- Les lignes directrices cliniques recommandent une prise de décision conjointe concernant l’alimentation des nourrissons nés d’un parent séropositif
- Une étude menée auprès de consultant·e·s en lactation au Canada et aux États-Unis a révélé des variations quant aux attitudes
- On a établi un lien entre les lacunes en matière d’accompagnement à l’allaitement et une connaissance insuffisante des lignes directrices en vigueur
Les consultant·e·s en lactation peuvent jouer un rôle crucial dans l’accompagnement des parents qui allaitent, en particulier ceux qui sont aux prises avec des pathologies complexes ou chroniques, comme le VIH. Les lignes directrices canadiennes en vigueur préconisent le recours à des préparations commerciales pour nourrir les bébés nés de personnes séropositives. Cela dit, ces lignes directrices incluent également des recommandations sur la manière d’accompagner une personne séropositive qui choisit d’allaiter, entre autres concernant les situations où l’allaitement est approprié, ainsi que la surveillance et le suivi qui s’imposent1,2. Compte tenu de ce qui précède, il est essentiel que les consultant·e·s en lactation possèdent des connaissances sur le VIH et aient suivi une formation relative à l’accompagnement des personnes séropositives qui souhaitent allaiter. Une étude menée au Canada et aux États-Unis a examiné les connaissances sur le VIH des consultant·e·s en lactation, leurs attitudes vis-à-vis l’allaitement par les personnes vivant avec le VIH, leurs attitudes stigmatisantes liées à cette maladie et leurs expériences avec la télélactation.
Détails de l’étude
Une enquête transversale a été menée entre février et mai 2024 auprès de 207 consultant·e·s en lactation dans le but de recueillir des données quantitatives et qualitatives. Les participant·e·s étaient des consultant·e·s en lactation certifié·e·s exerçant au Canada ou aux États-Unis et comptant au moins deux ans d’expérience. La plupart des participant·e·s (98,6 %) étaient des femmes et seul un quart (24,6 %) avait accompagné au moins une personne séropositive pendant son post-partum au cours des deux dernières années.
Principaux résultats
- Dans l’ensemble : Les consultant·e·s en lactation ont fait preuve d’un niveau élevé de connaissances générales sur le VIH, d’un niveau modéré de connaissances sur l’allaitement par les personnes séropositives et d’une attitude peu stigmatisante quant au VIH.
- Connaissances sur l’allaitement par les personnes séropositives : Les scores relatifs aux connaissances sur l’allaitement par les personnes séropositives étaient plus élevés chez les consultant·e·s ayant déjà accompagné ces personnes pendant leur post-partum ou ayant pris connaissance des plus récentes lignes directrices sur l’alimentation des nourrissons.
- Stigmatisation : Les consultant·e·s qui n’étaient pas au fait des plus récentes lignes directrices sur l’alimentation des nourrissons affichaient une attitude plus stigmatisante quant au VIH. On n’a noté aucune corrélation entre le degré d’attitude stigmatisante et les connaissances générales sur le VIH, l’âge, le nombre d’années d’expérience ou une expérience professionnelle antérieure dans l’accompagnement de personnes séropositives.
- Soutien à l’autonomie des patient·e·s dans les décisions relatives à l’alimentation des nourrissons : Dans l’ensemble, les consultant·e·s étaient nettement enclin·e·s à favoriser l’autonomie des patient·e·s quand il s’agit de décider de l’alimentation de leurs nourrissons. Ceux et celles qui présentaient une attitude moins stigmatisante étaient plus enclin·e·s à reconnaître que les personnes séropositives devraient avoir le choix d’allaiter ou non, malgré le risque résiduel de transmission du VIH.
- Soutien à l’allaitement en contexte de ressources abondantes : Les consultant·e·s ayant une attitude moins stigmatisante faisaient preuve d’une plus grande réserve dans leur soutien à l’allaitement en contexte de ressources abondantes (soit lorsque de l’eau potable et des préparations commerciales étaient à disposition).
- Télélactation : La plupart des participant·e·s (95,7 %) ont déclaré avoir déjà eu recours à la télélactation.
