Nouvelles CATIE

13 mai 2014 

Des chercheurs de la Colombie-Britannique proposent des moyens d’améliorer les soins aux femmes séropositives

La prise quotidienne d’une thérapie d’association puissante contre le VIH (couramment appelée TAR ou multithérapie) et le respect rigoureux des prescriptions constituent la pierre angulaire de toute démarche visant à améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH. De nombreux autres facteurs ont un impact sur la santé, le bien-être et la survie des patients aussi, notamment la qualité des soins.

Les chercheurs du Centre d’excellence sur le VIH/sida de Vancouver ont créé un outil pour évaluer la qualité des soins donnés aux patients. Le Programmatic Compliance Score ou PCS (score de conformité des programmes) compare des aspects particuliers des soins dispensés aux patients aux recommandations des principales lignes directrices sur le traitement du VIH.

Lors d’une étude précédente, l’équipe de la Colombie-Britannique qui a créé le PCS avait constaté que les patients qui ne recevaient pas les soins recommandés par les lignes directrices durant la première année d’une TAR étaient susceptibles d’avoir une mauvaise santé et de courir un risque accru de mortalité.

Pour son plus récent rapport, l’équipe a focalisé son analyse sur les soins reçus par près de 3 600 participants séropositifs (80 % d’hommes, 20 % de femmes). Dans l’ensemble, les chercheurs ont constaté que les femmes semblaient recevoir des « soins de moindre qualité » que ceux donnés aux hommes. De plus, l’équipe a trouvé que les femmes présentant les caractéristiques suivantes étaient plus susceptibles de recevoir des soins de moindre qualité :

  • antécédents d’injection de drogues
  • ascendance autochtone
  • île de Vancouver comme lieu de résidence
  • début de la TAR peu de temps après son introduction entre le milieu et la fin des années 1990

L’équipe de recherche a proposé des moyens d’améliorer les soins donnés aux femmes séropositives dont nous rendons compte plus loin dans ce bulletin de Nouvelles CATIE.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont passé en revue les renseignements médicaux recueillis auprès des participants séropositifs qui avaient commencé une TAR entre janvier 2000 et octobre 2010.

L’outil d’évaluation créé par les chercheurs de la Colombie-Britannique est fondé sur une série d’étapes décrites dans les principales lignes directrices thérapeutiques, telles que celles produites par le Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique et le volet américain de l’International Antiviral Society (IAS-USA). L’équipe de la Colombie-Britannique s’est concentrée sur les recommandations suivantes des lignes directrices :

  • avant de commencer la TAR, effectuer un test pour déterminer si le VIH du patient est résistant à un quelconque médicament anti-VIH
  • commencer la TAR par une combinaison de médicaments privilégiée par les lignes directrices
  • commencer le TAR peu de temps après le diagnostic de VIH
  • pendant la première année de la thérapie, effectuer au moins trois tests de mesure du compte de CD4+ et de la charge virale
  • obtenir une charge virale inférieure à 50 copies/ml dans les six premiers mois du traitement

Le profil moyen des participants était le suivant au début de l’étude :

  • 80 % d’hommes, 20 % de femmes
  • âge – 42 ans
  • compte de CD4+ – 200 cellules/mm3
  • charge virale – 79 000 copies/ml

Résultats

Les chercheurs ont affirmé que « les femmes étaient 58 % plus susceptibles de recevoir des soins de moindre qualité ».

De façon générale, les femmes présentant les caractéristiques suivantes étaient moins susceptibles de recevoir les soins recommandés par les lignes directrices :

  • antécédents d’injection de drogues
  • ascendance autochtone
  • île de Vancouver comme lieu de résidence

Voici quelques autres résultats obtenus par l’équipe de Vancouver :

  • 42 % des femmes n’avaient pas fait l’objet de tests de résistance avant de commencer la TAR, comparativement à 34 % des hommes
  • 17 % des femmes avaient commencé la TAR avec un régime qui n’était pas recommandé par les lignes directrices, comparativement à 9 % des hommes
  • des proportions plus ou moins égales de femmes (47 %) et d’hommes (49 %) avaient retardé l’introduction de la TAR jusqu’à ce que leur système immunitaire se soit sérieusement détérioré, c’est-à-dire alors que leur compte de CD4+ se situait à moins de 200 cellules/mm3

Durant la première année de la TAR, les chercheurs ont constaté ce qui suit :

  • 17 % des femmes avaient passé moins de trois tests pour évaluer le compte de CD4+ et la charge virale, comparativement à 11 % des hommes
  • 50 % des femmes n’ont pas vu leur charge virale passer sous le seuil des 50 copies/ml dans les six premiers mois de la thérapie, comparativement à 41 % des hommes

Points à retenir

Selon les chercheurs, ces résultats « portent à croire que les femmes font toujours face à plusieurs barrières à l’obtention de soins de grande qualité ».

