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4 février 2014 

Manitoba : Taux de satisfaction élevé par rapport au dépistage du VIH dans les urgences

Selon l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), il y aurait quelque 71 000 personnes vivant avec le VIH dans ce pays, dont 25 % à leur insu. Comme ces personnes ignorent que leur système immunitaire se dégrade lentement sous l'effet du VIH, elles risquent de ne chercher des soins que lorsqu’elles tombent très malades.

Lors d'une étude récente menée en France, on s'est intéressé aux personnes se faisant soigner lors d'un stade relativement avancé de l'infection au VIH. Les chercheurs en question ont constaté que les personnes présentant « une immunodéficience modérée » qui avaient entre 200 et 350 cellules CD4+ couraient un risque de mortalité plus élevé que les personnes séropositives comptant davantage de cellules CD4+. On peut déduire de ce constat qu'un dépistage du VIH plus précoce et l'introduction rapide d'un traitement antirétroviral (TAR) auraient probablement amélioré la survie. De plus, le diagnostic et le traitement précoces coûtent moins cher que l’administration de soins aux personnes déjà gravement malades.

Certaines personnes choisissent de ne pas se faire tester pour le VIH pour les raisons suivantes :

  • Elles perçoivent leurs risques d'infection comme faibles.
  • Elles s'inquiètent de recevoir un résultat positif parce que, entre autres, elles considèrent le VIH comme une maladie mortelle plutôt que comme une infection chronique que l'on peut contrôler avec des médicaments efficaces.
  • Elles s'inquiètent de la confidentialité de leur résultat.
  • Elles sont prises par leurs occupations et trouvent l'idée d'aller à la clinique ou de visiter le médecin peu pratique.

Puisque les personnes qui ignorent leur séropositivité risquent de ne se faire soigner que lorsqu'elles tombent très malades, les chercheurs réclament de plus en plus que les hôpitaux offrent un dépistage du VIH et un counseling dans le cadre des évaluations normales effectuées dans le service des urgences. Certains hôpitaux dans les pays à revenu élevé évaluent effectivement le dépistage dans les urgences; nous présentons ici les résultats d'une étude menée dans un hôpital canadien.

Au Manitoba

En 2010 et 2011, des chercheurs au Health Sciences Hospital de Winnipeg ont mené une étude lors de laquelle ils offraient un dépistage rapide du VIH et un counseling aux adultes se faisant soigner dans le service des urgences. Tous les résultats « réactifs » au test de dépistage rapide (on peut considérer ceux-ci comme des résultats positifs préliminaires) ont ensuite été confirmés par des tests plus rigoureux. Sur les 501 adultes soignés dans le service des urgences au cours de l'étude, sept (1,4 %) se sont révélés séropositifs. Dans les sept cas, on a rapidement dirigé les patients vers un spécialiste du VIH. La vaste majorité (96 %) se disait satisfaite du dépistage rapide et du counseling offerts. De plus, 93 % des participants affirmaient que ce genre de dépistage et de counseling convenaient bien au service des urgences.

Détails de l'étude

Il revenait aux médecins et aux infirmiers travaillant dans le service des urgences de parler de l'étude aux patients; ceux qui se disaient intéressés ont été interrogés par un infirmier chercheur affilié à l'étude. Ce dernier a expliqué l'étude en détail et obtenu le consentement éclairé. Les personnes qui acceptaient de participer ont reçu un counseling avant et après le test de dépistage rapide du VIH. On a interrogé les patients au sujet de leurs comportements à risque et d'autres détails.

Le test utilisé était l'INSTI, une épreuve fabriquée par la compagnie Biolytical Laboratories. Pour effectuer ce test, il suffit de piquer le bout du doigt du patient pour recueillir quelques gouttes de sang. Le test est très sensible et peut détecter des anticorps dans au moins 99,8 % des cas en l'espace de quelques minutes. Toutefois, comme les faux positifs sont une possibilité, tous les résultats réactifs obtenus à l'aide de l'INSTI doivent être confirmés par des épreuves plus spécifiques et plus sensibles dans un laboratoire central.

Aucune personne ayant dévoilé sa séropositivité n'a été recrutée pour l'étude.

Résultats – Qui s'est fait tester?

La majorité des participants avaient moins de 40 ans et près de la moitié (49 %) étaient des femmes. La majorité (53 %) des participants s'identifiaient comme des Autochtones, et 40 % comme des Blancs.

Dépistages antérieurs

Près de la moitié (49 %) des participants s'étaient déjà fait tester pour le VIH. Dans la majorité des cas, le dépistage en question avait eu lieu plus d'un an avant la présente étude. Les femmes, les personnes qui s'injectent des drogues et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) étaient les plus susceptibles d'avoir déjà passé des tests de dépistage du VIH. Selon les chercheurs, les personnes ne faisant état d'aucun facteur de risque,  les personnes mariées et les personnes en relation monogame étaient « considérablement moins susceptibles d'avoir déjà passé un test de dépistage du VIH ».

Près de 40 % des participants n'avaient pas de médecin de famille, mais cela n'avait pas d'incidence statistiquement significative sur l'éventualité d'un dépistage antérieur.

