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  • Une clinique de Seattle a recensé 52 % moins de cas de syphilis après le déploiement de la doxycycline à titre préventif
  • La doxy-PPE consiste à prendre l’antibiotique doxycycline après les relations sexuelles pour prévenir certaines infections bactériennes
  • Malgré les baisses constatées chez tous les genres, les diagnostics durant la grossesse et chez les bébés ont augmenté

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Lors d’essais cliniques randomisés menés à San Francisco et en France, on a constaté une baisse significative du risque d’infections transmissibles sexuellement (ITS) courantes lorsque la prophylaxie post-exposition à la doxycycline (doxy-PPE) était utilisée peu de temps après les relations sexuelles. Pendant ces études bien conçues, le risque de contracter la syphilis a baissé de 73 % à 80 % parmi les hommes gais et bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (hommes gbHARSAH), ainsi que chez les femmes transgenres ayant des relations sexuelles avec des hommes. La doxy-PPE a réduit le risque de chlamydiose (infection à Chlamydia), ainsi que le risque de gonorrhée dans les endroits où la bactérie responsable de cette infection répondait encore aux effets du médicament.

La réduction globale du risque d’ITS révélée lors de ces études a entraîné une augmentation de l’usage de la doxy-PPE parmi les hommes gbHARSAH, les femmes transgenres et d’autres populations courant le risque de contracter des ITS courantes. 

Étude menée à Seattle

Comme les essais cliniques se déroulent dans un contexte hautement contrôlé, il est possible qu’ils ne reflètent pas toujours les conditions dans la communauté. Pour cette raison, des scientifiques ont mené des études par observation dans différentes parties du monde afin d’évaluer l’impact de la doxy-PPE. 

Une équipe de recherche de Seattle a examiné des données de santé anonymisées recueillies entre mai 2017 et juin 2024 auprès des client⋅e⋅s d’une grande clinique de santé sexuelle de la région de Seattle (Seattle and King County Sexual Health Clinic). L’équipe s’est concentrée particulièrement sur les personnes qui avaient reçu un diagnostic de syphilis, dont certaines avaient recours à la doxy-PPE. Entre janvier 2017 et février 2023, la doxy-PPE n’était pas prescrite de façon routinière à Seattle pour la prévention d’ITS. On a cependant commencé à la prescrire en mars 2023, principalement à des populations courant un risque élevé de contracter des ITS, notamment des hommes gbHARSAH et des femmes transgenres. 

Résultats

Selon l’équipe de recherche, « le nombre de cas de syphilis a décliné de façon très marquée après le déploiement de la doxy-PPE [dans la région de Seattle en mars 2023] ». Grâce à l’usage de cet antibiotique, le nombre global de cas de syphilis a baissé de 52 % (3 031 diagnostics). Voici la répartition du déclin des cas de syphilis : 

  • hommes cisgenres : 53 % de cas de moins
  • femmes cisgenres : 47 % de cas de moins
  • personnes transgenres ou non binaires : 33 % de cas de moins

Accent sur la grossesse et les bébés

Les taux de syphilis pendant la grossesse sont à la hausse depuis une décennie en Amérique du Nord. Cette hausse s’accompagne d’une augmentation du nombre de bébés nés avec cette infection (syphilis congénitale).

Selon l’équipe de recherche, le nombre de cas de syphilis diagnostiqués pendant la grossesse est passé de 13 en 2017 à 48 en 2024 dans le cadre de cette étude. De zéro en 2017, le nombre de bébés nés avec la syphilis est passé à 23 en 2024. 

L’équipe de recherche a affirmé qu’il existait un chevauchement limité entre « les personnes qui peuvent tomber enceintes (ou qui désirent une grossesse) » et les réseaux sexuels de personnes se servant de la doxy-PPE.

L’équipe a également constaté que « les personnes enceintes atteintes de syphilis sont plus susceptibles d’être en situation de pauvreté ou d’itinérance, de faire usage de substances, d’avoir des problèmes de santé mentale et [d’avoir des démêlés avec le système de justice pénale]. Marginalisées par le système de santé, les personnes enceintes atteintes de syphilis sont moins susceptibles de recevoir des soins prénataux adéquats, des tests de dépistage de syphilis et un traitement ».

Cela dit, une lueur d’espoir demeure. L’usage de doxy-PPE a donné lieu à une baisse globale significative des cas de syphilis, ce qui est un grand accomplissement. Cette baisse a permis aux équipes de la santé publique de la région de Seattle de mieux canaliser leurs efforts pour aider les personnes enceintes à recevoir un dépistage et un traitement contre la syphilis depuis janvier 2025. Selon l’équipe de recherche, ces efforts ont aidé à réduire la marginalisation associée à la syphilis durant la grossesse. Durant la première moitié de 2025, l’équipe a constaté une tendance prometteuse, à savoir la naissance de moins de bébés atteints de syphilis que dans le passé récent. Si cette intervention de la part de la Santé publique parvient à se maintenir, les taux de syphilis congénitale pourront continuer de baisser. 

