Nouvelles CATIE

17 décembre 2013 

Un sondage canadien compare l'utilisation de la marijuana en fonction de diverses affections médicales

La marijuana est utilisée comme médecine traditionnelle depuis très longtemps. De nos jours, des extraits de marijuana, tel le nabilone (Cesamet), sont disponibles sur ordonnance pour le traitement des nausées et comme stimulants de l'appétit. L'extrait cannabidiol (Sativex) est prescrit pour traiter certains symptômes de la sclérose en plaques (SP) et la douleur. Des chercheurs canadiens ont récemment réalisé un sondage d'envergure sur l'utilisation de la marijuana et semblent avoir découvert de nouvelles applications médicinales de cette plante.

En 2011 et 2012, des chercheurs à l'Université de la Colombie-Britannique et ailleurs ont lancé un sondage détaillé pour explorer les raisons pour lesquelles les Canadiens atteints de diverses maladies avaient recours à la marijuana. Les sondeurs ont également posé des questions sur la perception des utilisateurs quant à l'efficacité de la marijuana pour le traitement de leurs symptômes.

Après avoir sondé 628 participants aux prises avec de nombreuses affections médicales différentes, les chercheurs ont constaté les raisons communes suivantes pour l'utilisation de la marijuana : traitement des problèmes de sommeil et allègement de la détresse causée par la douleur chronique et l'anxiété. Selon les chercheurs, il serait pertinent de mener des études pour évaluer l'efficacité de la marijuana contre ces problèmes. Nous rendons compte d'autres résultats du sondage dans ce bulletin de Nouvelles CATIE.

Détails de l'étude

Se fondant sur des recherches antérieures et des consultations tenues auprès d'utilisateurs de la marijuana médicinale et d'experts en la matière, l'équipe de recherche a créé un sondage qu'elle a affiché en ligne afin que des participants de partout au Canada puissent y répondre. Pour compléter cette source d'information, certains répondants pouvaient remplir le sondage en personne chez un dispensaire de marijuana situé dans l'intérieur de la Colombie-Britannique.

De nombreux participants recevaient de la marijuana dans le cadre d'un programme mis sur pied par Santé Canada pour faciliter l'accès à des fins médicales. Santé Canada a établi deux catégories de maladies en vertu desquelles les demandeurs pouvaient obtenir l'accès à de la marijuana médicinale, comme suit :

Catégorie 1 :

  • arthrite
  • cancer
  • épilepsie
  • VIH/sida
  • sclérose en plaques (SP)
  • blessure ou maladie de la moelle épinière

Catégorie 2 :

  • les personnes souffrant d'autres symptômes et affections qui ont été évaluées par un médecin et un spécialiste et jugées traitables avec de la mari médicale

Le sondage exhaustif a été conçu pour être rempli en moins d'une heure.

Les participants ont été recrutés de partout au Canada par le biais de publicités placées dans les dispensaires de marijuana et auprès d'organismes servant les personnes souffrant de certaines des maladies mentionnées dans la catégorie 1.

Le profil moyen des répondants au sondage était le suivant (notez que la somme de certains pourcentages n'équivaut pas à 100 parce que les chiffres sont arrondis) :

  • sexe – 71 % de sexe masculin, 29 % de sexe féminin
  • principaux groupes ethnoraciaux – 92 % de Blancs, 7 % d'Autochtones
  • la majorité des participants avaient entre 18 et 55 ans
  • près de 60 % avaient reçu une éducation collégiale ou universitaire
  • 60 % gagnaient moins de 40 000 $ par année
  • 78 % habitaient une région urbaine

Résultats — principales maladies

Les participants ont dévoilé qu'ils utilisaient de la marijuana pour aider à traiter les maladies et affections suivantes, dont la majorité figure dans la catégorie 1 ci-dessus :

  • arthrite
  • anxiété et/ou dépression
  • douleur chronique
  • douleur de la colonne vertébrale
  • troubles gastro-intestinaux
  • VIH/sida
  • sclérose en plaques

