- L’antiviral Maviret guérit très efficacement l’hépatite C aiguë et chronique
- Des scientifiques ont évalué son usage en présence de comorbidités et en association avec d’autres médicaments
- La plupart des participant∙e∙s ont toléré le médicament, sont resté∙e∙s dans l’étude et ont guéri de l’hépatite C
Le virus de l’hépatite C (VHC) infecte le foie et cause de l’inflammation dans cet organe vital. Chez certaines personnes, le système immunitaire maîtrise et neutralise le VHC pendant la phase initiale, dite aiguë, de l’infection. Cependant, dans les cas où le système immunitaire n’y parvient pas, l’infection devient chronique. Au fil du temps, le tissu sain du foie est remplacé par du tissu cicatriciel, l’organe devient de plus en plus dysfonctionnel et une variété de problèmes s’ensuivent. Certaines personnes éprouvent une fatigue persistante; plus tard, des hémorragies internes, des accumulations de liquide dans l’abdomen et de graves infections abdominales peuvent se manifester. À la longue, des problèmes de cognition et de mémoire peuvent survenir. Au fur et à mesure que le foie perd de sa capacité à filtrer les produits de déchets dans le sang, la peau vire graduellement au jaune (jaunisse). Enfin, plus le tissu cicatriciel s’étend, plus le risque de cancer du foie augmente. Ainsi, si l’infection par le VHC n’est pas diagnostiquée et traitée, elle peut causer la mort.
Pour détecter le VHC, on a recours à des tests sanguins. On peut également évaluer la santé du foie à l’aide d’analyses sanguines additionnelles et en effectuant une échographie spécialisée appelée Fibroscan. Comme l’infection chronique par le VHC ne cause souvent que des symptômes légers (comme ceux d’une grippe), voire aucun symptôme remarquable chez certaines personnes, un test de dépistage est essentiel pour révéler la présence du virus. Si le test de dépistage du VHC était plus largement accessible, davantage de personnes pourraient recevoir leur diagnostic d’hépatite C.
Types d’infection
Infection chronique
Il existe plusieurs traitements puissants sous forme de comprimés pour combattre l’hépatite C chronique. On appelle ceux-ci des antiviraux à action directe (AAD), et il est possible de les prendre une seule fois par jour. Voici les noms et les ingrédients de deux AAD couramment utilisés :
- Epclusa : comprimé contenant l’association sofosbuvir + velpatasvir
- Maviret : comprimé contenant l’association glécaprévir + pibrentasvir
Ces médicaments sont associés à un taux de guérison élevé (95 %) après un seul cycle de traitement, lequel dure habituellement huit ou 12 semaines. Ils sont généralement sûrs et bien tolérés.
Au Canada, les AAD pour le traitement de l’infection chronique par le VHC sont arrivés sur le marché en 2014, mais l’accès en vertu de subventions publiques était alors sujet à des restrictions. Ces dernières ont été levées en 2018.
Infection aiguë
La phase précoce de l’infection par le VHC, à savoir les six premiers mois, est considérée comme la période de l’infection aiguë. Comme nous l’avons mentionné, les symptômes de l’infection aiguë ressemblent parfois à ceux d’une grippe ou sont tellement légers que la personne atteinte ne les perçoit pas. Par conséquent, nombre de personnes ne se rendent pas compte qu’elles sont infectées.
Plus tôt cette année, la compagnie AbbVie, fabricant de Maviret, a annoncé que Santé Canada avait approuvé Maviret pour le traitement de l’infection aiguë par le VHC. Le médicament s’était révélé très efficace contre l’infection aiguë dans un essai clinique lors duquel non moins de 96 % des participant∙e∙s ont guéri.
Innocuité chez différentes populations
Une équipe de scientifiques œuvrant dans plusieurs pays a examiné des essais cliniques où Maviret avait servi au traitement de l’infection chronique par le VHC. L’équipe s’intéressait à déterminer l’innocuité de Maviret et sa tolérance chez des personnes atteintes du VHC qui avaient d’autres problèmes de santé chroniques. L’équipe voulait également savoir comment Maviret était toléré par les personnes qui prenaient de nombreux médicaments pour traiter d’autres problèmes de santé chroniques (comorbidités).
