux de lymphome hodgkinien était neuf fois plus élevé et le taux de cancer du foie était deux fois plus élevé que chez les personnes séronégatives.

VIH, vieillissement et cancer — existe-t-il un lien?

Tenant compte du sexe, de l’âge et du statut VIH, les chercheurs ont constaté que le diagnostic de certains cancers avait lieu plus tôt chez les personnes séropositives :

  • cancer du poumon – le diagnostic des personnes séropositives semblait être posé trois ans plus tôt environ
  • cancer du foie – les personnes séropositives co-infectées par le virus de l’hépatite B (VHB) ou le virus de l’hépatite C (VHC) semblaient être diagnostiquées 11 ans plus tôt

Ces différences sont significatives du point de vue statistique. En revanche, aucune différence significative n’a été constatée entre l’âge des personnes séropositives et celui des personnes séronégatives au moment du diagnostic des cancers suivants :

  • lymphome hodgkinien
  • cancer anal

Dans le cas du cancer du foie, il est probable que la dysfonction immunitaire causée par le VIH cause l’évolution accélérée de ce cancer. En ce qui concerne le cancer du poumon, il est possible que le taux de tabagisme relativement élevé qu’affichent les personnes séropositives ait contribué au risque accru de cancer. Selon les conclusions des chercheurs, il est improbable que l’apparition plus précoce de ces cancers soit attribuable au vieillissement accéléré des personnes vivant avec le VIH.

Pourquoi l’augmentation des risques?

L’infection au VIH est associée à une augmentation marquée de l’activation et de l’inflammation dans le système immunitaire. Puisque les cellules du système immunitaire sont présentes partout dans le corps et à l’intérieur de différents systèmes organiques, l’inflammation liée au VIH nuit à l’ensemble de l’organisme.

La TAR réduit considérablement l’inflammation liée au VIH, mais ne peut l’éliminer. Certains chercheurs ont suggéré que l’inflammation excessive liée au VIH augmente le risque de cancer. Il vaut toutefois la peine de mentionner que, jusqu’à présent, on n’a pas constaté d’augmentation du risque global de toutes les formes de cancer chez les personnes vivant avec le VIH. La majorité des cancers qui touchent relativement couramment cette population sont causés par l’exposition à des toxines (fumée de tabac) ou à des virus spécifiques (nous y reviendrons plus tard) se transmettant par voie sexuelle ou encore par le partage de matériel de consommation de drogues ou l’exposition à du sang ou à des produits sanguins contaminés utilisés avant l’adoption des mesures conçues pour assurer la sûreté des dons de sang.

Réduire le risque de cancers spécifiques

Bien que la TAR ne puisse éliminer les risques associés aux cancers mentionnés dans ce bulletin, le maintien d’un compte de CD4+ d’au moins 500 cellules/mm3 permet généralement de réduire le risque de cancer. Si votre compte de CD4+ n’atteint pas ce niveau sous l’effet du traitement, parlez à votre médecin des causes possibles. Pour aider à préserver votre système immunitaire, il est important que vous commenciez la TAR peu de temps après votre diagnostic de VIH.

Le cancer anal est causé par l’infection au virus du papillome humain (VPH). Il existe deux vaccins qui protègent contre le VPH, soit le Cervarix et le Gardasil. Ce dernier confère aussi une protection contre les verrues génitales. Parlez à votre médecin de la possibilité de vous faire vacciner contre le VPH et faites-vous diriger vers un programme de dépistage du cancer anal dans votre région. L’usage du condom lors des rapports sexuels vous aidera aussi à éviter l’exposition au VPH (et à d’autres microbes).

L’infection au VHB et/ou au VHC peut causer le cancer du foie. Renseignez-vous sur le dépistage de ces infections auprès de votre médecin. Il existe un traitement contre le VHB, ainsi qu’un vaccin destiné aux personnes non infectées. Il existe aussi des traitements contre le VHC qui ne cessent de devenir plus sûrs, plus courts et plus faciles à tolérer. L’usage approprié et régulier du condom aide à réduire le risque de contracter le VHC lors des relations sexuelles anales. Il n’existe aucun vaccin contre le VHC.

Le tabagisme augmente non seulement le risque de cancer du poumon, mais aussi celui d’autres cancers. Si vous fumez, parlez à votre médecin, votre infirmier ou votre pharmacien des aides disponibles pour arrêter de fumer.

Le lymphome hodgkinien semble être causé par un virus courant de la famille des herpès, soit le virus Epstein-Barr (EBV). À l’heure actuelle, aucune méthode n’a fait ses preuves pour réduire le risque de lymphome hodgkinien.

Adopter un mode de vie sain

Lors d’études par observation, les interventions suivantes ont été associées à un risque réduit de cancer et/ou à une amélioration du mode de vie des participants en ce qui concerne la santé dans certains cas :

  • Maintenir un poids santé – Si votre poids est excessif ou insuffisant, parlez à votre médecin.
  • Faire de l’exercice plusieurs fois par semaine – Parlez à votre médecin pour déterminer le genre et l’intensité d’exercice qui vous conviennent.
  • Réduire les effets néfastes du stress – Pour certaines personnes, l’exercice est utile; pour d’autres, des pratiques additionnelles comme le yoga, la méditation, le tai-chi et les exercices de pleine conscience s’avèrent bénéfiques. Le counseling peut aider les gens à composer avec le stress et à trouver des moyens de le maîtriser. Parlez à votre médecin de vos besoins en matière de santé mentale.
  • Adopter un régime alimentaire riche en fibres et en fruits et légumes colorés.
  • Réduire la consommation d’alcool et d’autres substances et chercher du soutien pour surmonter la dépendance si nécessaire – Si vous vivez avec une dépendance à l’alcool ou à d’autres substances, obtenez de l’aide auprès de votre médecin ou infirmier. Les dépendances peuvent nuire à la santé.
  • Éviter de partager du matériel de consommation de drogues – La consommation de substances intoxicantes expose les gens à des produits chimiques nocifs; en partageant votre matériel, vous augmentez le risque de vous faire exposer à des virus qui peuvent causer le cancer et d’autres maladies graves.

—Sean R. Hosein

Ressources

Un guide pratique de la nutrition – Le guide de CATIE sur les principes d’une alimentation saine, les vitamines et les suppléments, ainsi que la gestion des symptômes et des effets secondaires par la nutrition

Le VIH et le bien-être émotionnel – Le guide de CATIE sur la façon dont les personnes vivant avec le VIH peuvent cultiver leur bien-être émotionnel

Thérapie basée sur la pleine conscience utile au système immunitaire et pour combattre le stress – Nouvelles CATIE

Site Web d’information sur l’hépatite C de CATIE

RÉFÉRENCES :

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