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CATIE
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  • Une étude menée auprès de 150 000 personnes séropositives a révélé un déclin des cas de certains cancers
  • L’équipe attribue le déclin survenu entre 1997 et 2018 à l’amélioration de la fonction immunitaire favorisée par le TAR
  • Le risque de cancer demeurait plus élevé chez les personnes séropositives que chez les personnes séronégatives

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Si le VIH n’est pas traité, il peut nuire au fonctionnement du système immunitaire, causant ainsi son déclin graduel et l’apparition d’infections et de cancers potentiellement mortels. Depuis 1996, les traitements efficaces contre le VIH (traitements antirétroviraux ou TAR) sont devenus de plus en plus accessibles au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé. Lorsque le TAR est utilisé comme il se doit, le traitement peut réduire la quantité de VIH dans le sang jusqu’à un point où le virus n’est plus détectable par les tests de laboratoire de routine. Cette inhibition du VIH permet au système immunitaire de réparer la plupart des dommages causés par le virus. Par conséquent, pour la plupart des personnes qui suivent fidèlement leur TAR, le risque de complications liées au sida diminue énormément. De fait, de nombreuses études prévoient qu’une grande proportion des personnes sous TAR connaîtront une espérance de vie semblable à celle de la personne séronégative moyenne.

Changements internes

Plus les gens vivent longtemps avec le VIH, plus ils courent le risque d’éprouver des problèmes liés à l’âge, dont typiquement le diabète de type 2, l’hypertension, l’artériosclérose et d’autres. Le vieillissement fait aussi en sorte que les cellules accumulent des changements (mutations) dans leurs gènes. Plusieurs de ces changements sont défavorables parce qu’ils augmentent le risque que les cellules se développent de façon anormale et que des états précancéreux et des cancers se forment.

Le système immunitaire joue un rôle important dans la détection et l’élimination des cellules anormales et précancéreuses (ainsi que des cancers). Or, à mesure que les humains vieillissent (quel que soit leur statut VIH), leur système immunitaire s’affaiblit légèrement et élimine moins efficacement les cellules précancéreuses et les cancers. 

Pour cette raison, il est important de mener des études de longue durée auprès de personnes sous TAR afin de surveiller le risque qu’elles courent de présenter divers cancers. Les résultats de telles études aident à orienter les recommandations concernant les soins à prodiguer aux personnes vivant avec le VIH.

France

Une équipe de recherche représentant 184 cliniques de France a recueilli des données se rapportant à la santé de personnes sous TAR. Comme les dossiers de la Base de données hospitalières française sont détaillés, celle-ci est une source de rapports utiles depuis de nombreuses années. 

La plus récente analyse de la base de données française a porté sur le risque de cancer chez les personnes sous TAR. L’équipe a examiné des données recueillies auprès de 154 733 personnes entre janvier 1997 et décembre 2018. Les personnes en question avaient entre 18 et 84 ans.

L’équipe de recherche a comparé ses données à celles se rapportant à environ 20 % de la population française n’ayant pas le VIH, dont un certain nombre de personnes ont présenté un cancer durant la période de l’étude.

L’équipe de recherche s’est concentrée sur des cancers qu’elle a regroupés dans les catégories suivantes : 

Cancers définissant le sida d’origine virale

  • sarcome de Kaposi : causé par l’herpèsvirus lié au sarcome de Kaposi (HVSK), également appelé herpèsvirus humain 8 (HVH-8)
  • lymphome non hodgkinien : causé par le virus Epstein-Barr (VEB)
  • cancer invasif du col utérin : causé par des souches particulières du virus du papillome humain (VPH)

Cancers ne définissant pas le sida d’origine virale

  • lymphome hodgkinien : certains cas semblent être causés par l’infection au VEB
  • cancer du foie : causé par le virus de l’hépatite B (VHB) ou le virus de l’hépatite C (VHC)
  • cancer anal : causé par certaines souches du VPH

Cancers d’origine non virale

  • cancer du poumon
  • cancer colorectal
  • cancer de la prostate
  • cancer du sein

Résultats

Tendances globales

Au cours de l’étude, l’équipe de recherche a observé quelques tendances générales chez les personnes vivant avec le VIH, comme suit : 