L’équipe de recherche a effectué une analyse auprès de 6 547 personnes qui avaient participé à 21 essais cliniques. Elle a constaté que, malgré la présence de comorbidités chez un grand nombre de participant∙e∙s, Maviret s’est révélé très efficace et bien toléré, et relativement peu de personnes ont mis fin au traitement. De plus, l’équipe a affirmé que « les interactions potentielles entre [Maviret et plusieurs des médicaments suivants ne devraient pas constituer un obstacle à l’amorce d’un traitement contre le VHC] :
- antipsychotiques
- inhibiteurs calciques (groupe de médicaments utilisés pour traiter l’hypertension et les irrégularités du rythme cardiaque)
- bêta-bloquants (groupe de médicaments utilisés pour traiter la tachycardie et l’anxiété)
- autres médicaments utilisés contre l’hypertension
- médicaments utilisés pour réduire les taux de cholestérol
- opioïdes
Détails de l’étude
L’équipe de recherche a analysé les données de 21 essais cliniques randomisés menés un peu partout dans le monde auprès de 6 547 personnes. Durant ces études, les participant∙e∙s prenaient des comprimés de Maviret une fois par jour avec de la nourriture.
Les équipes de recherche qui ont effectué l’analyse travaillaient dans les pays suivants :
- Canada
- États-Unis
- France
- Royaume-Uni
Voici la répartition des comorbidités :
- maladies cardiovasculaires : 32 %
- problèmes neuropsychiatriques : 28 % (y compris dépression, problèmes de sommeil et anxiété)
- cicatrisation étendue du foie avec symptômes minimes : 18 %
- co-infection par le VIH : 4 %
Autres problèmes
Environ 30 % des participant∙e∙s s’injectaient des drogues ou s’en étaient injecté dans le passé.
Médicaments prescrits
Dans l’ensemble, l’équipe de recherche a constaté que 69 % des participant∙e∙s prenaient un médicament ou davantage pour traiter des comorbidités.
Résultats
Taux de guérison
Lors de son analyse initiale, l’équipe de recherche a constaté un taux de guérison de 94,3 %. Cependant, lorsqu’elle a exclu les participant∙e∙s qui avaient abandonné prématurément l’étude (pour des raisons autres que l’échec virologique), le taux de guérison global a grimpé jusqu’à 99 %.
Innocuité et tolérance
Dans l’ensemble, 25 % des participant∙e∙s ont éprouvé des effets secondaires liés au traitement contre le VHC. Le taux d’effets secondaires le plus faible a été affiché par les personnes atteintes de la co-infection par le VIH, soit 22 %. Le taux le plus élevé, à savoir 42 %, a été observé chez les personnes qui s’injectaient des drogues. Il n’empêche que la plupart des participant∙e∙s ont toléré Maviret, sont resté∙e∙s dans l’étude et ont guéri de l’hépatite C, ce qui laisse croire que, dans la plupart des cas, les effets secondaires du traitement contre le VHC n’étaient pas graves et se révélaient probablement temporaires.
L’équipe de recherche n’a en effet constaté de graves effets secondaires du traitement que chez 0,1 % des participant∙e∙s. En voici des exemples :
- deux personnes atteintes de la co-infection par le VIH ont présenté une enflure de leurs tissus sous-cutanés (angio-œdème) attribuable à Maviret; l’équipe de recherche a qualifié ces cas de graves;
- deux personnes qui s’injectaient des drogues ont présenté un angio-œdème ou fait un mini-AVC;
En tout, 30 personnes (environ 0,5 %) ont quitté prématurément l’étude à cause de complications. De ces 30 personnes, 17 (0,3 %) sont parties à cause d’effets secondaires liés au traitement contre le VHC.
En général, plus les participant∙e∙s prenaient de médicaments pour traiter des comorbidités, plus le risque d’effets secondaires augmentait. Chez les personnes qui ne prenaient aucun médicament pour traiter une comorbidité, l’équipe a constaté que les effets secondaires du traitement étaient rares, le taux étant de l’ordre de zéro à 0,3 %, selon l’essai.
Lorsque l’équipe de recherche a concentré son analyse des données sur les médicaments ayant le potentiel d’interagir avec Maviret, elle a constaté que « dans l’ensemble, on n’a pas observé d’effets indésirables graves chez les participant∙e∙s sous antipsychotiques, inhibiteurs calciques, bêta-bloquants ou autres [médicaments utilisés pour réduire la tension artérielle ou les taux de cholestérol] ».
Interruption du traitement contre le VHC
En général, il est relativement courant que les personnes recevant un traitement contre plusieurs comorbidités prennent de nombreux médicaments. Dans cette étude, près de 70 % des participant∙e∙s prenaient au moins un médicament prescrit pour le traitement d’une comorbidité.
Parmi les personnes recevant moins de 15 médicaments pour le traitement de comorbidités, environ 2 % ont dû interrompre leur traitement contre le VHC à cause de problèmes (probablement des effets secondaires). Le taux d’arrêt du traitement de l’hépatite C a grimpé en fonction du nombre de médicaments prescrits. Notons cependant que la proportion de personnes utilisant plus de 15 médicaments était relativement faible dans la cohorte analysée.
