Quoi de neuf?

Quoi de neuf à l’horizon en matière de prévention et de traitement du VIH?

Il y a encore cinq ans, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) n’était pas encore approuvée au Canada. Les messages de santé publique concernant le risque de transmission sexuelle du VIH en présence d’une charge virale indétectable étaient encore flous. Et plusieurs personnes vivant avec le VIH se voyaient encore conseiller de repousser l’amorce du traitement jusqu’à ce que leur compte de cellules CD4 commence à diminuer.

Tout cela est différent aujourd’hui au Canada. Santé Canada a approuvé la PrEP en 2016, des leaders du domaine de la santé publique affirment maintenant qu’« indétectable égale intransmissible » et les lignes directrices cliniques recommandent à présent d’offrir le traitement du VIH dès le moment du diagnostic afin d’optimiser les chances de bonne santé à long terme ainsi que de survie.

Devant des progrès d’une telle rapidité et en si peu de temps, il n’est pas irréaliste d’espérer des progrès encore plus remarquables dans un futur proche. Nous avons demandé à nos expert-es en prévention, dépistage et traitement du VIH quelles innovations sont en train d’émerger ou pourraient se produire. Voici leurs réponses.

Selon Laurel Challacombe, Directrice associée, Recherche/Évaluation et science de la prévention : l’autodépistage

Quatorze pour cent des personnes vivant avec le VIH ne sont pas diagnostiquées au Canada, et nous savons que les personnes qui ne sont pas au courant de leur infection sont les plus susceptibles de transmettre le VIH à d’autres. C’est pourquoi il est crucial de mettre à l’échelle l’accessibilité des technologies et approches novatrices afin de joindre les personnes non diagnostiquées. Il est démontré que des trousses d’autodépistage, comme celles disponibles aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans des dizaines d’autres pays, fonctionnent bien et contribuent à une augmentation des taux de dépistage, en particulier dans des populations moins susceptibles de recourir aux services de santé. Cependant, cet outil de dépistage n’est pas encore approuvé au Canada.

Selon Amanda Giacomazzo, Spécialiste en connaissances, Programmes de traitement et de prévention : le dépistage à partir de sang séché

Pour les intervenants qui travaillent en région éloignée ou en milieu non clinique, le dépistage par analyse d’une goutte de sang séché, qui existe depuis plus longtemps, est néanmoins une approche novatrice et susceptible d’accroître les taux de diagnostic d’infections comme le VIH. Cette procédure simple et peu coûteuse fait en sorte qu’un échantillon sanguin peut être prélevé par un employé non clinique et sans formation pour effectuer la ponction veineuse, puis expédié en toute simplicité pour analyse, et ce sans égard à la distance du point d’origine. Ceci est particulièrement utile pour les fournisseurs de services en communauté isolée où l’on ne trouve pas le personnel ou l’infrastructure nécessaire pour offrir des services traditionnels de dépistage sur place. De plus, l’utilisation d’une goutte de sang séché permet de dépister dans une même étape plusieurs infections transmissibles par le sang, comme le VIH et l’hépatite C.

Selon Mallory Harrigan, Spécialiste en connaissances, Science biomédicale de la prévention : la PrEP à la demande

Santé Canada a approuvé en 2016 la prophylaxie pré-exposition (PrEP) en utilisation orale quotidienne pour la prévention du VIH. Des chercheurs examinent l’efficacité de régimes de PrEP à usage moins fréquent, ce qui pourrait être une option plus réaliste pour certains utilisateurs de la PrEP. La « PrEP à la demande », consistant en des doses avant et après les rapports sexuels, a été évaluée dans quelques études auprès d’hommes gais et bisexuels, comme l’étude IPERGAY au Québec et en France. On n’a pas enregistré de nouveaux cas de VIH parmi les participants à l’étude qui ont été fidèles au régime prescrit pour la PrEP à la demande, ce qui indique que cette approche pourrait être envisagée pour des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. Certains médecins ont commencé à prescrire la PrEP à la demande à des hommes gais et bisexuels, conformément à un élément des lignes directrices canadiennes publiées récemment. Cependant, des chercheurs soupçonnent que la PrEP à la demande pourrait ne pas être appropriée pour d’autres populations, comme les femmes (notamment, il faut plus de temps à la PrEP pour avoir un effet protecteur dans le tissu vaginal que dans le tissu rectal).

Selon Sean Hosein, Rédacteur scientifique et médical : la bithérapie

Depuis l’avènement des traitements antirétroviraux hautement efficaces (TAR) contre le VIH en 1996, la plupart des personnes recevant un diagnostic d’infection à VIH se voient offrir un régime de traitement contenant trois médicaments, voire parfois quatre. Dans certains cas, ces trois médicaments sont pris en une seule pilule quotidienne. Ces dernières années, des antirétroviraux plus nouveaux et plus puissants ont été mis au point; et en 2018, Santé Canada a approuvé l’utilisation d’un comprimé quotidien contenant deux médicaments, comme traitement d’entretien. À certains égards, il s’agit d’une idée radicale; il sera intéressant de voir si les médecins adopteront cette approche au traitement. Dans un essai clinique plus récent, on a observé que la bithérapie était tout aussi efficace que la trithérapie, et ce même en régime de premier recours chez des personnes qui n’ont jamais été traitées pour le VIH, du moins pour la première année de l’utilisation. Si de tels régimes venaient à être approuvés par les instances de réglementation, ils pourraient simplifier le traitement chez certaines personnes vivant avec le VIH et possiblement réduire les effets secondaires ainsi que le coût.

Selon Tim Rogers, Directeur, Échange des connaissances : des médicaments injectables à action prolongée

Le plus important prédicteur de l’efficacité du traitement antirétroviral – que ce soit à des fins préventives ou thérapeutiques – est l’observance du régime prescrit. Or, on constate, étude après étude, que certaines personnes trouvent difficile de prendre un médicament oral chaque jour. Des formulations injectables à action prolongée de certains médicaments, comme le cabotégravir, semblent prometteuses dans le cadre d’essais cliniques de prévention et (en combinaison avec de la rilpivirine en formulation à action prolongée) de traitement. Le remplacement du dosage quotidien par des injections moins fréquentes pourrait améliorer l’efficacité des antirétroviraux grâce à une amélioration de l’observance thérapeutique, tout en réduisant la possibilité de résistance à des médicaments que peut favoriser une faible observance. Des études préliminaires d’acceptabilité ont démontré que certaines populations préféreraient une formulation à action prolongée, si celle-ci est efficace.