  • La proportion de personnes qui s’injectaient des drogues a diminué, mais l’équipe n’a pas fourni d’explication; 
  • La proportion de personnes co-infectées par le virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C a diminué de près de 50 %. L’équipe a attribué ce déclin à l’usage d’antiviraux conçus pour empêcher la progression de l’hépatite B et guérir l’hépatite C; 
  • La proportion de personnes ayant un compte de CD4+ minimal de 500 cellules/mm3 a augmenté de façon marquée; à la fin de l’étude, le compte de CD4+ était élevé chez 53 % des hommes et chez 65 % des femmes; 
  • Le rapport CD4/CD8 est un marqueur permettant d’évaluer l’état de santé global du système immunitaire. On trouve généralement un rapport de 1,0 ou plus chez les personnes séronégatives en bonne santé. Au cours de la présente étude, la proportion de personnes ayant un rapport CD4/CD8 de 1,0 ou plus est passée de 5 % à au moins 30 %;
  • La proportion de personnes ayant une charge virale indétectable (moins de 500 copies/ml dans ce cas) est passée de 30 % à 90 %, sans égard au sexe. 

Changements dans le risque de cancer

Au cours de l’étude, l’équipe de recherche a constaté une baisse des cancers suivants chez les personnes séropositives : 

Cancers définissant le sida d’origine virale

  • sarcome de Kaposi 
  • lymphome non hodgkinien 
  • cancer invasif du col utérin 

Cancers ne définissant pas le sida d’origine virale

  • lymphome hodgkinien 
  • cancer du foie 
  • cancer anal

Dans l’ensemble, le risque global de ces cancers est resté plus élevé chez les personnes séropositives que chez la population séronégative de la France, et ce, même durant la période la plus récente de l’étude (2013 à 2018).

Les cas de cancer de la prostate et de cancer colorectal ont augmenté au fil du temps, alors que le nombre de cancers du sein est resté stable. Lorsque l’équipe a poussé son analyse de ces trois cancers et comparé les taux observés dans les deux populations (personnes séropositives et personnes séronégatives), elle a constaté que le risque de présenter un cancer de la prostate, un cancer colorectal ou un cancer du sein est resté « stable et semblable ». 

En ce qui concerne les personnes séropositives dont le compte de CD4+ a atteint au moins 500 cellules/mm3, l’équipe a affirmé que « les risques associés à la plupart des cancers d’origine virale sont restés élevés, mais étaient plus faibles que chez les personnes séropositives [ayant un compte de cellules CD4+ moins élevé] ».

De plus, à propos des personnes dont le compte de CD4+ était de 500 cellules/mm3 ou plus, l’équipe de recherche a affirmé que le risque de cancer du poumon ou du col utérin était « semblable à ce qui s’observe dans la population générale ».

À retenir

Selon l’équipe de recherche, il est probable que le déclin des cas de nombreux cancers chez les personnes séropositives était attribuable à « l’effet bénéfique du TAR et à la restauration des comptes de cellules CD4+ », surtout en ce qui concerne les cancers d’origine virale.

Notons toutefois que le risque de certains cancers a persisté. Selon l’équipe de recherche, le risque global élevé que courent encore certaines personnes séropositives à l’égard du cancer résiderait dans le fait qu’environ 27 % des personnes séropositives en France ont un faible compte de CD4+ (moins de 200 cellules/mm3) à cause de l’amorce tardive du TAR. L’équipe a affirmé que cette proportion de personnes séropositives ayant un faible compte de CD4+ est restée relativement stable depuis 2012. Selon l’équipe, les personnes ayant moins de 200 cellules CD4+/mm3 présentaient « une proportion significative de cancers d’origine virale ».

L’équipe de recherche a constaté une « réduction importante des cas de cancer du foie chez les personnes séropositives co-infectées par le VHB ou le VHC », notamment durant la dernière période de l’étude (2013 à 2018). Rappelons que des traitements puissants contre le VHC ont vu le jour durant cette période. Il se peut que davantage de personnes atteintes du VHB aient été testées et traitées pour cette infection. Il reste cependant beaucoup de travail à faire pour améliorer le dépistage et le traitement de ces co-infections virales.

Par ailleurs, chez les hommes atteints du VIH, l’équipe de recherche a constaté une augmentation des cas de cancer du foie sans lien avec des infections virales. Selon l’équipe, ces cas pourraient être causés par une augmentation de l’accumulation de graisse dans le foie. Cela peut se produire chez les personnes atteintes de prédiabète ou de diabète, ainsi que chez les personnes obèses ou celles éprouvant d’autres problèmes métaboliques. L’excès de graisse dans le foie cause de l’inflammation, des lésions et la cicatrisation de cet organe vital. L’accumulation de tissu cicatriciel cause pour sa part un accroissement du risque de cancer du foie. Notons que ce problème est également signalé chez des personnes séronégatives au fur et à mesure que les taux d’obésité augmentent.