Même si l'on demandait aux participants d'indiquer la principale maladie pour laquelle ils avaient recours à la marijuana, les chercheurs les invitaient également à mentionner tous les symptômes qui les poussaient à en utiliser. En ce qui concerne les principales catégories mentionnées précédemment (arthrite, cancer, etc.), 99 % des participants ont signalé l'un ou plusieurs des symptômes suivants pour lesquels ils cherchaient un soulagement grâce à la marijuana :

  • anxiété
  • douleur
  • problèmes de sommeil

Cinquante-sept pour cent (57 %) des participants ont dévoilé qu'ils avaient recours à la marijuana pour soulager les trois problèmes mentionnés ci-dessus.

Résultats — autres problèmes de santé

Entre 2 % et 10 % des participants utilisaient de la marijuana pour les raisons suivantes :

  • tension artérielle supérieure à la normale
  • tics
  • pour normaliser la glycémie
  • dysfonction vésicale
  • dysfonction sexuelle masculine
  • crises de nature épileptique

Résultats — usages peu communs

Pour chacune des affections suivantes, moins de 2 % des participants disaient utiliser de la marijuana à des fins médicales :

  • trouble déficitaire de l'attention
  • syndrome de fatigue chronique
  • complications découlant de l'infection par le virus de l'hépatite C
  • maladie de Parkinson
  • syndrome de la Tourette
  • maladie de Wilson

Affections et associations

L'équipe de recherche a également constaté les associations suivantes :

  • Les personnes ayant subi des blessures à la colonne vertébrale disaient utiliser la marijuana pour traiter les spasmes musculaires;
  • Les personnes dont le principal problème était lié à l'arthrite étaient plus susceptibles d'utiliser de la marijuana pour contrer l'inflammation et réduire la pression intraoculaire;
  • Les personnes séropositives avaient surtout recours à la marijuana pour soulager les nausées et améliorer leur appétit;
  • Les personnes qui utilisaient de la marijuana pour des problèmes de santé mentale disaient souffrir des troubles suivants : anxiété, agression, dépression et psychose.

Efficacité perçue

Comme l'analyse des chercheurs est basée sur un sondage (et non sur des essais cliniques rigoureusement conçus), nous ne pouvons être certains de l'expérience réelle des personnes ayant recours à la marijuana. Les chercheurs ont toutefois affirmé que, dans l'ensemble, 72 % des participants affirmaient que la marijuana était « toujours utile » contre les affections qu'ils cherchaient à soulager. Selon les chercheurs, ce niveau de satisfaction était « relativement constant pour toutes les affections [différentes] ». Le VIH/sida s'est révélé l'exception à cet égard.

L'équipe a souligné que les participants séropositifs vantaient les mérites de la marijuana dans une proportion relativement plus faible, 55 % d'entre eux ayant affirmé qu'elle était « toujours utile » pour soulager les nausées ou stimuler l'appétit.

Selon les chercheurs, près de 60 % (358 personnes) des participants ont dévoilé qu'ils prenaient des médicaments en plus de la marijuana pour mieux vivre avec les affections mentionnées. Sur ces 358 personnes, 79 % ont affirmé que la marijuana avait « moins d'effets secondaires » que les médicaments utilisés pour traiter le même problème.

Antécédents personnels de consommation

Quatre-vingt-deux pour cent (82 %) des participants ont dévoilé avoir utilisé précédemment de la marijuana à des fins décrites comme « non thérapeutiques » par les chercheurs — on peut supposer qu'ils voulaient se geler. L'âge moyen des participants lors du premier usage récréatif était de 17 ans, comparativement à 28 ans pour la première utilisation thérapeutique.

Les chercheurs ont affirmé que « les personnes ayant des antécédents d'utilisation non thérapeutique et celles qui n'en avaient pas ne différaient pas en ce qui concerne leurs caractéristiques démographiques, affections ou symptômes. »

Et d'ajouter l'équipe : « La plupart des participants qui ont signalé un usage antérieur de marijuana en ont consommé davantage après l'introduction de l'utilisation thérapeutique », comme suit :

  • 33 % des participants ont signalé une augmentation importante
  • 32 % des participants ont signalé une faible augmentation
  • 7 % ont signalé une réduction importante
  • 10 % ont signalé une faible réduction

Quantité, fréquence et mode d'utilisation

La quantité de marijuana utilisée chaque semaine variait de moins de 2 grammes à plus de 14 grammes.