Découvrir le VIH

Au total, sept personnes ont reçu un résultat réactif lors du dépistage rapide. Tous ces résultats ont été confirmés par des tests additionnels.  Voici le profil des sept personnes s'étant révélées séropositives :

  • moyenne d'âge – 43 ans
  • cinq hommes, deux femmes
  • quatre personnes s'identifiaient comme des Autochtones
  • six personnes s'étaient déjà fait tester pour le VIH; dans la majorité des cas, le dépistage avait eu lieu plus d'un an avant qu'elles se fassent soigner à l'urgence
  • trois personnes avaient plus de 300 cellules CD4+ par ml et consultaient pour des problèmes non liés au VIH (aucun détail n'a été fourni)
  • les quatre autres avaient moins de 200 cellules CD4+ par ml et présentaient des signes/symptômes associés à l'affaiblissement grave du système immunitaire; toutes ont reçu un diagnostic d'infection potentiellement mortelle, comme suit :
    • PPC (pneumonie pneumocystique; causée par le champignon P. jirovecii)
    • infection aux levures de la bouche et de la gorge (candidose oesophagienne; causée par Candida)
    • infection fongique de la membrane entourant le cerveau (méningite cryptococcique; causée par le champignon C. neoformans)

Prise en charge rapide

  • Les quatre personnes atteintes d'infections graves ont été hospitalisées, traitées et on leur a prescrit un traitement antirétroviral.
  • Selon les chercheurs, « dans les 24 heures suivant l'obtention du résultat réactif, les sept personnes ont toutes été dirigées vers un spécialiste du VIH et une équipe du programme pour recevoir des soins continus ».
  • Deux des trois personnes sans infection liée au sida n'ont pas eu besoin d'être hospitalisées. Leur état a été stabilisé dans l'urgence, puis elles ont reçu des soins additionnels dans une clinique VIH dans les 10 jours suivant le diagnostic de VIH.
  • La troisième personne sans infection liée au sida a eu des contacts téléphoniques avec une clinique VIH de jour, mais ne s'y est pas encore rendue en personne.

Satisfaction

Selon les chercheurs, « 96 % des participants étaient satisfaits du test et confiants [quant à sa fiabilité] ». De plus, 96 % des participants disaient qu'ils seraient prêts à passer un dépistage rapide du VIH dans le service des urgences si l'occasion leur était offerte de nouveau à l'avenir. Dans une proportion légèrement plus faible, soit 93 %, les participants étaient d'avis que le dépistage rapide du VIH devait se faire dans le service des urgences. Les personnes dont le test s'est révélé positif affichaient un taux de satisfaction semblable.

Faut-il insister sur les groupes à risque ou pas?

La présente étude n'a pas ciblé de groupes à risque spécifiques. Selon les chercheurs manitobains, leur approche de dépistage non ciblée aurait encouragé davantage de personnes à accepter de se faire tester. De plus, comme trois des personnes diagnostiquées séropositives avaient consulté pour des raisons non liées au VIH, elles auraient pu échapper au programme de dépistage ciblé. Le dépistage du VIH dans les urgences a également fait l'objet d'une étude plus complexe et plus coûteuse menée à Denver, au Colorado. L'équipe de Denver a découvert que le dépistage non ciblé permettait de diagnostiquer davantage d'infections au VIH que le dépistage ciblé.

Perspectives des patients – San Francisco

À San Francisco, des chercheurs ont interrogé des personnes diagnostiquées récemment dans le service des urgences d'un hôpital. Contrairement aux personnes qui cherchent délibérément à se faire tester pour le VIH, les patients testés dans l'urgence « risquent d'être pris complètement au dépourvu par le diagnostic ». Il se peut que ces personnes soient moins renseignées sur le VIH et les bienfaits importants du traitement moderne, de sorte que, disent les chercheurs, « elles manquent de stratégies psychosociales pour composer avec [certains des sentiments angoissants qui surgissent lorsqu'on reçoit un résultat positif au test de dépistage du VIH] ».

Le seul fait de se trouver dans le service des urgences peut être stressant, et un diagnostic inattendu de VIH peut certainement exacerber la situation. Parfois, les patients se trouvent tout seuls et sans soutien émotionnel dans les urgences, ou encore, affirment les chercheurs, ils sont parfois entourés de « proches à qui ils ne souhaitent pas dévoiler immédiatement leur statut ». Les chercheurs tiennent à prévenir les médecins et les autres membres du personnel hospitalier de cette possibilité.

Les chercheurs de San Francisco ont signalé que les patients nouvellement diagnostiqués se trouvant à l'hôpital y avaient accès à un personnel compatissant et sensible qui leur donnait un soutien émotionnel et les éduquait sur les nombreux bienfaits du traitement antirétroviral moderne et la probabilité qu'ils survivent pendant des décennies après l'avoir commencée. L'éducation aidait à renforcer la confiance des patients envers le système médical et, selon les chercheurs, « [leur donnait de l'espoir par rapport à l'avenir, car la réponse au diagnostic de VIH était toujours caractérisée par la peur de la mort, même 30 ans après le début de l'épidémie] ».

Retour à Winnipeg

Il est probable que la combinaison d'un counseling compatissant et d'interventions sensibles de la part du personnel du programme de dépistage de Winnipeg a donné lieu au taux de satisfaction élevé. De plus, le personnel qui éduquait les patients et les orientait vers des soins du VIH a sans doute joué un rôle important pour les aider à se préparer psychologiquement à accepter leur diagnostic et leur traitement.

Vers l'avenir

Il est important que les programmes de dépistage et de traitement du VIH tiennent compte des résultats des études menées à Winnipeg et à San Francisco, car il est probable que les approches adoptées dans ces villes deviendront de plus en plus cruciales pour découvrir les infections au VIH non diagnostiquées.

—Sean R. Hosein

Ressources

Après avoir reçu un diagnostic de VIH – ce qu'il faut savoir en premier pour bien vivre avec le VIH

Une réponse rapide au dépistage du VIH en milieu communautairePoint de mire sur la prévention

Dépistage systématique du VIH dans les soins aigusConnectons nos programmes

Le dépistage du VIH à domicile : bienfaits potentiels et préoccupations actuellesPoint de mire sur la prévention

REFERENCES :

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