L’équipe de recherche a affirmé que la réduction des cas de cancer anal et de cancer du col utérin était probablement attribuable à une amélioration générale de l’immunité (grâce à l’usage prolongé d’un TAR) et aux programmes de dépistage centrés sur ces cancers. 

Cette étude a donné des résultats intéressants en ce qui concerne le cancer de la prostate, le cancer colorectal et le cancer du sein. Dans l’ensemble, le nombre de personnes séropositives ayant présenté un de ces cancers a augmenté au cours de l’étude. L’équipe de recherche a attribué cette augmentation au vieillissement des personnes touchées. Il importe toutefois de se rappeler que l’équipe a décrit comme « stable et semblable » le risque de ces cancers chez les personnes séropositives et les personnes séronégatives. L’équipe a néanmoins souligné l’importance du dépistage de ces cancers pour les personnes vivant avec le VIH.

Réduire le risque de cancer

Des études récentes portent à croire que, de façon générale, le cancer est un problème croissant partout dans le monde. Le risque de cancer que court chaque personne est différent et dépend de plusieurs facteurs, notamment ses comportements, son alimentation, son statut socioéconomique, son héritage génétique et autres. Il est possible de modifier certains facteurs de risque, mais d’autres sont immuables, notamment les antécédents familiaux et la génétique. Les efforts visant la réduction des facteurs de risque modifiables contribuent généralement à une amélioration de la santé générale et, probablement, à une réduction du risque de cancer.

Les listes suivantes proposent des conseils pour améliorer la santé et faciliter la prévention et le dépistage du cancer. Vous pouvez en discuter avec un⋅e professionnel⋅le de la santé. Ces listes ne sont pas exhaustives.

Conseils pour améliorer votre santé générale :

  • Obtenez de l’aide pour réduire puis cesser le tabagisme;
  • Obtenez de l’aide pour réduire votre consommation d’alcool;
  • Si vous utilisez des drogues, consultez un organisme de réduction des méfaits pour apprendre à réduire votre risque d’exposition au virus de l’hépatite C (et à d’autres microbes);
  • Maintenez un poids santé. Demandez conseil à votre médecin ou infirmier⋅ère pour faciliter l’atteinte de votre poids optimal;
  • Faites de l’exercice régulièrement. Demandez conseil à votre médecin ou infirmier⋅ère pour déterminer quelles activités vous conviennent; 
  • Choisissez une alimentation riche en fruits et légumes colorés (y compris des crucifères).

Prévention et dépistage du cancer :

En général, le dépistage des cancers du sein, du côlon et de la prostate fait partie des soins de routine prodigués dans de nombreux pays à revenu élevé, selon l’âge des patient⋅e⋅s et d’autres facteurs. Les personnes appartenant à des groupes à risque particuliers pourraient choisir de discuter des interventions additionnelles suivantes avec un⋅e médecin ou un⋅e infirmier⋅ère :

  • dépistage des maladies liées au virus du papillome humain et discussion sur la vaccination anti-VPH
  • dépistage et traitement (le cas échéant) des virus de l’hépatite B et de l’hépatite C; il existe un vaccin qui prévient l’infection par le virus de l’hépatite B
  • dépistage du cancer du poumon pour les personnes ayant des antécédents de tabagisme

Ressources

Une étude semestrielle trouve l’exercice et l’étirement bénéfiques pour le cerveau et le corps des personnes séropositivesNouvelles CATIE

Une grande étude américaine explore les risques de cancer chez les personnes séropositivesNouvelles CATIE

Une équipe suisse encourage la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires et du cancer chez les personnes séropositives vieillissantes – Nouvelles CATIE

Prévenir le cancer anal : l’importance de la vaccination contre le VPH pour les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes – Point de mire sur la prévention

Une étude ontarienne examine les tendances en matière de cancer chez les personnes vivant avec le VIH – Nouvelles CATIE

Une équipe de recherche française étudie les deuxièmes cancers touchant des personnes séropositives ayant survécu à un premier – Nouvelles CATIE

Lien constaté entre un faible compte de cellules T et un risque accru de cancer chez des personnes séropositives  – Nouvelles CATIE

Un faible rapport CD4/CD8 peut aider à prévoir le risque de cancer chez les personnes séropositives, selon une étude nord-américaine – Nouvelles CATIE

Risque de deuxième cancer chez les personnes séropositives ayant survécu à un lymphome hodgkinien – Nouvelles CATIE

On étudie les tendances du cancer du foie chez les personnes séropositives en Amérique du Nord – Nouvelles CATIE

RÉFÉRENCES :

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