Nouvelles CATIE

29 avril 2014 

Le virus de l’hépatite C et les perturbations du sommeil

Le virus de l’hépatite C (VHC) infecte le foie et cause des dommages à cet organe. S’il n’est pas traité, le virus continue d’endommager le foie au fil du temps, causant de l’inflammation et remplaçant le tissu hépatique sain et fonctionnel par du tissu cicatriciel. Dans les cas d’infection chronique au VHC, le foie commence graduellement à mal fonctionner, des complications surviennent et le risque de cancer du foie augmente.

L’une des nombreuses complications associées à l’infection chronique au VHC est la perturbation du sommeil. Soucieux d’y voir plus clair, des chercheurs se spécialisant dans le foie et le cerveau de Hanovre, en Allemagne, ont collaboré à une étude sur les problèmes de sommeil éprouvés par les personnes vivant avec le VHC. Leurs résultats s’ajoutent à la masse croissante de données probantes révélant que certaines personnes atteintes d’hépatite C connaissent un sommeil de piètre qualité. De plus, il semble que les problèmes de sommeil soient à l’origine de la fatigue éprouvée par de nombreuses personnes vivant avec le VHC, du moins dans certains cas. L’étude allemande a ceci de nouveau que les problèmes de sommeil ont été détectés malgré l’absence de lésions hépatiques graves.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont analysé les données se rapportant aux participants suivants :

  • 20 femmes porteuses d’anticorps anti-VHC (indice d’une infection antérieure), dont 12 ayant du matériel génétique détectable du VHC (ARN) dans le sang, signe que l’infection persiste
  • 19 femmes en bonne santé n’ayant pas le VHC

Toutes les participantes étaient dans la mi-cinquantaine et avaient été exposées au VHC plusieurs décennies auparavant, c’est-à-dire avant l’introduction du dépistage systématique des dons de sang pour détecter la présence d’infections virales.

Selon les chercheurs, les affections et les facteurs suivants qui sont susceptibles de perturber le sommeil n’étaient présents chez aucune des participantes :

  • co-infection au VIH
  • graves lésions hépatiques (cirrhose)
  • « antécédents de maladies neurologiques ou psychiatriques »
  • antécédents de consommation de drogues injectables
  • travail par quarts
  • usage de médicaments susceptibles de perturber le sommeil, y compris les opioïdes, les anxiolytiques, les antidépresseurs et l’interféron

Les femmes ont subi des évaluations exhaustives de leur santé effectuées par le biais de sondages médicaux portant notamment sur les sujets suivants :

  • qualité du sommeil
  • somnolence durant la journée
  • fatigue
  • dépression
  • anxiété

Les chercheurs ont également attaché un petit dispositif au poignet des participantes afin d’enregistrer leur activité sur une période de cinq jours.

Résultats

Les femmes qui avaient été exposées au VHC étaient considérablement plus susceptibles d’éprouver les problèmes suivants, comparativement aux femmes non exposées :

  • fatigue
  • sommeil de mauvaise qualité
  • somnolence durant la journée
  • réduction de la qualité de vie liée à la santé

Les chercheurs ont constaté que les femmes ayant des antécédents de VHC étaient plus susceptibles de souffrir d’anxiété et/ou de dépression que les femmes non exposées.

Autres recherches

Depuis une décennie, une masse croissante de données de recherche suggère que l’infection chronique au VHC a un impact sur le cerveau, particulièrement dans les cas où le foie a subi de nombreux dommages. Des rapports faisant le lien entre l’infection chronique au VHC et les problèmes suivants ont émergé :

  • fatigue chronique
  • difficulté à penser clairement
  • problèmes de mémoire
  • réduction de la qualité de vie
  • dépression

Les chercheurs responsables de cette étude allemande ont observé que les participantes ne présentaient qu’une « insuffisance hépatique légère » mais éprouvaient tout de même des problèmes de sommeil. Ces résultats laissent donc croire que les problèmes de sommeil pourraient survenir plus tôt dans le cours de la maladie hépatique.