À retenir

Nous parlons dans cet article d’une étude par observation. Cela veut dire que l’équipe a choisi des données recueillies dans le passé à une fin particulière, puis les a réanalysées à une fin différente. En théorie, ce genre d’analyse peut mener à des conclusions faussées. Notons cependant qu’une baisse globale de 52 % des cas de syphilis à Seattle depuis 2023 fait écho à un rapport issu de San Francisco depuis le déploiement de la doxy-PPE, lequel fait état d’une réduction globale de 51 % des cas de syphilis.

Les résultats obtenus à Seattle et à San Francisco depuis le déploiement de la doxy-PPE sont prometteurs, mais d’autres études semblables seront nécessaires pour répondre à des questions en suspens. Par exemple, à quelle fréquence devrait-on prendre la doxy-PPE pour réduire le risque de syphilis de façon optimale? Une seule dose de 200 mg de doxycycline par voie orale permet l’atteinte de concentrations élevées du médicament dans le rectum, le pénis et le vagin. Ces concentrations demeurent actives contre les microbes qui causent la syphilis (quatre jours), la chlamydiose (trois jours) et la gonorrhée (deux jours). Il est donc possible que les personnes qui prennent la doxy-PPE plusieurs fois par mois maintiennent des concentrations élevées de doxycycline de façon prolongée, ce qui leur conférerait théoriquement une meilleure protection contre la syphilis. Des études additionnelles seront toutefois nécessaires pour le confirmer. 

Il est important de surveiller les effets à long terme que la doxycycline risque d’exercer sur le mélange de bactéries vivant normalement dans les intestins. Des études sont également nécessaires pour déterminer le risque éventuel que la doxy-PPE devienne à la longue moins efficace contre les bactéries responsables des ITS, notamment celles de la gonorrhée.

Après examen des données provenant de Seattle, le médecin Robert Bolan (Faculté de médecine de l’Université de la Californie du Sud) a affirmé que « l’amélioration de l’accès aux soins prénataux et le diagnostic et le traitement rapides de la syphilis pendant la grossesse sont les meilleurs moyens de prévenir la syphilis congénitale à l’heure actuelle. Ce sera utile de centrer des efforts sur les réseaux sexuels chevauchants et d’assurer l’accès à la doxy-PPE aux partenaires sexuel⋅le⋅s des personnes enceintes qui courent le risque de contracter la syphilis ».

—Sean R. Hosein

Ressources

La doxycycline pour la prévention des ITS bactériennes – CATIE

Des études sur la doxycycline pour la prévention des infections transmissibles sexuellement – Nouvelles CATIE

Réduction significative des taux de chlamydiose et de syphilis dans une grande clinique grâce à la doxycycline préventive – Nouvelles CATIE

Une équipe française étudie la résistance aux antibiotiques chez des personnes sous doxy-PPE (prophylaxie post-exposition à la doxycycline) – Nouvelles CATIE

Étude sur l’incidence de l’antibiotique doxycycline sur le bien-être sexuel des usager⋅ère⋅s – Nouvelles CATIE

Infections transmissibles sexuellement et par le sang : Guides à l’intention des professionnels de la santé – Agence de la santé publique du Canada

Mise en garde contre la hausse des mortinaissances liées à la syphilis à Winnipeg — Nouvelles CATIE

Points de vue des premières lignes : syphilis congénitale — Point de mire sur la prévention

Une étude albertaine souligne l’importance du dépistage de la syphilis pour les personnes qui utilisent des stimulants – Nouvelles CATIE

Dépistage et traitement précoces de la syphilis nécessaires pour prévenir les mortinaissances – Nouvelles CATIE

Des scientifiques aux États-Unis encouragent le dépistage des complications neurologiques de la syphilis — Nouvelles CATIE

RÉFÉRENCES :

  1. Menza TW, Berzkalns A, Cannon CA et al. The population-level impact of doxycycline post-exposure prophylaxis on syphilis in King County, WA: an interrupted time series analysis. Clinical Infectious Diseases. 2026; sous presse.
  2. Bolan RK. Doxycycline prophylaxis for syphilis: proceed with caution. Clinical Infectious Diseases. 2026; sous presse.
  3. Osmundson J, Holloway IW, Macias Gil R et al. Doxycycline postexposure prophylaxis for bacterial STIs: Prescribing patterns, use, short-term outcomes among 2083 patients in a Los Angeles federally qualified health care program, and implications for widespread use. Open Forum Infectious Diseases. 2025 Feb 15;12(3):ofaf089.     
  4. Haaland RE, Fountain J, Edwards TE et al. Pharmacokinetics of single-dose doxycycline in the rectum, vagina, and urethra: implications for prevention of bacterial sexually transmitted infections. EBioMedicine. 2024 Mar; 101:105037.