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25 octobre 2012 

La dépression toucherait de nombreuses femmes durant la transition vers la ménopause

À mesure que l'organisme vieillit, des changements ont lieu en ce qui a trait à la production d'hormones. La période durant laquelle l'organisme de la femme amorce la transition menant à la ménopause s'appelle la périménopause. Cela se produit généralement dans la quarantaine et peut s'accompagner des changements suivants :

  • règles irrégulières – selon la femme, elles deviennent plus courtes, plus longues, plus légères ou plus abondantes
  • apparition de certains symptômes associés à la ménopause, comme les bouffées de chaleur, les problèmes de sommeil, la sécheresse vaginale et d'autres

La majorité de la recherche indique que les femmes séronégatives traversent la périménopause sans présenter de trouble de l'humeur. Certaines études ont toutefois permis de constater que les femmes vivant cette transition vers la ménopause courent un risque accru de dépression. Ce risque peut même être présent chez des femmes n'ayant aucun antécédent de troubles de l'humeur comme la dépression.

L'accent sur le VIH

Une équipe de chercheurs aux États-Unis ont mené une étude auprès de femmes séropositives et de femmes courant un risque élevé de contracter l'infection au VIH. Ils ont constaté que les femmes périménopausiques couraient un risque accru d'éprouver des symptômes de dépression et ce, peu importe leur statut VIH. De plus, la dépression vécue par les femmes séropositives compromettait leur capacité de prendre leur combinaison de médicaments anti-VIH puissants (couramment appelée multithérapie ou TAR) en suivant fidèlement les prescriptions. L'équipe de recherche encourage les médecins et les infirmiers à effectuer un dépistage de dépression auprès de leurs patientes séropositives éprouvant des changements dans leur cycle mensuel et à leur offrir un traitement si nécessaire.

Détails de l'étude

Travaillant dans le cadre de la Women’s Interagency HIV Study (WIHS), l'équipe de recherche a recruté des femmes en 1994 et 1995 et de nouveau en 2001 et 2002 dans les villes américaines suivantes :

  • Bronx
  • Brooklyn
  • Chicago
  • Los Angeles
  • Manhattan
  • San Francisco
  • Washington, D.C.

Les chercheurs ont recruté des femmes séropositives et séronégatives qui se ressemblaient sur les plans de l'âge, de l'ethnie, du niveau de scolarité et des facteurs de risque d'infection par le VIH (y compris l'injection de drogues illicites).

Entre avril 2007 et avril 2008, l'équipe de l'étude WIHS a incorporé des sondages au sujet de la ménopause et de l'humeur. Dans le cadre du protocole général de la WIHS, les femmes étaient interviewées, passaient un examen physique et donnaient des échantillons de sang et d'autres liquides à des fins d'analyse tous les six mois.

Dans le cadre de leur étude sur la ménopause, les chercheurs ont analysé en particulier 835 femmes séropositives, les comparant à 335 femmes séronégatives.

Définitions

L'équipe WIHS a employé les termes et définitions suivants :

  • préménopause – « présence de [règles] au cours des trois derniers mois sans changement de régularité »
  • début de périménopause – « présence de [règles] au cours des trois derniers mois avec changements de régularité »
  • fin de périménopause – « absence de [règles] depuis trois mois, mais avec présence de quelques saignements menstruels au cours des 12 derniers mois »
  • post-ménopause – « absence de [règles] depuis 12 mois »

Le profil moyen des femmes séropositives était le suivant au moment de leur admission à la sous-étude sur la ménopause :

  • âge – 45 ans
  • statut par rapport à la ménopause : préménopause – 53 %; début de périménopause – 14 %; fin de périménopause – 5 %; post-ménopause – 28 %
  • conjoint(e) actuel(e) – 26 %
  • sans emploi – 58 %
  • consommation antérieure de drogues (crack, cocaïne ou héroïne) – 64 %; « consommation importante » d'alcool – 32 %
  • compte de CD4+ : plus de 500 cellules – 42 %, entre 200 et 50 cellules – 42 %, moins de 200 cellules – 16 %
  • proportion ayant une charge virale de moins de 80 copies/ml – 50 %
  • proportion suivant une multithérapie – 63 %
  • proportion de femmes sous multithérapie prenant 95 % de leurs doses comme prescrites – 75 %
  • infection au virus de l'hépatite C (VHC) – 35 %

Résultats – dépression

Les taux de dépression étaient les mêmes (38 %) parmi les femmes séropositives et les femmes séronégatives. 

