Quoi de neuf?

Une génération sans sida?

De récents progrès dans notre compréhension de la transmission, du traitement, de la prévention et du dépistage du VIH changent les paramètres de notre intervention à l’égard de ce dernier et donnent lieu à un grand optimisme. Lors de la dernière conférence mondiale sur le sida, tenue en juillet dernier à Washington, le mot d’ordre était qu’il serait désormais possible de connaître une génération sans sida, dans laquelle personne ne naîtrait atteint du VIH, les gens vieillissants seraient beaucoup moins à risque de contracter le virus qu’aujourd’hui et s’il advenait qu’ils contractent le virus, ils recevraient un traitement qui les garderaient en santé et les empêcheraient de transmettre le virus aux autres.

Dans le même ordre d’idées, la campagne « Objectif zéro » de l’ONUSIDA à l’occasion de la Journée mondiale du sida, le 1er décembre, a pour objectif d’avoir zéro nouvelle infection au VIH, zéro décès lié au sida et zéro discrimination.

Bon nombre de raisons nous portent à croire que ces buts louables sont atteignables, mais pour y parvenir, il faudra également relever un grand nombre de défis.

Nouvelle compréhension du VIH

Tout d’abord, quelques mots au sujet de ce qui nous donne confiance.

De nouveaux médicaments sont maintenant offerts aux personnes vivant avec le VIH, qui sont plus faciles à prendre, comportent moins d’effets secondaires et rendent donc le traitement contre le VIH plus facile à gérer. Ces médicaments permettent également aux personnes vivant avec le VIH d’avoir une espérance de vie quasi normale. En outre, nous comprenons beaucoup mieux l’importance d'entreprendre le traitement tôt afin d’atteindre de meilleurs résultats pour la santé.

Le traitement contribue aussi à prévenir la transmission du VIH. La recherche montre que les personnes atteintes du virus qui suivent une thérapie antirétrovirale et ont une charge virale qui est complètement supprimée (indétectable) sont moins susceptibles de transmettre le VIH.

Grâce à notre meilleure compréhension du virus, les lignes directrices en matière de traitement recommandent désormais que les personnes vivant avec le VIH entreprennent une thérapie antirétrovirale dès qu’elles se sentent prêtes après le diagnostic.

L’importance du dépistage hâtif

Pour compléter le traitement hâtif, nous avons également réalisé d’importants progrès et développé de nouvelles technologies et stratégies de dépistage afin de détecter le VIH plus tôt et plus rapidement qu’avant, ce qui permet aux personnes séropositives de connaître leur statut beaucoup plus tôt après avoir été infectées.

Le diagnostic hâtif est essentiel à prévention de la transmission du VIH pour trois raisons principales. Premièrement, il aide à diagnostiquer les personnes au cours des premiers mois d’une infection au VIH, lorsque la charge virale et le risque de transmission sont les plus élevés. Deuxièmement, il donne aux personnes nouvellement diagnostiquées l’option d’entreprendre un traitement plus tôt. Troisièmement, la majorité des personnes recevant un diagnostic de VIH prennent des mesures actives afin de réduire le risque de transmission aux autres.

Nouvelles approches en matière de prévention

Même si le port du condom et l’utilisation d’aiguilles propres constituent la base de nos efforts de prévention, nous découvrons de nouveaux outils de prévention. Nous savons désormais que les médicaments utilisés pour traiter le VIH peuvent également aider les personnes séronégatives à réduire leur risque d’infection au VIH. Ces approches en matière de prévention sont appelées prophylaxie post-exposition (PPE) et prophylaxie pré-exposition (PPrE) . Bien que la PPE soit le traitement standard pour l’exposition professionnelle au VIH, sa disponibilité et son coût pour traiter l’exposition non professionnelle au VIH varient grandement d’un bout à l’autre du Canada. À l’heure actuelle, la PPrE n’est pas approuvée par Santé Canada, mais certains médecins la prescrivent déjà à leurs patients (utilisation non indiquée sur l’étiquette). Ces nouvelles approches en matière de prévention présentent des options prometteuses pour les personnes séronégatives qui courent un risque élevé d’être infectées par le VIH.

Les médicaments contre le VIH, alliés à d’autres stratégies comme le fait de ne pas allaiter, peuvent aider à éliminer la transmission du virus d’une mère séropositive à son nouveau-né.

Défis à relever

Malgré ces percées, l’objectif d’une génération sans sida ni nouveaux cas d’infection au VIH demeure un défi. Les obstacles que nous devons franchir comprennent les ressources financières limitées consacrées à la prévention et au traitement du VIH ainsi que les barrières imposées aux personnes vivant avec le VIH ou à risque de le contracter lorsqu’elles veulent obtenir des services liés au VIH.

En outre, les personnes vivant avec le VIH peuvent faire l’objet de poursuites criminelles si elles ne révèlent pas leur séropositivité à leurs partenaires sexuels, ce qui peut leur donner une raison de ne pas vouloir connaître leur statut à l’égard du VIH et donc, à ne pas passer de test de dépistage.

Les préjugés, la discrimination ainsi que la pauvreté rendent difficile l’accès aux services pour les populations marginalisées, ce qui explique pourquoi certaines populations sont davantage touchées par l’épidémie de VIH. En réalité, un certain nombre de communautés au Canada affichent un taux élevé de prévalence du VIH. Selon les dernières estimations (2008) de l’Agence de santé publique du Canada, les hommes homosexuels et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes représentent la majorité (51 pour cent) des personnes vivant avec le VIH. Les consommateurs de drogues injectables représentent 20 pour cent, les gens des régions où le VIH est endémique (comme l’Afrique et les Antilles) représentent 14 pour cent, tandis que les Autochtones représentent 8 pour cent de l’épidémie de VIH totale au Canada.

La voie à suivre

Plus que jamais, nous savons qu’en matière de VIH, la prévention, le dépistage, les soins et le soutien ainsi que les traitements sont des éléments mutuellement bénéfiques d’une intervention efficace vers une génération sans sida. Chez CATIE, nous sommes d’avis que ces progrès misent sur une approche intégrée en matière de traitement et de prévention du VIH, dont il sera notamment question en septembre 2013, lors d’un forum organisé par CATIE sur les nouveaux développements en matière de VIH et sur les façons d’intégrer le traitement et la prévention du VIH afin de faire un pas efficace dans la bonne direction.

Même si nous sommes encore à des années d’une génération sans sida, nous sommes sur la bonne voie. Il suffit de revenir 30 ans en arrière et de songer au désespoir qui régnait face à cette maladie inconnue pour constater le grand bout de chemin que nous avons fait.

Publié à l'origine octobre 2012

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