- Formation : Presque tou·te·s les consultant·e·s se sont montré·e·s disposé·e·s à approfondir leurs connaissances sur le VIH et l’allaitement, 99 % d’entre eux et elles étant intéressé·e·s par une formation complémentaire sur les soins propres au VIH.
Incidence
Dans l’ensemble, les consultant·e·s en lactation appuyaient fortement l’autonomie des patient·e·s quand il s’agit de décider de l’alimentation de leurs nourrissons, exprimaient une volonté claire d’améliorer leurs connaissances sur le VIH et l’allaitement et avaient déjà offert un accompagnement à l’allaitement par le biais des plateformes de télésanté, ce qui témoigne de leur réceptivité et de leur capacité à s’adapter à l’évolution des modèles de soins.
Les consultant·e·s présentant une attitude moins stigmatisante étaient plus favorables à la prise de décision conjointe, mais moins enclin·e·s à soutenir l’allaitement en contexte de ressources abondantes où des solutions de rechange plus sûres sont disponibles. Ce constat porte à croire que la réduction de la stigmatisation à elle seule ne suffit pas à accroître le soutien à l’allaitement. Une connaissance accrue des recommandations en vigueur en matière d’alimentation des nourrissons pourrait s’avérer nécessaire pour renforcer la confiance des consultant·e·s dans leur capacité à accompagner les personnes séropositives pendant leur post-partum.
En facilitant la mise en relation avec des consultant·e·s compétent·e·s, au-delà des frontières géographiques et institutionnelles, la télélactation peut aider à élargir l’accès à un accompagnement adapté au VIH. Les plateformes de télésanté offrent en effet un degré supplémentaire de respect de la vie privée et de confidentialité susceptible de minimiser la stigmatisation liée à l’accès à cette forme de soutien. Elles constituent une voie prometteuse pouvant interpeller les populations géographiquement isolées et mal desservies.
Dans l’ensemble, ces résultats semblent indiquer que les limites observées dans la qualité des soins prodigués par les consultant·e·s sont largement dues à des facteurs structurels, tels que le manque de formations et de sources de soutien éducatif à jour, plutôt qu’à des préjugés individuels. Bien que les consultant·e·s en lactation possèdent généralement de solides connaissances de base sur le VIH, il existe un besoin évident de formations ciblées portant précisément sur l’accompagnement des personnes séropositives, mettant l’accent sur les recommandations actuelles et la prise de décision conjointe. Le renforcement des connaissances dans ces domaines ainsi que l’intégration de la télélactation aux systèmes de prise en charge du VIH permettront de mieux outiller les consultant·e·s afin qu’ils et elles puissent apporter un soutien éclairé et non stigmatisant aux personnes vivant avec le VIH pendant leur post-partum.
Limites
Comme il s’agissait d’une étude transversale, aucun lien de causalité ne peut être établi. De plus, vu que les données ont été recueillies au moyen d’un questionnaire rempli par les participant·e·s mêmes, les réponses peuvent être sujettes à un biais de désirabilité sociale. Par ailleurs, l’échantillon comprenait un plus grand nombre de consultant·e·s exerçant aux États-Unis, ce qui peut limiter la généralisabilité des résultats au Canada ou à des contextes mondiaux plus larges.
Ressource
Barr E, Abuogi L, Lingwall M et al. Breastfeeding support for women with HIV: lactation consultant HIV-knowledge, attitudes, stigma, and tele-lactation experiences. AIDS. 2026 Mar 16;40(5):547–55.
RÉFÉRENCES :
- Khan S, Tsang KK, Brophy J et al. Canadian Pediatric & Perinatal HIV/AIDS Research Group consensus recommendations for infant feeding in the HIV context. Journal of the Association of Medical Microbiology and Infectious Disease Canada. 26 janvier 2023;8(1):7-17.
- US Department of Health and Human Services. Recommendations for the use of antiretroviral drugs during pregnancy and interventions to reduce perinatal HIV transmission in the United States. 15 mai 2024. À l’adresse : https://clinicalinfo.hiv.gov/en/guidelines/perinatal/preventing-transmission-infant-feeding