Âge
L’équipe de recherche a constaté que le risque d’interruption du traitement contre le VHC, soit 1 %, était plus élevé chez les personnes de 65 ans ou plus. La raison n’est pas claire, mais il est possible que cela soit attribuable à leur usage de nombreux médicaments pour le traitement de comorbidités.
Une équipe de recherche en Italie a mené une étude auprès de 570 participant∙e∙s dont la moyenne d’âge était de 80 ans. L’équipe italienne a constaté que 463 personnes (81 %) prenaient au moins un médicament pour traiter une comorbidité, et 144 d’entre elles (25 %) en prenaient cinq ou davantage. Quarante-huit participant∙e∙s (8 %) ont fait état d’effets secondaires. Sur ce nombre, 10 (2 %) personnes ont cessé prématurément de prendre leur traitement contre le VHC. Ce résultat porte à croire que, en général, les personnes âgées tolèrent bien Maviret.
Point de mire sur les taux d’enzymes du foie
Pendant un traitement contre l’hépatite C, les taux d’enzymes hépatiques dans le sang augmentent, ce qui laisse soupçonner la présence d’inflammation dans le foie. Ce fait n’est pas surprenant, car les cellules hépatiques infectées par le VHC libèrent leur contenu dans le sang en mourant. En général, l’augmentation des taux d’enzymes hépatiques dans le sang qui se produit durant le traitement est temporaire. En effet, moins de 1 % des participant∙e∙s ont connu une hausse significative de leurs taux d’enzymes hépatiques ou de bilirubine, un produit de déchets, dans leur sang.
Pourquoi cette analyse est-elle importante?
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a appelé à l’élimination du VHC comme préoccupation pour la santé publique d’ici 2030. L’OMS encourage les villes, pays et régions du monde à travailler à l’atteinte de cette cible.
Selon les estimations des scientifiques de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), au moins 200 000 personnes seraient atteintes du VHC au Canada. Si l’on souhaite atteindre les objectifs de l’OMS dans ce pays, des efforts seront nécessaires pour offrir des occasions de dépistage du VHC à cette population, ainsi que pour diriger rapidement les personnes touchées vers des soins et un traitement. Pour assurer la mise sous traitement de davantage de personnes atteintes du VHC, l’équipe de recherche encourage les systèmes de santé à faire appel à du personnel de soins non spécialisé. Il s’agirait de personnes autres que des spécialistes des maladies infectieuses, hépatologues et gastro-entérologues, etc.
Selon l’équipe de recherche, pour élargir le bassin de prestataires de soins outillé∙e∙s à traiter les personnes atteintes d’hépatite C, « il est important de proposer des schémas [thérapeutiques] simplifiés qui offrent un profil d’innocuité raisonnable ». Cela serait particulièrement le cas pour les personnes atteintes d’hépatite C qui sont « peu exposées au système de santé ».
En ce qui concerne la vie de tous les jours des personnes atteintes du VHC et de comorbidités, les résultats de la présente étude sont encourageants. En général, les participant∙e∙s qui prenaient un large éventail de médicaments pour le traitement de diverses comorbidités toléraient leur traitement contre le VHC. Il serait néanmoins utile de vérifier le risque d’interactions médicamenteuses auprès d’un∙e pharmacien∙ne avant de commencer à prendre tout autre médicament. De cette manière, un∙e prestataire de soins pourrait s’attendre à des effets secondaires potentiels et apporter des ajustements aux traitements des comorbidités afin de les minimiser.
—Sean R. Hosein
Ressources
Stratégies mondiales du secteur de la santé contre, respectivement, le VIH, l’hépatite virale et les infections transmissibles sexuellement pour la période 2022-2030 – Organisation mondiale de la Santé
Cours autodirigé : Le traitement de l’hépatite C – CATIE
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RÉFÉRENCES :
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- Conway B, Yi S, Yung R et al. GRAND PLAN: Safety and efficacy of Glecaprevir/Pibrentasvir for the treatment of hepatitis C virus infection among people initially disengaged from health care who use drugs – a systematic multidisciplinary approach. Open Forum Infectious Diseases. 2024 Mar 5;11(3):ofad638.
- Mukherjee D, Collins M, Dylla DE et al. Assessment of drug-drug interaction risk between intravenous fentanyl and the glecaprevir/pibrentasvir combination regimen in hepatitis C patients using physiologically based pharmacokinetic modeling and simulations. Infectious Diseases and Therapy. 2023 Aug;12(8):2057-2070.
- Pugliese N, Calvaruso V, Masarone M et al. Glecaprevir/pibrentasvir is safe and effective in Italian patients with chronic hepatitis C aged 75 years or older: A multicentre study. Liver International. 2023 Jul;43(7):1440-1445.