La dépression était présente dans les proportions suivantes selon la phase de la ménopause (sans égard au statut VIH) :

  • préménopause – 33 %
  • début de périménopause – 47 %
  • fin de périménopause – 42 %
  • post-ménopause – 43 %

Compte tenu de plusieurs facteurs biologiques et sociaux, les chercheurs ont constaté que les femmes en début de périménopause, sans égard au statut VIH, éprouvaient les symptômes de dépression les plus graves. Il en était de même lorsque les chercheurs ont restreint leur analyse aux seules femmes séropositives.

Quelques autres résultats :

  • les femmes ayant moins de 200 cellules CD4+ signalaient davantage de symptômes de dépression que les femmes comptant plus de cellules CD4+
  • les femmes qui suivaient fidèlement leur multithérapie couraient un moindre risque de dépression
  • les femmes qui ne suivaient pas de multithérapie étaient quatre fois plus susceptibles d'éprouver davantage de symptômes de dépression que les femmes sous multithérapie

À ne pas oublier

Les chercheurs ne sont pas certains pourquoi les symptômes de dépression étaient plus graves durant la périménopause. L'équipe WIHS mène actuellement une étude à long terme pour surveiller l'impact des changements du cycle menstruel sur la santé des femmes séropositives.

L'hormonothérapie reconsidérée

Un essai clinique mené auprès de femmes sous hormonothérapie vient de s'achever au Danemark. Pour l'étude en question, les chercheurs danois ont recruté 1 006 femmes séronégatives d'une cinquantaine d'années et ont sélectionné au hasard la moitié d'entre elles pour recevoir une hormonothérapie. La phase randomisée de l'essai a duré 10 ans. Après cette période, le suivi des femmes a continué pendant six ans de plus, pour une durée totale d'observation de 16 ans. L'équipe de recherche a constaté un risque réduit de mortalité sans la présence d'un risque accru de crise cardiaque ou de cancer parmi les femmes ayant reçu l'hormonothérapie, comparativement aux femmes non traitées. Cet effet bénéfique s'est produit durant les 10 premières années de l'étude et s'est maintenu. Ce résultat est quelque peu étonnant, car des essais randomisés contrôlés antérieurs sur l'hormonothérapie n'avaient pas trouvé celle-ci bénéfique; en fait, l'hormonothérapie a été associée à un risque accru de méfaits (crise cardiaque, AVC, cancer).

De plus, des chercheurs ont récemment terminé la ré-analyse d'essais cliniques antérieurs sur l'hormonothérapie menés auprès de femmes ménopausiques. Les analyses en question portent à croire que l'hormonothérapie pourrait être plus sûre que l'on ne la croyait lorsqu'elle est donnée uniquement à des femmes qui entrent à peine dans la ménopause et qui sont relativement jeunes (près de l'âge de 50 ans) et par ailleurs en bonne santé.

L'étude danoise et l'analyse mentionnée ci-dessus ont toutes deux suscité un intérêt renouvelé et un débat sur l'innocuité de l'hormonothérapie pour les femmes. Certains chercheurs laissent maintenant entendre que l'hormonothérapie pourrait convenir aux femmes qui en sont aux stades précoces de la ménopause. Toutefois, il s'écoulera plusieurs mois voire quelques années, peut-être, avant que ce débat soit tranché, pendant que les médecins et les patients pèsent les risques et les bienfaits éventuels de l'hormonothérapie.

Hormones et VIH – appel à la prudence

Il faut souligner que presque toutes les études sur l'utilisation de l'estrogène (et d'autres hormones et thérapies) pour traiter les troubles de l'humeur susceptibles de survenir durant la transition vers la ménopause se sont déroulées auprès de femmes séronégatives généralement en bonne santé.

L'équipe WIHS souligne que les thérapies à base d'estrogène sont une cause connue d'un risque accru de caillots sanguins inutiles, lesquels peuvent entraîner une crise cardiaque ou un AVC. Rappelons que l'infection au VIH et l'infection au VIS, un virus apparenté détectable chez les singes vulnérables, sont également associées à une augmentation des risques de maladies cardiovasculaires. La prudence est donc essentielle lorsqu'on mène des essais cliniques sur l'oestrogénothérapie ou que l'on prescrit celle-ci aux femmes séropositives qui vivent la transition menant à la ménopause.

                                                                                                            —Sean R. Hosein

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