La majorité des participants utilisaient de la marijuana au moins deux fois par jour, et près du tiers d'entre eux y avaient recours quatre fois par jour ou plus.

Les participants préféraient ingérer la marijuana des trois façons suivantes :

  • en la fumant
  • avec un vaporisateur
  • en la mangeant sous forme de biscuits, gâteaux, etc.

Accès

Selon les chercheurs, environ 32 % des participants étaient autorisés par Santé Canada à posséder de la marijuana à des fins thérapeutiques. Une autre tranche de 12 % avaient une demande en voie de traitement, et 3 % s'étaient vus refuser l'autorisation.

Les participants qui utilisaient de la marijuana pour soulager des problèmes de sommeil et d'anxiété étaient moins susceptibles de recevoir l'autorisation de Santé Canada, comparativement aux personnes souffrant d'affections comme la sclérose en plaques ou les troubles gastro-intestinaux. En effet, dans l'ensemble, les chercheurs ont signalé que les participants dont la principale raison pour utiliser la marijuana était une affection ne figurant pas dans le programme de Santé Canada étaient moins susceptibles d'obtenir l'autorisation d'une utilisation thérapeutique de la substance.

Recherches actuelles et futures

Les chercheurs ont constaté que certains Canadiens avaient recours à la marijuana pour composer avec de nombreuses affections médicales. Les symptômes couramment traités incluaient les problèmes de sommeil, l'anxiété et la dépression, toutes catégories d'affections majeures confondues. Ce résultat soulève la possibilité que la marijuana ou ses extraits soient de bons candidats pour des études sur le traitement de ces symptômes.

L'équipe de recherche recommande que l'on interprète ses résultats avec une mesure de prudence en attendant qu'ils soient confirmés par une étude conçue de façon rigoureuse.  La prudence est indiquée pour les raisons suivantes, entre autres :

  • Les participants n'ont pas été choisis au hasard, mais se sont choisis eux-mêmes.  Il est possible que cette auto-sélection ait faussé par inadvertance les résultats de l'étude.
  • Comme le recrutement s'est fait par le biais d'organismes qui appuient l'usage de la marijuana à des fins médicales, il est possible que les personnes dont l'affection médicale répondait favorablement à la substance étaient surreprésentées dans le sondage.
  • Les chercheurs ne disposaient d'aucune confirmation médicale indépendante des problèmes de santé des répondants. Il est donc possible que certains d'entre eux aient catégorisé leurs affections erronément, ce qui aurait pu fausser les résultats.

Ces limitations pourraient cependant être « contrebalancées » par plusieurs forces que les chercheurs attribuent à leur étude, à savoir :

  • existence d'un « sous-échantillon de répondants en personne pour compléter le sondage en ligne »
  • collaboration d'un conseil de recherche communautaire à la création du sondage
  • observance générale des « normes établies pour le signalement des résultats des sondages par Internet »

Selon l'équipe de recherche, ce sondage constitue « l'étude la plus importante et la plus exhaustive sur l'usage thérapeutique de [la marijuana] au Canada ».

La présente étude fournit les fondations nécessaires à la planification d'essais cliniques rigoureusement conçus pour explorer les effets thérapeutiques potentiels de la marijuana sur la santé humaine. En particulier, les chercheurs suggèrent que la marijuana soit étudiée pour son potentiel contre des affections comme l'anxiété et les troubles du sommeil.

Ressources

Le programme d'accès médical à la marijuana de Santé Canada subit des modifications. Pour en savoir plus, visitez la page Web de Santé Canada.

Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Walsh Z, Callaway R, Belle-Isle L, et al. Cannabis for therapeutic purposes: Patient characteristics, access and reasons for use. International Journal on Drug Policy. 2013; in press.