Cette équipe de chercheurs n’a pas exploré de nombreux facteurs qui auraient pu avoir un impact sur la qualité des soins reçus par certaines femmes en Colombie-Britannique, dont les suivants :

  • revenu
  • éducation
  • stigmatisation des femmes atteintes du VIH
  • présence de problèmes psychologiques, comme les traumatismes passés et la dépression
  • isolement social
  • responsabilités conflictuelles : souvent, les femmes doivent gérer leur ménage, préparer les repas et s’occuper des enfants, en plus de travailler à l’extérieur de la maison; ces tâches limitent le temps disponible pour répondre à leurs propres besoins; dans leur rôle de parent ou de soignante, certaines femmes donnent la priorité à la santé des autres membres de la famille avant la leur
  • expériences négatives au sein du système de santé

Les chercheurs ont affirmé qu’il fallait des « stratégies mieux adaptées et axées sur le sexe qui répondent aux besoins des femmes ». Ils ont proposé une approche qui :

  • offre l’option de « consulter une professionnelle de la santé »
  • donne la priorité à un « contexte de soins sécuritaire et exempt de jugement »
  • offre « le remboursement des frais de transport, la garde d’enfants et de la nourriture gratuites et d’autres soutiens spécialisés pour répondre aux besoins sociaux et connexes des femmes »
  • « favorise l’autonomisation des femmes et leur participation active aux soins »
  • « respecte la diversité des femmes et de leur vécu »
  • se fonde sur des données probantes pour aider les femmes à faire face et à surmonter les dépendances

Modèle de soins proposé

Les chercheurs ont souligné l’exemple de l’Oak Tree Clinic de Vancouver (clinique pour femmes et enfants séropositifs) comme modèle de soins axés sur les femmes. Ils ont effectué une sous-analyse auprès de 233 femmes qui fréquentaient cette clinique et 509 autres qui ne la fréquentaient pas. L’équipe a constaté que les femmes soignées à la clinique Oak Tree étaient plus susceptibles de recevoir des soins de qualité.

Limitations

La présente analyse a au moins les deux limitations suivantes :

  • Elle n’a pas été en mesure d’évaluer la qualité des soins donnés aux femmes transgenres.
  • Elle n’a pas recueilli de données sur la grossesse. Rappelons pourtant que dans les cas où certaines femmes enceintes se font soigner tardivement et qu’elles reçoivent subséquemment un diagnostic de VIH, il peut être nécessaire de commencer très rapidement la TAR afin de réduire le risque d’infection pour le fœtus. Dans de telles situations, les tests de résistance aux médicaments pourraient perdre la priorité ou être impossibles à effectuer en temps opportun.

Élargir l’accès aux soins

Les autorités de la santé publique de la Colombie-Britannique élargissent actuellement les possibilités d’offrir un dépistage du VIH et un counseling et, le cas échéant, une orientation rapide vers des soins et un traitement. Il demeure important, toutefois, de poursuivre la recherche sur les barrières aux soins optimaux et au traitement. Les résultats de l’analyse effectuée en Colombie-Britannique révèlent que, même dans cette région il n’existe pas de barrières financières au traitement pour les citoyens, les femmes connaissent encore des difficultés d’accès aux soins. L’équipe de recherche souhaite la tenue de nouvelles études pour explorer et évaluer les soins centrés sur les femmes vivant avec le VIH.

Ressource

Étude sur la santé sexuelle et reproductive des femmes vivant avec le VIH au Canada (CHIWOS)

Énoncé de consensus sur la recherche avec les femmes, les personnes trans, les filles et le VIH au Canada

 —Sean R. Hosein

RÉFÉERENCES :

  1. Lima VD, Le A, Nosyk B, et al. Development and validation of a composite programmatic assessment tool for HIV therapy. PLoS One. 2012;7(11):e47859.
  2. Carter A, Eun Min J, Chau W, et al. Gender inequities in quality of care among HIV-positive individuals initiating antiretroviral treatment in British Columbia, Canada (2000-2010). PLoS One. 2014 Mar 18;9(3):e92334.