Horloge interne, sommeil et perturbations

Daniel Shouval, spécialiste du foie à l’Hôpital universitaire Hadassah-Hebrew de Jérusalem, en Israël, a passé en revue l’étude allemande et fait les commentaires suivants dans le Journal of Hepatology :

« La structure du sommeil est dictée par une horloge de 24 heures [qui se trouve dans le corps]. » Cette horloge subit l’influence de « cycles de lumière et d’obscurité qui contrôlent de nombreuses activités métaboliques dont la température corporelle, la tension artérielle, [le taux des hormones] mélatonine et cortisol, l’hormone de croissance, l’excrétion d’urine, l’humeur et les capacités cognitives ... Ces [cycles de 24 heures ou rythmes circadiens] existent non seulement chez l’humain, mais aussi chez les animaux, les plantes… les bactéries et les champignons. »

Selon le professeur Shouval, cette recherche récente donne à penser que la perturbation de l’horloge de 24 heures et des cycles internes pourraient avoir « de graves conséquences … Par exemple, le manque de sommeil pourrait causer l’épuisement, l’accroissement de l’irritabilité, les fluctuations de l’humeur comme la dépression, l’anxiété ou la colère, la baisse de la concentration, le trouble déficitaire de l’attention, l’affaiblissement de la mémoire, la réduction de la productivité et de la créativité, la somnolence [de jour], la prise de poids, les anomalies métaboliques telles que [l’augmentation du taux de triglycérides, un genre de graisse présent dans le sang] et d’autres. »

Retour à l’étude allemande

Les résultats de l’étude allemande sont utiles dans la mesure où ils documentent des problèmes de sommeil éprouvés par des femmes déjà exposées au VHC qui présentent des lésions hépatiques légères. Notons que l’on a exclu de cette étude de relativement faible envergure toute volontaire potentielle dont le comportement ou les problèmes de santé auraient pu empêcher les chercheurs d’interpréter les résultats de manière objective.

D’autres recherches sont nécessaires pour découvrir les raisons précises des perturbations du sommeil connues par les personnes atteintes du VHC. Selon le Dr Shouval, il pourrait y avoir des interactions défavorables entre le VHC, le système immunitaire et le cerveau qui perturberaient le sommeil et les cycles internes de 24 heures de l’organisme.

Évolution du traitement du VHC

Au cours de la dernière décennie, le traitement standard de l’infection au VHC reposait sur la combinaison de l’interféron à longue durée d’action (peg-interféron) et de l’analogue nucléosidique ribavirine. Ces médicaments agissent en mobilisant la réponse immunitaire de l’organisme contre le VHC. Cependant, la recherche sur le traitement du VHC a rapidement progressé de sorte que de nombreux nouveaux traitements qui s’attaquent directement au virus sont en voie de développement. On appelle ces nouveaux médicaments des antiviraux à action directe (AAD). Deux d’entre eux ont récemment été homologués au Canada et dans d’autres pays : le siméprévir (Galexos, Olysio) et le sofosbuvir (Sovaldi). Ces médicaments sont puissants et généralement sans danger lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre d’un traitement d’association. De plus, les traitements fondés sur le siméprévir ou le sofosbuvir durent habituellement moins longtemps que le traitement par peg-interféron et ribavirine utilisé dans le passé. Dans les années à venir, il est probable que d’autres AAD seront approuvés, ce qui donnera aux personnes atteintes du VHC et à leurs médecins davantage d’options de traitement. À mesure que le traitement du VHC devient plus simple et plus efficace, grâce en particulier aux régimes fondés uniquement sur les AAD, espérons que les complications comme les perturbations du sommeil se feront rares.

Ressources

Conseils pour améliorer son sommeil quand on vit avec l’hépatite C

Renseignements de CATIE sur l’hépatite C

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. De Cruz S, Espiritu JR, Zeidler M, et al. Sleep disorders in chronic liver disease. Seminars in Respiratory and Critical Care Medicine. 2012 Feb;33(1):26-35.
  2. Heeren M, Sojref F, Schuppner R, et al. Active at night, sleepy all day: Sleep disturbances in patients with hepatitis C virus infection. Journal of Hepatology. 2014 Apr;60(4):732-40.
  3. Shouval D. The impact of chronic hepatitis C infection on the circadian clock and sleep. Journal of Hepatology. 2014 Apr;60(4):685-6.
  4. Foster RG, Peirson SN, Wulff K, et al. Sleep and circadian rhythm disruption in social jetlag and mental illness. Progress in Molecular Biology and Translational Science. 2013;119:325-46.
  5. Benegiamo G, Mazzoccoli G, Cappello F, et al. Mutual antagonism between circadian protein period 2 and hepatitis C virus replication in hepatocytes. PLoS One. 2013 Apr 8;8(4):e60527.